Les femmes touarègues.


Les femmes touarègues.

Dans le système du Sud, il convient de distinguer différents statuts, en fonction des castes.
Chez les nobles, la femme occupe une place centrale. Le système est matrilinéaire et sa place est supérieure à l’homme. Si le chef suprême, l’aménokal, est un homme, nul noble ne saurait s’opposer à la volonté d’une femme de son rang. Chez les nobles, c’est la femme qui choisit et les mariages sont des mariages d’amour. Un jeune homme noble est tenu de longuement courtiser une jeune fille dont il espère obtenir les faveurs. Il se doit de montrer un profond respect, autant envers elle qu’à l’égard des membres de sa famille. Quand arrive le mariage les époux se connaissent.
La femme noble fait l’objet de chants d’amour, notamment pour sa beauté. Elle compose également des poèmes pour soutenir son guerrier à la bataille. Lorsque celui-ci va partir pour une guerre ou pour un rezzou lointain, sa femme proclame qu’elle s’interdira toute activité festive jusqu’à son retour. La sexualité n’est pas secrète, mais proclamée et est un mélange de liberté et de contraintes. Les femmes ne sont pas des beautés muettes. Si un rezzou revient après une trop longue absence ou sans butin, elles se livrent à des imprécations. En outre, faire preuve d’incorrection face à une femme noble peut entraîner que celle-ci compose un petit poème en dérision, citant le fautif. Celui-ci, circulant dans tout le campement fera un tort considérable à celui qu’il vise.
Les Touaregs sont monogames. Se marier se dit « fabriquer la tente » ou « nouer la tente ». Qu’elle soit faite de nattes végétales ou de peaux cousues, la tente représente le cosmos. Elle comporte un espace réservé à l’homme et un autre à la femme. Son organisation se répète de mère en fille. Les quatre piliers (tagettewt) sont analogues aux quatre piliers de la voûte céleste. Le mariage est placé sous le système de la dot. Le jeune homme doit en fournir une au moins équivalente de celle de la mère de la jeune fille convoitée. Elle est constituée de vaches et de chameaux. La tente, le mobilier et le matériel domestique sont fournis par la famille de la mariée et reste sa propriété. La tente constitue l’univers de la femme. C’est elle qui autorise un étranger à y entrer, son mari n’ayant pas cette prérogative.
La femme peut chasser le mari s’il ne se comporte pas correctement à son égard, notamment s’il manque de respect ou s’il est violent. Dans ce cas, il peut se retrouver sans toit, devant se contenter d’une simple natte paravent pour dormir. Il existe des cas de répudiation de l’épouse par l’homme, notamment pour cause de stérilité, mais ils sont rares. Même dans ce cas, la tente reste la propriété de la femme.
Une noble peut même se marier avec un esclave. Il est très difficile pour son clan de refuser un tel mariage face au choix d’une jeune fille très déterminée. Elle ne perdra pas son rang, mais son mari restera un esclave et les enfants seront dans ce cas intégrés à la caste intermédiaire. Ce cas pose le problème de la dot, puisque l’esclave ne pourra la fournir. Le maître de ce dernier est alors tenu d’y pourvoir. Il ne pourra pas s’y opposer, puisque ce serait une faute d’honneur. Ces mariages sont assez rares, mais ils existent.
Les réunions galantes (Ahâl) sont très importantes. Dans cette société très hiérarchisée, le mariage est souvent le fruit d’alliances déterminées par les familles. Aussi, les jeunes femmes en âge d’être courtisées et les hommes non mariés ou éloignés de leur épouse peuvent pratiquer l’Asri c’est-à-dire la liberté de mœurs. Les hommes âgés sont interdits de présence à ces réunions, mais de vieilles femmes y participent en spectatrices et surtout pour y faire régner un minimum d’ordre. Un ahâl est organisé par une ou quelques femmes. Il se déroule en deux parties :
