L’EMPLOI DU GOUDRON.


L’EMPLOI DU GOUDRON

Le goudron correspond à ce que l’on appelle, en Algérie et au Maghreb, qatran (en berbère le seul dialecte a employé un terme propre, berkânda) est un produit très utilisé dans la magie. Il s’agit du goudron végétal que l’on utilise au Maghreb depuis des temps immémoriaux. On le fabrique à partir de la distillation du bois de diverses essences : différentes variétés de genévrier, pin d’Alep, cèdre, tamaris… Dans le Hoggar, on produit même une variété de goudron à base de pépins de coloquinte, appelé berkânda.

La pyrogénation s’effectue à l’abri de l’air, dans des trous que l’on obstrue et dans lesquels on allume le feu. Les branches déposées au fond se distillent, et le liquide qui en résulte s’écoule par un trou aménagé, dans un autre trou où le liquide obtenu est recueilli. La qualité des produits obtenus dépend essentiellement des bois utilisés mais aussi du procédé de pyrogénation. Au Maroc, on produisait deux sortes de goudron, un goudron épais (gatran el- relid, à base de cèdre de l’Atlas (Cedrus atlantica Man.), et un goudron liquide, gatran rqiq, à base de thuya, Callitris quadrivalvis Vant. Les goudrons produits au Sahara passent, dans les régions du nord, pour être les meilleurs. Autrefois les colporteurs allaient les chercher, ainsi que les fards à paupière, le khôl, à base d’antimoine.
Le goudron servait, autrefois, à rendre imperméables les outres. On y recourt encore aujourd’hui pour calfeutrer les fuites des récipients en plastique. Il entrait également dans la fabrication de produits médicinaux : dilué dans l’eau, il passait pour calmer les gastrites et les douleurs intestinales, en usage externe, on l’employait surtout comme antiseptique des blessures et des plaies. Toujours sur la plan thérapeutique, et c’était sans doute son usage le plus répandu au Maghreb, il soignait la teigne et, chez les animaux, les dermatoses et les plaies provoquées par le bât. En magie, le goudron passait pour être un excellent protecteur contre le mauvais œil et les djinns.
Dans beaucoup de régions, le 27e jour du Ramadan, jour où dit-on, les démons, enchaînés au début du mois de jeûne, sont relâchés, on se prémunit de leurs attaques en mettant un peu de goudron sur la plante des pieds. Dans les Aurès, on a gardé cette habitude – signalée au début du XXe siècle (voir M. Gaudry, 1929, p. 236) – de mettre un peu de goudron sur le front, les oreilles et les narines des enfants pour les protéger contre les épidémies. Le goudron a ainsi la même valeur prophylactique que le henné, à la seule différence que le henné a une odeur agréable et est associé, contrairement au goudron, aux fêtes.
Par M. A. Haddadou – Infosoir.com

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