LES SORTILEGES.


LES SORTILEGES

Le mariage revêt une grande importance dans la vie sociale. Tout jeune homme, toute jeune fille aspire à fonder un foyer. Si l’homme a le loisir de choisir sa compagne, la femme, doit attendre qu’on vienne demander sa main. Et si les demandes tardent à venir, elle est aussitôt en proie à l’angoisse. Le plus souvent, elle attribue sa situation à un acte de malveillance, un sortilège lancé par une rivale, une jeune femme de son âge, des parentes, généralement des cousines ou des belles-sœurs de sa mère. Les rites sont nombreux et vont de la ruqya (exorcisme orthodoxe), effectuée par un imam ou un homme averti, en matière de religion, qui récitera les versets coraniques et les formules d’expulsion du mal. Mais il y a aussi les visites aux mausolées, dont les saints sont réputés favoriser les rencontres entre jeunes gens.

Les jeunes Algéroises, en mal de mariage, se rendaient et continuent à se rendre à Sidi-Abderrahmane, le patron de la ville. Il y a aussi les rites magiques que l’on peut effectuer soi-même : ainsi, se rendre sur une plage et laisser passer sur ses pieds sept vagues successives. Ces vagues sont censées emporter le mauvais sort qui empêche les hommes d’approcher. On se fait également faire par un forgeron de petites serpes qu’on jette sur un chemin fréquenté. Et puis, il y a ce rite si connue des Algériennes qui consiste à s’accrocher à la robe d’une mariée qui quitte la maison paternelle : c’est un augure pour quitter soi-même, la maison de son père !
L’un des sortilèges les plus redoutés des jeunes mariés est la ligature de l’aiguillette, rabt en arabe, tuqqna, iqqan en berbère, qui signifie «lier» au sens propre et métaphoriquement «empêcher les rapports sexuels». Les personnes malveillantes effectuent des gestes, comme fermer une épingle à nourrice, un cadenas, nouer un filer ou boucler une ceinture : ce geste, précédé ou non de formules, suffit à rendre impuissant le marié. Ce dernier, évidemment, au courant de ces manigances, aura pris ses dispositions. Sa mère ou sa parente la plus proche lui aura confectionné une amulette qu’il portera accrochée à son vêtement. On met aussi un nouet de sel, car le sel constitue un produit qui dissous les sortilèges. Un procédé, plus commode, consiste à réciter des versets du Coran, notamment les versets dits préservateurs. Dans le centre de l’Algérie, on met sur le seuil de la chambre nuptiale un objet en or sur lequel le marié devra marcher : la force de l’or est tirée de son nom, dhahab, qui signifie aussi, dhahaba, «partir», sous-entendu le sortilège. En Kabylie, les mariées prennent avec elles une petite courge évidée et arrangée en gargoulette, celle-ci symbolise la femme, prête à recevoir l’homme, elle représente aussi, en raison des nombreuses graines que contient la plante, la fécondité.
Dans la tradition maghrébine, le marié et la mariée sont entourés par des jeunes de leur âge, parents ou amis, qui vont leur servir de garçons et de filles d’honneur. L’une de leurs tâches est non seulement de tenir compagnie aux époux, mais aussi de les protéger contre les maléfices. Les compagnons du jeune homme doivent lui rappeler certaines règles comme ne pas se retourner quand on l’appelle, prononcer certaines formules…. A Ouargla, et dans d’autres régions, le marié doit garder le silence dans certaines situations : ainsi, par exemple, quand il se rend à la mosquée de Sidi-Abdelkader, l’une des visites obligatoires du mariage ouargli, il ne doit pas parler jusqu’à sa sortie de la mosquée. Autrement, les gens qui le jalousent, pourraient en profiter pour le «lier». Quand il rentre chez lui, et qu’il attend que ses garçons d’honneur lui amènent sa fiancée, il garde le silence, jusqu’à-ce que ses compagnons quittent la maison. Une autre façon d’éviter la ligature, pour le marié ouargli, est de se lier soi-même. Le matin, en entrant dans sa chambre, il fait un nœud à un fil qu’il cache. Il attendra la nuit pour reprendre le fil et le délier. Ce rite est facile à comprendre : comme le marié est déjà lié, on ne peut plus le lier. Une fois le fil dénoué, il retrouve ses capacités. Celui qui s’est lié lui-même n’est pas tenu à garder le silence. On ne peut rien contre lui.
