Le Costume féminin de Bou Saâda.


Barkahoum Ferhati. Auteure du livre Le Costume féminin de Bou Saâda : « Plongée dans un univers à la fois familier et méconnu »

Architecte de formation, ancienne directrice du musée Etienne Dinet de Bou Saâda, maître de recherche au Cnrpah d’Alger et professeure associée à l’Ecole supérieure des beaux-arts d’Alger, Barkhahoum Ferhati a publié, aux éditions Mille Feuilles, un beau livre intitulé Le costume féminin de Bou Saâda. Dans cet entretien, cette spécialiste en histoire et en civilisation revient sur la genèse de son ouvrage.
S’inscrivant dans une démarche anthropologique, votre ouvrage a ce mérite de faire une incursion dans l’intimité de la société algérienne contemporaine…
J’ai réalisé un travail intéressant sur le costume de ma région, Bou Saâda. J’ai fait un travail d’anthropologie et d’histoire. Le costume est révélateur d’une société. Il nous montre comment une société a évolué à travers le temps et l’espace. Nous pouvons, à travers le costume, établir et mesurer le niveau d’évolution d’une société. Nous avons l’habitude de travailler sur le costume en tant qu’objet folklorique, mais en fait ce n’est pas du folklore. Il l’est, mais plutôt révélateur d’un fait, celui de l’évolution d’une société. A travers cette étude sur le costume, je me suis rendue compte que la tradition n’est pas une icône figée dans le temps, mais une constante négociation avec l’actualité, avec l’histoire et la mémoire. Mon livre s’inscrit dans une démarche anthropologique où, effectivement, il y a une plongée dans l’intimité de la société algérienne contemporaine. C’est, d’une part, un livre qui parle de la femme, cette invisible de l’espace musulman traditionnel et, d’autre part, dévoile un univers à la fois familier et méconnu, au-delà des clichés coloniaux et des représentations moralisatrices, celui des Ouled Naïl de Bou Saâda.
Le travail que vous avez entamé sur le costume de votre région, c’est par nostalgie ou par un concours de circonstances ?
Par nostalgie, non. C’est plutôt par un concours de circonstances qui a fait que je me suis retrouvée en train de travailler sur le costume. C’est grâce, également, au fabuleux travail fait par l’artiste peintre, Etienne Dinet. D’ailleurs, il est appelé à être un ethnographe parcequ’il a reconstitué tous les objets de la région de Bou Saâda pour habiller ses modèles. Cela a fait que l’orientalisme de l’Algérie est un orientalisme fait spécifiquement à travers ce costume. Je me suis rendue compte, à travers cette étude sur le costume, que la coiffure de Bou Saâda n’est plus ce qu’elle était avant. Le « ghenour », cette grosse coiffure qui pèse environ un kilogramme sur la tête de la femme, est une référence de la beauté de Bou Saâda. Aujourd’hui, les femmes ne sont pas amatrices de ce genre de coiffe, trop lourde et non pratique. Même pour les mariages, elle n’est plus utilisée. La tête des femmes est aujourd’hui ceinte d’un foulard, porté différemment. C’est un travail de recherche qui date des années 90, qui a puisé sa documentation à travers des sources précieuses. Ces dernières reposent sur l’iconographie, les peintures, la carte postale, la littérature orientaliste… et sur les sources orales.
Votre ouvrage explore, certes, toutes les facettes du costume féminin de Bou Saâda, mais rend également hommage à toutes ces stylistes de l’ombre ?
A l’époque, il n’y avait pas beaucoup de stylistes, mais il existait des couturières performantes à Bou Saâda. C’étaient des femmes ouvertes. Il y avait des petites formations qui se dispensaient. Je pense que la couturière est la femme la plus apte à apporter des éléments au costume. Elle peut opter pour la fantaisie ou encore pour le ruban qu’elle veut. Toutes ces femmes-là ne sont pas reconnues en tant qu’artistes, alors qu’elles sont détentrices de beaucoup d’informations sur le tissu. Elles donnent même des noms aux robes ainsi qu’aux tissus qu’elles utilisent. Dans mon livre, je fais un clin d’œil à toutes ces stylistes de grand talent.
Le costume féminin de Bou Saâda se caractérise également par le port de somptueux accessoires…
En Occident, la dénomination de costume est donnée à tous les éléments qui vont avec. Le costume ne se situe pas uniquement au niveau du tissu, mais avec tous les accessoires, dont la coiffure, les bijoux, les chaussures, l’éventail, les ceintures… et l’aouchem. Si ce dernier ne se pratique plus, il revient cependant différemment avec le tatouage et le piercing.

Le costume féminin de Bou Saâda est-il en nette régression dans la région ?
Ce que je peux vous dire, c’est que pour moi c’est un plaisir de porter ce costume. Quand je me rends à Bou Saâda, je le porte au sens propre du terme. Ce n’est pas par obligation, mais par plaisir. C’est aussi une protection. Quand on est sous ce voile-là, ce n’est pas comme le hidjab. On est complètement voilé. On a un seul œil qui regarde et ainsi, vous pouvez circuler dans la ville sans que personne vous reconnaisse. Disons que c’est également un peu mystique.
Comptez-vous vous intéresser à d’autres costumes issus du terroir ancestral ?
Je suis un peu difficile. On ne peut étudier la chose que si on la connaît véritablement. Ce que je connais le mieux, c’est Bou Saâda. Je pense qu’il y aura d’autres personnes qui seraient plus intéressées et qui approfondiraient la question. Je pense avoir fait un travail d’ouverture sur un objet de recherche qui est méconnu aujourd’hui. La place sera laissée à d’autres chercheurs.
Par Nacima Chabani – EL WATAN 20/03/10

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