La première partie est une réunion où l’on chante et l’on danse, souvent au son du violon joué par une femme. Pour bien des participants, la réunion se limitera à cette fête, où il est interdit de manger et de boire.
Une partie des participants s’adonnera à l’Asri, c’est à dire à la liberté des mœurs. Des attouchements très libres ont lieu et des rendez-vous pour la nuit sont pris.
Pour espérer participer à l’asri, les hommes doivent d’abord séduire. Leur tenue vestimentaire est beaucoup plus raffinée que celle des femmes, et le port du voile doit être impeccable. Pour séduire, l’homme doit se montrer discret et d’une grande dignité. Ce sont en fait les jeunes filles qui choisissent. L’asri n’est pas sans faire penser à l’amour courtois de l’époque médiévale européenne. Il va sans dire que ses réunions sont réservées aux nobles.
A l’occasion d’un mariage, chez les Iwellemmeden, il existe une sorte de carnaval, où un groupe d’amis du marié peut se permettre toutes sortes d’incongruités. Les jeunes gens rendent visites aux familles en étant mal habillés, parfois le torse nu, le voile mal ajusté. Ils s’invitent dans les familles en étant grossiers et en mangeant avec les doigts. Ils parodient la prière, la faisant du Nord vers le Sud (et non vers la Mecque), en transformant les termes sacrés en grossièretés. Ce carnaval est une « exception à la règle » qui fait penser à la fête des fous au Moyen-Age : il rappelle à tous les règles, en l’occurrence pour l’homme : ne pas se monter torse nu, porter impeccablement le voile, manger avec la cuillère, se taire pendant le repas. D’ailleurs, les Touaregs se soumettent à d’autres interdits : boire devant son beau-père ou devant son futur beau-père (pour un jeune homme qui courtise une jeune fille) est strictement interdit, et un homme même tenaillé par la soif ne s’y risquera pas. Il serait déshonoré.
Dans les autres castes, la situation est très différente :
Chez les religieux, le mariage suit la loi musulmane. Les mariages forcés sont en principe interdits. Les religieux se marient entre eux et aucune exception n’est permise.
Chez les artisans, les mariages se font également au sein de la caste. Au sein même de la caste, il y existe une égalité entre femmes et hommes, celles-ci participant aux décisions. Un homme noble ne se risquera pas à demander une jeune fille. Comme on ne peut rien refuser à une femme noble, il arrive cependant qu’un jeune homme artisan puisse se marier à une noble, mais ce cas est très rare.
En ce qui concerne les esclaves, ils se marient entre eux, en principe. La dot, très faible puisque constituée d’une chèvre, est donnée par le maître. Si le maître refuse ce don, l’esclave ne peut se marier… La jeune fille appartenant à la caste des esclaves n’a aucun droit : c’est le maître qui ira demander le mariage. Dans la pratique, le maître tient compte de l’avis de son esclave, surtout s’il se montre serviable, mais la famille de la jeune fille ne peut pas refuser.
Un maître peut prendre une esclave (taklid) comme concubine, c’est-à-dire épouse ne bénéficiant d’aucun des privilèges réservés à la femme noble. Les enfants du couple n’intègrent pas la caste des nobles mais une caste intermédiaire. D’ailleurs, il le fera d’autant plus volontiers que vivre avec une taklid lui donne à la fois le moyen d’éviter les caprices d’une femme noble et le paiement d’une dot très conséquente.
On en jugera, le droit des femmes est dans la société touarègue étroitement lié aux castes. La femme noble a tous les privilèges, les femmes issues des castes des artisans et des religieux bénéficient de certaines prérogatives et les femmes de la caste des esclaves n’ont aucun droit. Par le passé, les nobles respectaient le mariage au sein de leur caste et les esclaves se mariaient entre eux. Actuellement, avec le code inique de la famille, qui sévit en Algérie, certains maîtres sont devenus polygames et ne respectent plus la règle des castes.

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