La ligature de l’aiguillette – en d’autres termes l’impuissance du marié –, est vécue comme un drame, non seulement par le concerné mais aussi sa famille, ainsi que par la famille de la jeune fille. Le jeune homme pourra toujours dire, pour cacher son impuissance, la faute est due à la jeune femme pour dire qu’elle n’était pas vierge. Mais en général, l’incapacité de l’époux est reconnue et on l’impute toujours à un acte de magie malveillant. Quand des soupçons portent sur des personnes connues pour leur hostilité, on les force à «dénouer» l’aiguillette. A Alger, on place une enclume sous les pieds du marié, et, avec un marteau, on donne un coup, comme pour briser le sortilège. Dans la plupart des cas, on va, dans la nuit même, consulter un taleb qui écrira une amulette ou confectionnera un breuvage. A Ouargla, le taleb se livre à un tour de passe-passe magique : «(Il) prend son brûle-parfums et y jette du séneçon. Prenant son chapelet, il le parcourt trois fois. Il tend la main en l’air et la ferme. Lorsqu’il la rouvre, il fait apparaître l’objet qui a servi à lier, il le montre au garçon d’honneur (du marié), puis, le dénouant devant lui, il lui dit : C’est untel qui l’a lié. Le garçon d’honneur se retire. Dès lors, le marié est délié».
Les jeunes se lient également, mais leur ligature obéit à d’autres principes. Dans de nombreuses régions du Maghreb, on lie les filles qui viennent de naître pour protéger leur virginité. Parfois, la ligature intervient dans la petite enfance, vers cinq ou six ans, mais le rite s’effectue toujours avant la puberté. On utilise aujourd’hui un cadenas : on le promène, ouvert, sur les parties sexuelles de la fillette, puis on le ferme. Le cadenas et la clef sont soigneusement gardés par la mère, et ne seront sortis que la veille du mariage : on délie alors la fille, en ouvrant le cadenas. Si par malheur, dit-on, on oublie de la délier l’époux ne parviendra pas à déflorer la jeune femme. La ligature s’effectue aussi avec du fil (c’était le moyen le plus courant autrefois) : un fil est noué, puis caché, et, comme pour le cadenas, on le délie le jour du mariage. A Ouargla, le fil utilisé est un fil de soie ou de laine que la mère met entre les mains de sa fille, elle lui donne ensuite une casserole d’eau et lui demande d’y enfoncer le fil, en lui demandant de dire la formule : «Je suis fille et toi tu es fil» ce qui veut dire que la fille est comme un mur et le garçon qui tenterait d’abuser d’elle serait comme un fil mouillé. Le jour du mariage, la fille reprend le fil et le plonge de nouveau dans l’eau, en disant «je suis fil», c’est alors elle qui deviendra comme le fil mouillé et c’est l’homme qui sera mur.
Dans le cas où un mariage deviendrait impossible et que l’homme aime éperdument la femme ou la femme est passionnément éprise de l’homme, il existe une magie pour effacer l’amour des cœurs enflammés. Des techniques et des incantations sont données dans les ouvrages de magie, autrefois très courants au Maghreb. Un exemple, traduit par Doutté, est tiré de l’ouvrage de Soyouti. Celui-ci commence par donner des conseils qui n’ont rien de magique : «Le meilleur traitement, dit-il, est d’arriver à posséder l’objet désiré ; si c’est impossible, il faut essayer de lui substituer une autre beauté dont on s’éprend et qui fait oublier la première ; si l’on n’arrive pas à oublier, il faut s’adonner au commerce ou à l’étude, spécialement à celle de la grammaire ou des sources du droit (ouçoûl).» Si toutes ces tentatives échouent, l’auteur envisage alors des recettes, dont celle-ci qui consiste à écrire des assiettes : «Safoûs, Safouât ; mon Dieu, refroidis untel comme tu as refroidi le feu sur notre Seigneur Ibrahim…. ainsi qu’une telle, fille d’untel, n’ait plus dans le cœur d’un tel, fils d’une telle, aucune place durable et solide ; chasse, ô Khechkhech, le poison qui le mine, lentement éloigne l’amour d’untel.» Puis on lèche une de ces assiettes chaque matin et chaque soir.
Par M. A. Haddadou – Infosoir.com

LES SACRIFICES.


LES

Un élément présent dans les pratiques magiques algérienne et maghrébine est le sacrifice. Alfred Loisy définit ainsi le sacrifice comme rite : «Une action rituelle – la destruction d’un objet sensible, doué de vie ou qui est censé contenir de la vie – moyennant laquelle on a pensé influencer les forces invisibles, soit pour se dérober à leur atteinte soit afin de leur procurer satisfaction et hommage, d’entrer en communication et même en communion avec elles.»

