Le serouel andalou.


En 1494, dans les quartiers musulmans de Grenade, « les femmes portent toutes des chausses de lin, flottantes et plissées, qui se lient à la ceinture, près du nombril. Par-dessus, elles revêtent longue chemise de lin, puis une tunique de laine ou de soie, selon leurs moyens. »
Le serouel des Andalouses distinguées se. caractérise par une plus grande ampleur et par l’emploi de fines étoffes, alors que celui des femmes plus modestes est taillé dans des toiles plus grossières et moule la jambe avec des bandelettes, pour faciliter la marche et les activités quotidiennes. Le pantalon de sortie des citadines aisées associe un serouel court à des houseaux d’étoffé suffisamment longs pour former des plis horizontaux sur toute la longueur de la jambe. Ces jambières amovibles se nouent au-dessous du genou avec un cordon ou un ruban. Elles sont généralement portées à l’extérieur et ne sont conservées à la maison qu’en saison froide.
Contrairement au costume féminin morisque du XVIe siècle où le serouel se porte visible et volumineux, le serouel andalou des premiers siècles du second millénaire demeure dissimulé ; il reste néanmoins une exclusivité en Méditerranée occidentale. Certes, à l’époque romaine, les femmes portaient des sortes de gaines appelées zona ou cestus autour des hanches, puis des subligatus en forme de slip qui ont dû se perpétuer sous diverses formes par la suite, mais il faut attendre la concrétisation de l’influence du costume des Musulmanes d’Andalousie sur celui des Maghrébines d’une part, et des Espagnoles chrétiennes d’autre part, pour constater un engouement pour cette forme de culotte dans la région. Ainsi, entre la fin du XVe siècle et le début du XVI en Espagne, « le fait que les « zaraguelles  » de l’impératrice soient accompagnés de bas suggère que sa culotte descendait aussi JHSCJH ‘aux genoux et que culotte et bas pouvaient être liés, peut-être avec des cordons […]. L’utilisation de culottes par les femmes a concerné l’Espagne avant l’Angleterre ou la France qui n’avaient pas l’exemple des Maures immédiatement avant elles. Cette coutume n’était évidemment pas critiquée à la cour comme une usurpation de prérogative masculine, ce qui était le cas en Italie à l’époque. »
Les citadines maghrébines adoptent le serouel qui s’accompagne de longues jambières, mais le modèle muni de bandelettes n’est pas retenu par les femmes les plus modestes qui continuent à privilégier les tuniques et les drapés de lainage. Le serouel à houseaux se retrouve ainsi dans les principales villes d’Afrique du Nord; à propos des femmes de Fès, Marmol Carvajal écrit vers 1571 : « Quand elles sortent et particulièrement celles d’Andalousie, elles portent des caleçons fort longs et bien plissés pour faire la jambe belle car leurs vêtements ne leur viennent que jusqu’à mi-jambe » ». Au Maroc, Jusqu’au début du XXe siècle, on retrouve ce serouel « dans les villes les plus fortement marquées par Immigration des Maures d’Espagne, Rabat, Salé, Fez et Tétouan. Ce sont de simples houseaux de cotonnade blanche, longs d’environ un mètre et qui, attachés au-dessous du genou par une bande jarretière, descendent sur la jambe en faisant de multiples plis. » En Algérie, il perdure dans l’ancienne Césarée qui a cédé depuis long temps sa fonction de capitale culturelle, mais dont les femmes ont conservé un certain degré de raffinement : « A Cherchell, ville peuplée également d’Andalous, les pantalons de rue (seruel el-zenka) que les femmes revêtent par-dessus le pantalon de maison, lorsqu’elles sortent, sont prolongés à partir du genou par des manchons qui peuvent atteindre deux mètres de long. »
La longueur du serouel sert à masquer les formes et à signifier la classe sociale des femmes : plus grande est la quantité de tissu employée, plus les plis horizontaux des jambières sont rapprochés, plus la forme de la Jambe est masquée et plus la citadine signifie sa condition supérieure. Ce symbole d’appartenance à la classe dominante se transforme d’ailleurs à Tunis, ville à forte composante andalouse, en fastueuse pièce de cérémonie. Ornées de broderies de plus en plus conséquentes, les jambières perdent leur amovibilité et sont désormais cousues au pantalon ou réalisées dans son prolongement. La forme particulière de ce serouel de cérémonie persiste jusqu’à la fin du XIXe siècle, mais reste spécifique à Tunis car « il semble que jamais les femmes des autres villes ne l’aient adoptée. La silhouette étrange qu’elle donne au corps féminin a sans doute choqué le rigorisme des Tunisiennes». Plus tard, un serouel plus bouffant viendra remplacer ce « descendant » du modèle andalou dans le costume de cérémonie tunisois…
A Alger par contre, le serouel andalou ne se transforme pas de façon notable ; il garde une grande simplicité de coupe et il faut attendre la fin du XIX’ siècle pour qu’une forme nettement différente de-serouel de sortie soit adoptée. Quant au serouel court porté à l’intérieur des demeures, il s’écarte peu du modèle andalou de départ, mais son rapport aux autres composantes du costume va lui conférer un statut différent de celui qui est le sien dans le costume des autres villes du Maghreb et de Méditerranée.

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