LA COTE ALGEROISE DE SAINT EUGENE A GUYOTVILLE Des faubourgs d’Alger jusqu’à Guyotville .


LA COTE ALGEROISE DE SAINT EUGENE A GUYOTVILLE
Des faubourgs d’Alger jusqu’à Guyotville

C’est au début du 20 ème siècle que tout se densifie avec l’existence de Guyotville et le développement de l’agriculture. D’autre part Alger se développe, ce qui favorise l’éclosion de résidences secondaires au bord de l’eau et des villages comme Bains Romains ou Baïnem vont voir le jour.
Toute cette partie de la côte algéroise est constituée d’un plateau rocheux qui surplombe la mer d’une quinzaine de mètres ; dans les anfractuosités de ces rochers des plages de sable apparaissent toutes plus belles les unes que les autres, certaines sont difficiles d’accès et les propriétaires de villas, terrains ou lotissements  » les pieds dans l’eau  » ont déployé des trésors d’ingéniosité pour ouvrir des passages et faciliter la plaisance en mer pour l’armada de nos célèbres pastéras.
Une route nationale longe maintenant ce littoral et toute la partie cultivée se situe en bordure de route et monte sur le versant des premières collines de la forêt de Baïnem.

St Eugène, Deux Moulins, Pointe Pescade, les Horizons Bleus, Miramar, Bains Romains, Villas Bains, Baïnem, Baïnem falaises, le cap Caxine, tous ces villages ou lieux dits qui chantent le soleil et sentent l’oursin et l’algue marine, voient leur population considérablement augmenter en période estivale à la grande joie d’une jeunesse qui flirte certes, mais qui nage, plonge, pêche, fait de la voile et de l’aviron tout en profitant des plaisirs que procurent les balades en forêt de Baïnem.
L’eau est belle, transparente et salée, chaude et poissonneuse mais elle reste dangereuse. Les fonds marins sont de toute beauté et certains sont très impressionnants, mais tout ça c’est de la joie avec une pointe de grand frisson.

Cette jeunesse c’est nous, nos aînés ou nos cadets et nous gardons la mémoire du bonheur avec des moments très forts et des lieux mythiques, pour certains ce sera l’îlot de Guyotville ou de Miramar, pour d’autres la bosse du chameau, le rocher des rats ou le grand rocher, pour d’autres encore la plage du tir au pigeon, la plage des algues, la plage de l’archevêché ou la crique.

Les fêtes des villages à la mi-juillet ou à la mi-août ont marqué des générations entières par leur originalité et leur diversité. Des personnages hauts en couleurs, barreurs émérites, plongeurs chevronnés, pêcheurs aux grandes performances, grosses têtes ou sportifs de haut niveau pour employer une expression d’aujourd’hui, resteront dans nos mémoires pour ne plus nous quitter.
Jusqu’à la Pointe des Deux-Moulins, deux kilomètres au-delà, la côte devient encore plus dentelée, hérissée de rochers bruns. A gauche, les pentes ravinées de la Bouzaréah se rapprochent à nouveau, les villas du bord de mer devenant plus élégantes.

Après la Vigie, le Casino apparaît, surplombant la mer, le car tournant brusquement à gauche..

Alors s’amorce la descente vers la Pointe-Pescade, entre la Réserve et la cimenterie Lafarge. Face à la mer s’élève la villa Xuereb, là où vécut Camille Saint-Sens.
Le massif s’est un peu éloigné de la mer, en sentiers sinueux, autrefois parsemé d’anciennes fortifications turques, seul Topanet-Mers-el-Debban ayant subsisté occupé par la Douane.
La longue route en car, une demi heure pour 15 kilomètres, par ce temps de canicule, est égayée, surtout devant les villages de Saint-Eugène et de la Pointe, par quelques hommes en bleu et blanc, des femmes en chemisette et jupe aux genoux, bouffantes, des vieilles et des vieux sous des arbres, des groupes d’enfants turbulents. Mais chacun a préféré se mettre sous l’abri tiède et ventilé dans la maison. Le car traverse la Pointe-Pescade, adossée à la montagne, bâtie en losanges autour de la Place du 14 juillet. Du côté mer, après le cap de la Réserve, s’étale une petite plage arrondie, les Bains Franco ou « port aux mouches », autrefois refuge de pirates.

A partir de la Pointe, à mi-distance entre Alger et Guyotville, la température change brusquement et chacun éprouve les premiers bienfaits d’air plus frais, la ville semblant déjà loin. Les rares maisons de campagne apparaissent et les légumes s’étalent, derrière les rangées de roseaux secs, protégeant des rafales d’ouest. La route serpente entre la mer et les pentes du Sahel.
Après la carrière de pierres de Miramar, le car fonce vers les Bains-Romains et c’est le premier arrêt. La pointe pescade puis c’est la lente montée vers les Horizons Bleus et le café restaurant Valenza Pour se faire une idée de l’importance des Horizons Bleus, il faut savoir qu’au début des années cinquante il y avait un épicier (Argento), un marchand de légumes dont la boutique faisait une quinzaine de mètres carrés (Arezki) et un café (Valenza) et puis……… c’est tout.
Le moteur ronfle à nouveau et deux kilomètres plus loin, voici Baïnem-Falaise, dominée par la tache verte de la forêt de Baïnem. Une route étroite y grimpe, bordée de belles villas, jusqu’au garde forestier.
Deux cent mètres plus loin, la chaussée franchit un petit oued, non loin de la maison de loisirs du Palmarium, qui délimite les communes de Guyotville et de Saint-Eugène.

Et c’est le Cap Caxine et son phare, au bout d’une longue allée droite bordée de plantes, dominant la mer. Du haut de ses 22 mètres, assis sur une bâtisse à un étage, il a un feu portant à 65 milles et guide les bateaux venant d’Espagne ou du Maroc. Ses éclats se réfléchissent la nuit à travers les persiennes donnant sur la mer. Monsieur Tournon Claude le dirige.
Avec les légumes, la vigne fait son apparition sur les coteaux en contre-bas de la forêt, derrière les haies de roseaux ou de diss, et les nombreuses norias font leur bruit métallique répété à l’infini.
Un peu plus loin, c’est l’arrêt de Saint-Cloud, avec les établissements Grisa et son groupe de villas surplombant la mer, Les falaises de calcaire bleu, tranchent avec le bistre des rochers de bord de mer.

Guyotville apparaît alors, au bout de la longue ligne droite qui longe la dentelle des rochers du bord de mer, laissant à gauche le cimetière et ses tombes. Et voici l’entrée du village, l’ancienne gare, la Makanghia, les écoles et enfin l’arrêt face au Monument aux morts. Deux autres arrêts suivront, place Marguerite et Docks. Saoulés par le trajet, les personnes descendent enfin, certains prenant une dernière anisette dans l’un des cafés, éparpillés dans le village.

De Hubert Zakine.

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