Le sacrifice magique, lui, doit être distingué du sacrifice religieux, celui de l’Aïd al-adha qui, lui, est un hommage rendu à Dieu. Il perpétue, en effet, le sacrifice d’Abraham qui, pour obéir à Dieu, a accepté de sacrifier son fils. Mais Dieu, recevant ainsi une preuve de sa foi, sauve l’enfant et lui envoie un bélier qui va servir de sacrifice de substitution : Quand (Ismaël) fut en âge de marcher, (Abraham) lui dit : «Ô mon fils, j’ai vu en rêve que je t’égorgeais. Vois donc ce qu’il y a lieu de faire.» Il dit : «Ô mon père, fais ce qui t’a été ordonné de faire, tu me trouveras, si Dieu veut, du nombre des patients.» Ainsi soumis, il lui renversa la tête. Nous l’avons alors appelé : «Ô Abraham, tu as cru au rêve.» C’est ainsi que nous récompensons les gens de bien. Nous avons racheté (Ismaël) par une bête de sacrifice prodigieuse.» (Coran, S. 37, Alççaffât, versets 101-107)
Des peintures rupestres de la préhistoire algérienne ont été interprétées comme des représentations de sacrifices. C’est le cas des célèbres gravures rupestres de Boualem, un village non loin de la route qui relie Aflou à El-Bayadh. Dans le premier site, on a trois représentations d’ovins : le premier, représenté schématiquement, avec des pattes très longues, porte sur la tête un objet circulaire, avec deux lignes verticales, le second, plus petit, a l’air d’un agneau, le troisième est un bélier dit à sphéroïde, avec une sorte de collier à l’épaule. Le second site montre un bélier à sphéroïde, précédé par un personnage, en position d’orant. Si les béliers de la première station sont assez schématiques, celui de la deuxième station est d’un réalisme étonnant, en dépit de l’érosion qui a fait disparaître certaines parties : le pelage est bien reproduit, on voit les sabots, et, on voit le cou – surface sans poils – rasé pour faciliter l’égorgement. Les éléments de parure sont, en plus de la «sphéroïde», un collier, décoré de chevrons, posé sur les épaules et qui se prolonge sur l’échine. Le personnage humain présente un visage animal, mais il s’agit peut-être d’un masque. Il porte dans le dos un objet circulaire qu’on a interprété comme un bouclier. Mais cette hypothèse a été contestée, le petit bouclier n’apparaissant que dans la dernière phase de l’art rupestre de l’Atlas.
L’un des objets du sacrifice est d’établir une communication avec les forces invisibles et de se les concilier, c’est aussi un moyen d’expulsion du mal. Les animaux sacrifiés sont généralement des chèvres, des boucs, mais le plus souvent, il s’agit de coqs ou de poules. On ne recourt pas au mouton, parce qu’il est réservé au sacrifice religieux de l’aïd, ni aux bovidés, réservés aux th’âm, repas pris ensemble autour du mausolée d’un saint. Le sacrifice d’expulsion du mal est appelé, en Algérie, nechra, qui dérive du verbe arabe nachara (étendre, disperser, ressusciter). Il s’agit, en effet, de transférer le mal vers l’animal et de le disperser, c’est-à-dire de l’annihiler, mais en même temps, le sacrifice fait revivre symboliquement le patient, en lui communiquant, par le sang de la victime, l’énergie qui lui manquait. Si parfois la victime de la nechra est consommée par les membres de la famille, le plus souvent, elle est abandonnée dans un ravin, voire, comme cela se pratiquait à Alger, enterrée. Parfois, aussi, on fait cuire la poule ou le coq, on donne le bouillon à boire au malade et on brûle les plumes. L’animal est mangé par les membres de la famille. Tout ce qui reste, ainsi que les os, sont enterrés, car il ne doit rien subsister de la victime.
Des sacrifices pour expulser le mal sont également faits dans les sanctuaires. Certains saints ont la réputation de guérir certaines maladies, mais pour cela, il faut un sacrifice sanglant. Ainsi, dans les monts des Ouled Naïls, près de Aïn Maâbed, se trouve le mausolée de Sidi Ahmed ben M’hammed, qui passe pour guérir plusieurs maladies, dont la folie. Le patient doit effectuer un sacrifice. Pour la première visite, ça doit être une chèvre ou un bouc, qui doit être du sexe opposée à celui du malade. Pour les autres visites, c’est le patient qui choisit lui-même sa victime.
Avant l’égorgement, le malade doit enjamber sept fois la bête, s’il ne peut pas le faire, on fait tourner la bête au-dessus de sa tête. Puis, il doit cracher sept fois dans la gueule de la bête : si elle s’évanouit, cela signifie que le mal s’est transmis en elle et qu’en l’égorgeant, on s’en débarrassera, sinon, il faudra rester le temps nécessaire dans le mausolée. Un autre saint, dans la région de Biskra, Sidi M’hammed ben Moussa guérit également la folie, les patients dormant près de son tombeau. On lui organise deux sacrifices annuels : un au printemps, au cours duquel on égorge un dromadaire, c’est la zerdat ljmel ou sacrifice du dromadaire, et un autre en automne où on égorge un mouton, c’est la zerdat lkhruf ou sacrifice du mouton.
Le sang est également employé dans de nombreux rites magiques, notamment les rites destinés à inspirer l’amour (mah’abba). En Algérie, un rite connu consiste à se procurer le sang de l’homme convoité par la femme (sang provenant par exemple d’un saignement du nez ou d’une blessure provoquée à dessin, et de mélanger ce sang avec celui de la femme. Le sang des menstrues passe aussi pour exercer une attirance sur les hommes : c’est pourquoi les femmes en mal d’amour abandonnent leurs linges souillés sur leur passage.
Un rite pour réchauffer l’amour du mari a été recueilli partout au Maghreb, Voici la version recueillie à Mogador, au Maroc. «la femme se fait avec du miel une raie verticale du front au menton et fait couler de haut en bas sur sa figure du miel qu’elle recueille au-dessous du menton dans une cuiller. Ensuite, elle se frotte le bout de la langue avec une feuille de figuier, jusqu’à ce qu’il coule du sang : elle trempe dans ce sang sept grains de sel qu’elle jette ensuite dans la cuiller ; puis elle se fait une petite incision entre les deux sourcils et y trempe sept autres grains de sel qui vont ensuite rejoindre les premiers. Enfin elle ajoute à ce mélange dans la cuiller, de la terre prise au moyen d’une pièce d’argent dans trois empreintes de son pied droit. Il ne reste plus qu’à faire manger ce mélange au mari dans une cuisine quelconque.»

