Contexte de l’adoption du serouel Algérois.


Contexte de l’adoption du serouel
Le fait que le port d’un serouel oriental ne se soit pas imposé à Alger dès les débuts de l’islamisation, entre le VIF et le VHP siècle, pourrait s’expliquer par le déclin, voire même l’abandon relatif, de la ville autour de cette période. Mais en réalité, à cette époque, le serouel ne concerne pas plus les autres villes de la région car ce n’est qu’« aux XI et XII siècles, lorsque l’unité politique fut réalisée entre l’Espagne musulmane et le Marocpuis toute la Berbérie, précisément aux temps almoravides et almohades, que l’arabisme et l’orientalisme du Maghrib se développèrent; mais ce fut par Al-Andalus. Ce ne fut pas l’inverse. Le grand foyer arabomusulman était alors en Espagne et non en Berbérie. » Le nombre d’Arabes installés dans les villes maghrébines étant faible, ce sont les souverains berbères qui travaillent à répandre la langue arabe, mieux adaptée à la gestion des affaires, à l’accès à la culture dominante du moment en Méditerranée, ainsi qu’à la participation active au commerce international. Il faut aussi attendre l’essor et l’activité « en profondeur » de ces dynasties berbères musulmanes pour qu’un élément d’origine orientale, comme le serouel, parvienne à s’acclimater dans les villes algériennes.
L’intensification des relations du littoral maghrébin avec le reste de la Méditerranée, en particulier avec l’Andalousie et avec les royaumes italiens, a été décisive pour la croissance d’Alger à cette époque- En effet, « les commerçants italiens avaient précédé en Afrique les Barcelonais; dès le XIIe siècle, les Génois fréquentaient même une ville de l’intérieur: Tlemcen ». Avec eux, Pisans, Vénitiens, Siciliens, Napolitains, Florentins étaient présents sur tous les rivages du Maghrib, comme Provençaux et Languedociens.»Enfin, il faut insister sur l’importance pour Alger de la proximité de Béjaïa qui est au XIIe siècle « la capitale du Maghrib central et la ville la plus importante des Etats des Hammâdites^ » selon El-Idrissi, et de Tiemcen, plus éloignée géographiquement mais de plus en plus présente dans sa vie politique et qui, toujours selon ce même auteur, « peut être considérée comme la clé du Maghrib, car elle se trouve sur la grande route et on ne peut ni entrer dans le Maghrib occidental ni en sortir sans la traverser». Après le démantèlement de l’empire almohade, Tlemcen inclut épisodiquement Alger dans son royaume et malgré les rivalités entre royaumes voisins suite à la désunification du Maghreb, le dynamisme des villes, axé en grande partie autour du commerce de l’or africain avec l’Europe, ne décroît pas. L’activité des Catalans et leur transit par les cités côtières d’Afrique du Nord s’intensifient car « l’Egypte, la Crète, Chypre, la Roumanie, Constantinople furent fréquentées par Barcelonais, Majorquins et Valenciens. […] Il n’y avait pas de cloison entre les deux bassins de la Méditerranée; la vie de chacun d’eux était en rapport avec celle de l’autre » et « en allant à Chypre, en Egypte ou en Syrie, on faisait escale dans les ports de Berbérie». L’essor du commerce catalan en Méditerranée n’éloigne pas pour autant le « rival italien » : «c’est ainsi que les Génois ont joué un rôle dans la « république » d’Alger vers 1303-1305». Enfin, situées en face d’Alger, les Baléares y ont des représentants particulièrement nombreux et au XIV siècle, « les activités et l’influence majorquines tendent singulièrement à se développer a Alger».
La croissance d’Alger depuis le début de ce second millénaire, et particulièrement depuis la fin du XIIIe siècle, n’a pas suffi a, en faire une capitale intellectuelle donnant naissance à des savants et à des artistes aussi réputés que ceux de Tlemcen; cette dernière étant devenue, selon Ibn Khaldoun, « la plus prestigieuse des cités du Maghreb». Mais s’il faut attendre le XV siècle pour qu’une réelle envergure culturelle se manifeste à Alger, il n’en demeure pas moins que son importance durant le dernier quart du XIVe est illustrée par deux faits qui indiquent son accession au rang de seconde ville du royaume : en 1378, Abou Hammou, le roi de Tlemcen, projette d’en faire la capitale du royaume pour se soustraire à la menace mérinide et en 1391, elle accueille le plus grand nombre de Juifs majorquins fuyant les massacres et les conversions forcées de la Reconquista. « Des savants font partie du voyage […], ils seront à l’origine d’une vive renaissance culturelle et resteront dans l’histoire comme les grands rabbanim d’Alger. » Dans ce contexte dynamique amorcé dès le x’ siècle, renforcé au XV et confirmé au XV, le serouel gagne du terrain. Au xv siècle, la politique expansionniste de la puissance espagnole modifie le paysage du bassin occidental de la Méditerranée, la multiplication des offensives contre les villes du littoral africain, la chute de Grenade en 1492 et l’expulsion massive des Juifs, suivis des Musulmans (les édits d’expulsion se succèdent de 1502 à 1614, date de départ des derniers Morisques vers le Maghreb) créent un climat de tension nuisible à la vie commerciale de la région.
L’arrivée de ces exilés favorise cependant l’enrichissement des cités maghrébines car elle concerne de nombreuses familles de riches commerçants, d’artisans et de lettrés. La présence de ces Andalous apporte certains changements au niveau du costume local, mais il faut rappeler que leur influence n’a pas attendu les bouleversements des XVe et XVI siècles pour se manifester; les premiers exodes étaient antérieurs d’un siècle, et parfois même de deux, à la chute de Grenade. Les contacts avec la péninsule étaient d’ailleurs devenus tellement étroits depuis le début du millénaire que c’est en Espagne que « le vêtement musulman subit au cours du XIVe siècle quelques modifications dues aux modes maghrébine et ifriqyenne ». Pourtant, tout porte à croire que c’est bien par le biais des Morisques que le serouel acquiert ses titres de noblesse au sein des costumes féminins des métropoles maghrébines.

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