Par M. A. Haddadou – Infosoir.com

AUTRE TALISMAN CELEBRE : H’ARZ MORDJANA.


AUTRE TALISMAN CELEBRE : H’ARZ MORDJANA

Un autre talisman célèbre est le h’arz Mordjana. Comme le h’arz Seb‘a ‘Uhud (voir articles précédents), il était courant au XIXe siècle. Il a été consulté et traduit par Doutté, Depont et Copolani ainsi que Tucluman. Il comporte une da‘wa ou incantation, dont nous donnons des extraits. Le texte proclame la grandeur de Dieu, il cite le Coran, le Prophète Mohammed et les prophètes monothéistes, les anges, les compagnons du Prophète Le h’erz Mordjana porterait le nom de la concubine d’un roi : la femme n’était pas belle mais le roi en été très épris, et il ne pouvait se passer de sa concubine qui avait pris la première place dans son cœur, avant même ses épouses légitimes.

Un jour, elle est tombée malade et, en dépit, des soins prodigués, elle finit par mourir. Le roi, désespéré, demande à la voir une dernière fois. Et que découvre-t-il ? Une femme laide et repoussante. En réalité, la concubine portait un talisman qui inspirait l’amour à qui la voyait. Lors de la toilette mortuaire, la laveuse a trouvé le talisman qu’elle a mis à son cou. Bien qu’elle soit vieille, le roi est tombé amoureux d’elle et il l’a épousée. Depuis, le harz Mordjana est recherché par toutes les femmes qui cherchent à se faire aimer d’un homme.
Le h’arz Mordjana est recherché par toutes les femmes qui veulent se faire aimer. Au XIXe siècle, il était vendu à Alger par les marchands de talismans et d’ouvrages de magie. Aujourd’hui, ce h’arz, comme la plupart des autres talismans, est tombé dans l’oubli. Voici des extraits de l’invocation, traduits en français : «Je t’implore, ô mon Dieu, ô le Premier des premiers et le Dernier des derniers ; il n’y a pas d’autre Dieu que Toi ; gloire à toi ! Je suis du nombre des opprimés et (je t’adjure), ô mon Dieu, par (la formule) Lâ ilâha illa Lah et sa puissance ; par le Trône et sa sublimité ; par le siège et son immensité ; par le Cirât’ et son étroitesse ; par la balance et sa sensibilité; par la Table et son immanence ; par la Plume et sa course ; par Mîkhaïl et sa piété ; par Isrâfil et son souffle puissant ; par ‘Azrâïl et sa main meurtrière ; par Rid’ouân et son paradis ; par Mâlik et ses troupes ; par Adam et sa pureté ; par Chîth (Seth) et son don de prophétie ; par Noé et son arche ; par Isaac et son sacrifice… par Jésus et ses miracles ; par notre Seigneur Mohammed (que la bénédiction et le salut soient sur lui) et son intercession ; par le Coran sublime et sa récitation ; par la noble Science et son étude…».
Et les invocations portées dans le talisman se poursuivent : «par Abou Bekr eç Çiddîq et son khalifat ; par ‘Omar ben El Khet’t’ab et sa qualité de Fârouq (7) ; par ‘Otmân ben’Affân et sa vertu ; par ‘Ali ben Abî T’âlib et sa bravoure ; par El H’asan et sa vertu ; par H’amza et sa foi ; par El ‘Abbâs et sa modestie ; par les compagnons du Prophète (que le salut et la bénédiction soient sur eux) et la guerre (qu’ils ont soutenue contre les Infidèles) ; par les successeurs et par les successeurs de ces derniers et leur vertu ; par les quatre imâms législateurs et leur foi ; par les savants qui pratiquent exactement la religion et leur piété ; par les descendants du Prophète bénis de Dieu et leur noblesse ; je te supplie, ô Dieu ! ô Dieu ! de préserver le porteur de ce talisman, des attaques de tout homme, djinn, diable, envieux, jaloux, intrigants. Par la sourate El Fâtih’a, je t’adjure, ô mon Dieu ; par la sourate de La Vache, je t’adjure, ô mon Dieu ; par la sourate de la Famille d’Imrân, je t’adjure, ô mon Dieu ; par la sourate des Femmes, je t’adjure, ô mon Dieu… par les noms au moyen desquels t’invoqua Adam, par les noms au moyen desquels t’invoqua El Khad’ir ; par les noms au moyen desquels t’invoqua Abraham quand il fut jeté dans le feu de Nemrod et qu’il fut sauvé de l’ardeur du feu par un froid…»
Le talisman continue dans sa longue énumération des vertus et des actes méritoires : «Par les noms au moyen desquels t’invoqua Ismaïl au moment d’être sacrifié, alors qu’il fut racheté par un sacrifice ; par des noms au moyen desquels t’invoquait Jésus lorsqu’il guérissait les aveugles et les lépreux et ressuscitait les morts ; par les noms au moyen desquels t’invoquait Mohammed lorsque tu lui donnas les seb’a mathâni (les sept versets de la Fatiha) et le Coran sublime ; par tous les noms qui sont à toi, que tu as révélés dans ton Livre, que tu réclames pour toi-même dans la science des mystères ; par le nom qui fut écrit sur une feuille d’olivier, celle-ci jetée dans le feu, la verdure brûla, mais les noms restèrent flottants par la Toute-Puissance…» Le talisman formule enfin, l’invocation pour faire naître l’amour et finit par une longue liste de noms d’anges : «O mon Dieu ; ô Toi qui as su concilier le feu et la glace, concilie les cœurs de tes serviteurs les croyants, les meilleurs (de Tes serviteurs) ; concilie, ô mon Dieu, les cœurs par l’amour, l’affection, la bienveillance, (concilie-les) au porteur de cette amulette ; (je t’en conjure) par H’oûsem, Doùsem, Brâsem, Lelhet’het’îl, T’il… Qayyoûm, Djoûm, ‘Aloûm, etc.»
Par M. A. Haddadou – Infosoir.com

TALISMAN DES SEPT PACTES.


TALISMAN DES SEPT PACTES

Le talisman dit des Seb’â U‘hud ou «talisman des Sept Pactes» était encore courant à la fin du XIXe siècle en Algérie. E. Doutté, qui l’a consulté et en a donné une traduction française. Le h’arz comporte une incantation qui relate les circonstances de sa réalisation, ainsi que les protections qu’il assure. Ce talisman est attribué à Salomon, que le Coran décrit comme un grand roi et un prophète, à qui Dieu a accordé de grands pouvoirs, sur les hommes et les djinns. La tradition musulmane lui attribue des pouvoirs magiques et l’associe dans les incantations.

Le djinn que le h’arz soumet est appelé Umm al-S’ibyân, littéralement «Mère des enfants», connue pour rendre les enfants malades ainsi que par les dommages qu’elle crée dans les foyers et parmi les hommes. Voici des larges extraits de ce talisman : «On raconte que Sidna Sulayman ben Dâoûd (Salomon fils de David) vit une vieille, aux yeux bleus, aux sourcils joints, aux jambes grêles, les cheveux épars, la bouche ouverte vomissant du feu ; elle labourait la terre avec ses ongles, elle fendait les arbres rien qu’en criant. L’ayant donc rencontrée, Sidna Sulayman lui dit : «O vieille, es-tu une créature humaine ou un génie, car je n’ai jamais rien vu de plus sauvage que toi ?» Elle lui répondit : «O prophète de Dieu, je suis Umm al-S’ibyân.
Suite du talisman des Sept Pactes : «Je domine les fils d’Adam et d’Ève, j’entre dans les maisons, je prends la forme complète de ses animaux ; je noue les matrices des femmes ; je fais périr les enfants, sans qu’on me reconnaisse, ô Prophète de Dieu ; je stérilise les entrailles des femmes et je les empêche de devenir enceintes, en fermant leur matrice, et on dit : ‘’Une Telle est stérile’’ ; je vais vers la femme qui vient de concevoir, je souffle sur elle et je lui fais faire une fausse couche, et l’on dit : ‘’Une telle est h’awwâla (qui ne peut aller jusqu’au terme de la gestation)’’ ; je vais vers la fiancée, je noue les pans de son vêtement et je porte malheur aux jeunes époux. Puis je vais vers l’homme et je paralyse son commerce : s’il laboure, il ne récolte rien ; s’il sollicite, il n’obtient rien; bref, c’est moi, ô Prophète de Dieu, qui assaille de toutes les façons les fils d’Adam et les filles d’Ève ». Alors Sidna Sulaymân la saisit violemment et lui dit : «O créature maudite, tu ne sortiras pas de mes mains jusqu’à ce que tu me fasses un certain nombre de pactes et de promesses…»
Les promesses que Salomon arrache au génie Umm al-S’ibyân sont, en fait, les pactes que comporte le h’arz. Il s’agit aussi des protections assurées par ce talisman. Ainsi, la première promesse et protection est ainsi rédigée : «Au nom du Dieu, puissant et miséricordieux, hors duquel il n’y a pas d’autre dieu, le roi, l’Eternel, le Vainqueur, le Puissant, Roi du monde d’ici bas et de l’autre, celui qui fera ressusciter les os rongés par le temps, le souverain, le Fort, je n’approcherai pas quiconque portera sur lui ce tableau, je ne l’approcherai ni de jour ni de nuit, que ce soit (une femme) dans sa litière ou (un homme) en voyage, ni dans son sommeil, ni dans sa veille, ni lorsqu’il sera seul ; Dieu est garant de ce que je dis.» Deuxième promesse : «Je n’approcherai pas celui, qui portera ce tableau, je ne lui nuirai ni extérieurement ni dans son sang, ni dans ses os, ni dans sa chair, ni dans sa peau tant que dureront les cieux et la terre, Dieu est garant de ce je dis.» La septième promesse, résume l’ensemble des promesses : «Au nom du Dieu, etc., Je n’attaquerai pas quiconque portera ces sept promesses, ni dans sa vie privée, ni dans sa vie publique, ni dans son absence, ni dans sa présence, ni lorsqu’il voyagera, ni lorsqu’il sera dans le désert, ni dans aucun temps, aussi longtemps que durera la sphère céleste, et Dieu est garant de ce que je dis.»
Par M. A. Haddadou – Infosoir.com

PRODIGE ET RITES.


PRODIGE ET RITES

Après avoir réalisé un prodige avec l’invocation magique, Ibn al-H’adjdj demande au magicien de la lui apprendre. «Je te l’apprendrai, me dit-il, à la condition que tu gardes le secret ; les prodiges que tu as vus, s’opèrent par la vertu de l’invocation de la sourate du soleil et de sa clarté. Il faut pour cela, que tu séjournes encore quelque temps près de moi. Je restai près de lui encore environ cinq ans ; alors il me fit prendre l’engagement que je ne la révélerai jamais, si ce n’est à quelqu’un de pieux, et, il me l’enseigna. Je la pratiquai et je la gardai soigneusement sans la communiquer à personne.

Mais lorsque ma tête commença à grisonner et que j’entendis l’appel de la voix du Juste, je connus que c’était là un signe avant-coureur de ma fin, je demandai à Dieu de me donner la force de composer ce livre et d’en faire un trésor de secrets pour les initiés : Dieu voulut bien m’inspirer et m’assister dans la recherche de la vérité et j’ai placé dans mon livre cette invocation bénie et sans pareille. Il y aurait beaucoup de choses à dire sur le Maître : je n’ai connu parmi les hommes de la science personne d’aussi capable que lui de conserver les secrets de la science lumineuse et des dons divins, si ce n’est un autre homme du pays d’Alger que je trouvai opérant avec l’invocation dite dehrouchiyya : il en obtenait des effets prodigieux et me l’enseigna aussi.»
Un rite magique courant consiste à fabriquer l’image de la chose que l’on craint et à la porter en talisman. Ainsi, l’image d’un scorpion interdirait aux scorpions l’entrée d’une maison. La Bible (Nombres, 21, signale que Moïse aurait fabriqué un serpent d’airain pour protéger les Israélites des morsures du serpent. Dans l’empire byzantin, un serpent, également d’airain, ornait l’hippodrome et protégeait Constantinople des bêtes venimeuses. Ce curieux rite se retrouve au Maghreb musulman.
Ainsi, si on croit le Rawd’ al-Qirtas, la coupole qui surmontait autrefois le mihrab de la mosquée al-Qarawwin à Fès, au Maroc, portait toute une série de talismans. Toujours selon le Rawd’, un de ces talismans avait pour vertu de préserver la mosquée de tous les nids de rats ; un autre, sous la forme d’un oiseau tenant en son bec un scorpion dont on n’apercevait que les pinces, protégeait la mosquée des scorpions. Un troisième talisman, monté sur une pointe de cuivre jaune, ayant la forme d’un globe, éloignait les serpents…» (traduction de Beaumier). Ce rite s’est perpétué aujourd’hui : des images de scorpions ou des symboles représentant la bête sont disposés dans les maisons ou sous les tentes des régions infestées de scorpion : on pense, qu’autrefois, les Carthaginois s’assuraient une protection magique contre cet animal.
On connaissait, en Algérie, de nombreux talismans, les uns venus d’Orient, d’autres locaux. Il y en avait pour se protéger de toutes sortes de maux : mauvais œil, bêtes, maladies, voleurs, etc., et certains de ces talismans h’arz sont célèbres. On citera le h’arz al-Andhroun, célèbre pour se protéger contre les ennemis. Ce talisman, qui porterait le nom d’un roi, passe pour assurer la victoire. Un autre talisman connu est le h’arz djeldjlutiya.
C’est al-Ghazali qui l’a fait connaître. Selon le récit qu’il fait de la transmission de ce talisman, il provient du Prophète, qui l’a transmis à Abû Bakr, qui l’a transmis à Omar, puis à ‘Uthmân, Ali, al-Husayn, Harûn al-Rashîd. De là, il est passé à Nûr Al-Dîn, puis Is’fahani, qui l’a remis à al-Ghazali. Le nom de ce talisman proviendrait, selon le texte même du talisman, du syriaque et signifierait «le créateur», en arabe, al-bad’ie, qui est l’un des plus beaux Noms de Dieu. Ce talisman est surtout destiné à faciliter, à celui qui le porte, l’entrée chez les représentants de l’autorité, les hauts fonctionnaires et à présenter avec succès toutes ses requêtes. Le talisman doit se porter le premier samedi du mois et la personne doit être en état de pureté parfaite.
Par M. A. Haddadou – Infosoir.com

LES INVOCATIONS.


LES INVOCATIONS

Nous citerons encore, pour ce qui est des invocations, l’intarissable ouvrage d’ Ibn al-H’adjdj al-Tlamsanî, Chumûs el ‘anwâr wa kuoûz el asrâr, (Soleil des Lumières et Trésor des secrets). Dans cet ouvrage, l’auteur y consigne un grand nombre de recettes magiques ainsi que des invocations, dont celle-ci consacrée à un certain nombre de djinns censés réaliser les volontés de ceux qui les prononceront dans les conditions requises. «Nemoûchlekh, Haïboûr, et Ferhoûd, et Çoûgh, et Loû’, et Fâghoûgh ».

Récitez ces noms autant de fois que leurs lettres valent en chiffres, chaque jour et chaque nuit, pendant quarante jours, en même temps que vous brûlez de l’encens, un grain chaque jour et chaque nuit ; pendant ce temps vous devez jeûner et vous abstenir de tout ce qui a une âme et de tout ce qui provient d’un être animé. Passé ce délai, placez une feuille de papier au-dessus du feu, et récitez l’invocation pendant que la fumée de l’encens monte : aussitôt un serviteur des esprits vous écrira sur le papier ce que vous aurez demandé». Il faut rappeler que ce genre d’incantation, qui fait appel aux djinns, est condamné par la religion. Ibn al-H’adjdj, cependant, ainsi que les autres auteurs, se disent tous de bons musulmans et ne pensent, en recourant à la magie, qu’à aider leur prochain.
Ibn al-H’âdjdj al-Tlamsanî, dont nous avons cité une invocation magique, était lui-même passé maître dans l’art de la magie. Son ouvrage comporte le récit d’expériences personnelles, dont cette tentative, auprès d’un magicien réputé d’obtenir l’invocation suprême. Cette invocation, véritable sésame pour pénétrer dans le monde de la magie permet d’ouvrir les portes du monde surnaturel et de faire obtenir, à celui qui en détient le secret, tout ce qu’il désire.
Le texte que nous reproduisons et qui relate sa longue quête, a été traduit par l’ethnologue français E. Doutté qui a consulté, à la fin du XIXe siècle, son ouvrage,Chumûs el ‘anwâr wa kuoûz el asrâr, (Soleil des lumières et trésor des secrets), dont nous avons déjà cité une invocation. Le texte est donné comme une aventure réellement vécue, mais les éléments merveilleux qu’il comporte, incitent plutôt vers un récit fictif. De toute façon, les ouvrages de magie comportent de nombreux récits merveilleux dont l’auteur est partie prenante. «J’ai cherché pendant vingt ans, écrit Ibn el-H’âdjdj, la formule de cette invocation toujours exaucée dans le plus bref délai : «J’interrogeais tout le monde dans mon désir de la trouver, bref je la recherchais de toutes les façons ; je la trouvai enfin près d’un homme de l’Irâq, à Baghdâd, qui accomplissait avec elle des prodiges extraordinaires.»
Ibn al-H’adjdj poursuit, à propos du maître qui possède l’invocation suprême : «Il s’en servit pour se révolter et s’empara du pays de Bagdad ; il étendit même son autorité jusque sur la plus grande partie de l’’Irâq. Lorsque je le connus, il n’avait pas encore conquis le pouvoir ; je l’entretins d’abord de la science et il me dit : «Il y a dans la science des merveilles et des prodiges». Je lui dis : «O maître, par Dieu, fais-moi voir quelques-uns de ces prodiges».
Il me répondit : «Si tu t’engages à ne rien révéler, tu verras des merveilles…». Lorsque j’eus pris place dans l’embarcation et que nous eûmes navigué pendant une heure, nous arrivâmes à une île dans laquelle se trouvait une ville d’une blancheur éclatante, comme on n’en a jamais vu et dans laquelle habitaient les filles des rois des génies (djinn)». «En voyant cela, continue Ibn al-H’adjdj, je craignis pour ma vie et je m’écriai : «maître, je t’en conjure par le Dieu sublime, ramène-moi à l’endroit d’où nous sommes partis». — «N’as-tu pas demandé, me répondit-il, à voir les merveilles de la science ?» Alors il prononça des paroles que je ne compris pas et voilà que la tasse se trouva pleine d’eau comme avant. «Maître, lui dis-je, par Dieu et par le Prophète, enseigne-moi comment tu as obtenu ces prodiges ?».
Par M. A. Haddadou – Infosoir.com

CREDULITE ET CHARMES.


CREDULITE ET CHARMES

Ibn al-H’adjdj poursuit : «J’ai rencontré un savant magicien (‘ârif) versé dans ces connaissances (de la h’ikma des plantes) qui avait en main cette herbe (kerbioûna) ; il en jetait un peu sur plusieurs livres de plomb et celui-ci se changeait en or pur ; il en jetait sur du fer, qui était au feu (comme le plomb d’ailleurs) et aussitôt ce fer devenait de l’argent ; de même pour le qal’i provenant des mines situées près d’Abou Ya’zza, connu sous le nom d’El-Gherbi : un peu de cette plante jeté sur ce plomb, le transformait en argent pur à l’épreuve du feu. Quant au qal’i roûmi, il n’est d’aucune utilité dans ce cas, car il est mélangé de plomb ; il en est de même du cuivre : l’emploi de cette plante ne donne rien avec lui.

Je demandai à mon pieux et dévot confrère où il avait eu cette herbe : «Je l’ai rapportée, me dit-il, du pays de Tâmesna, à un endroit appelé Sidi Nâder et Sidi Noulder ; elle se trouve là dans un champ que l’on appelle ‘’champ de l’or’’ et il n’y a qu’elle qui y ‘’pousse’’. Les Arabes et les Berbères la nomment taqandin, d’après ce que me dit mon mystérieux confrère. J’ai vu un homme qui en avait rapporté du pays des Doukkâla et qui, purifiant du plomb avec elle, le transformait en or et le fer en argent. Plusieurs personnes versées dans ces études m’ont assuré qu’elle poussait dans le pays des Tâdla».
Dans la magie sympathique, on recourt à des parties du corps de la personne que l’on veut charmer (poils, ongles, sang, etc.), mais quand le sorcier ou la sorcière ne parvient pas à se procurer ces parties du corps, on utilise son substitut, une sorte de poupée à laquelle on donne le nom de la personne ou même un morceau de papier sur lequel on écrit son nom. Aujourd’hui, dans les rites de magie, on utilise aussi des photographies, reflet de la personne ou plutôt de son âme, puisqu’il y a cette croyance que l’image est le reflet de l’âme. El-Bouni, dans son célèbre Chems al-Ma’arif al-Koubra, ouvrage autrefois très populaire en Algérie, décrit la façon de confectionner un substitut pour frapper quelqu’un de paralysie.
Avec de la cire, on fabrique un personnage et, avec un couteau, on grave le nom de la personne à ensorceler ainsi que celui de sa mère. On inscrit aussi un certain nombre de signes mystérieux, puis on frappe les membres que l’on veut paralyser. Cette pratique rappelle les rites du vaudou où l’on réalise des poupées de cire ou de chiffon pour représenter le personnage à ensorceler : il suffit alors de le piquer avec des aiguilles pour le faire souffrir, voire pour le tuer. En fait cette pratique est universelle et elle est attestée dans les ouvrages anciens.
Par M. A. Haddadou – Infosoir.com

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