Le travail de la laine à Bou-Saâda.


Le travail de la laine à Bou-Saâda

Bou-Saâda, cité du bonheur, est une oasis touristique du Sud algérien, située à 250 km d’Alger. Sa palmeraie longue de huit kilomètres, large de deux, se détache par son vert sombre sur l’immense ceinture de sable doré qui l’entoure. Ces seize kilomètres carrés de culture, d’ombre et de verdure qui forment un havre rafraîchissant pour le voyageur et le touriste ne constituent qu’une maigre ressource économique pour les douze mille âmes qui habitent l’agglomération, aussi les habitants tirent-ils leur subsistance d’autres ressources telles que l’élevage du mouton, le commerce et l’artisanat. La région se prête fort bien à l’élevage, couverte telle qu’elle est par de l’alfa et d’autres plantes aromatiques dont le mouton est friand . La commune aussi vaste qu’un département français est peuplée de soixante mille habitants vivant sous la tente et en relation continuelle avec les douze mille citadins de la ville. Ceux-ci placent leurs économies dans des moutons qu’ils confient à la bonne garde des nomades moyennant des rétributions fixées par l’usage. Ces nomades, chargeant leurs tentes sur les chameaux, changent de campement tous les mois à la recherche de nouveaux pâturages pour leurs troupeaux ; à l’approche du printemps les citadins viennent à la campagne, partager leur vie nomade. Trois mois durant ils vivent sous la tente, cette tente même qu’ils tenaient pliée dans un coin de la maison, le reste de l’année. Kharja irab’û est l’expression qui traduit cette transformation de vie citadine en vie nomade qui permet aux bébés de vivre au grand air et au soleil, au maître de la maison de connaître  » de visu  » le croît de son troupeau, de le dénombrer et de récolter son produit en beurre et en laine.

LA TONTE
Le jour de la tonte des moutons est considéré comme jour de fête à la campagne. Elle a lieu fin avril et consiste à débarrasser le mouton de son épaisse robe à l’approche des chaleurs, précoces dans le Sud. Comme il n’y a pas d’ouvriers salariés on fait appel aux bonnes gens du douar qui ne refusent pas le concours à cette entraide twiza. Au matin convenu chacun vient, muni de sa faucille sans dents mzajja et l’on chante pour vaincre les fatigues,
l’on mange, l’on boit du petit lait lban. Le propriétaire du troupeau égorge un mouton pour offrir un couscous à la viande aux tondeurs. Il le faut bien puisque c’est un travail non rémunéré, et chacun d’eux peut tondre trente moutons dans la journée. La laine provenant de chaque bête est pliée, attachée pour présenter la forme d’une tranche de melon. C’est la toison jezza qui pèse près de deux kilos, mais une fois lavée ne pèse plus qu’une livre et demie. De couleur fauve, elle est chargée de sable, de brins d’herbe, de graines, d’épines hessak que l’animal a ramassés autours de ses pâturages. Les toisons chargées ensemble par trentaine, dans de vieux tapis, attachées par des cordes, forment de gros ballots chlîff qu’on transporte à dos d’ânes ou de chameaux vers la ville. Une partie de cette laine est vendue au marché pour payer les impôts et acheter les provisions de bouche, l’autre est réservée aux besoins de la famille qui en tire encore une bonne partie de ses vêtements et de ses couvertures.

LE TRAVAIL DE LA LAINE

La mère de famille aidée de ses filles ou de ses brus se rend à la rivière pour procéder au lavage de la laine sale udhah ; on charge laine, linge sale et ustensiles à dos d’âne et l’on part généralement de bon matin vers l’oued pour y passer la journée. C’est l’occasion d’une sortie au grand air pour ces femmes recluses dans la maison. Voici comment on procède au lavage : on creuse au bord de l’oued un trou de cinquante centimètres de profondeur et d’ouverture, on le tapisse d’un vieux linge (vieille chemise), on y dépose la toison qu’on saupoudre de terre glaise terba qui joue le role de savon puis on verse là-dessus de l’eau chaude qu’on a eu soin de faire bouillir dans un chaudron stal ou un vieux bidon à pétrole. On bat la toison pendant une vingtaine de minutes à l’aide d’une branche de palmier karnâfa taillée en battoir. Le suint est dissout grâce à l’eau bouillante et à la terre glaise. On relève les bords du linge et l’on porte la laine désiuntée près d’un courant d’eau peu profond et rapide pour procéder au rinçage. Pour cela on frotte la laine entre les doigts, on sépare le, flocons afin que l’eau puisse emporter les matières terreuses ; on plonge et replonge les flocons dans l’eau courante, on les serre dans la poignée et quand la laine est blanche comme neige on la jette sur un linge propre posé sur quelques pierres au bord de l’eau. On laisse égoutter pendant une journée et une nuit, après quoi on étend la laine au soleil sur la terrasse stah pour un séchage complet nchir. La laine sèche est battue à l’aide d’un bâton flexible muchhat, branche de grenadier décortiquée. Cette opération consiste à séparer les fibres textiles que les manipulations précédentes auraient resserrées les unes contre les autres.
On ouvre la laine entre les doigts et on la débarrasse de tous les corps étrangers qu’elle contient et que l’eau courante n’a pas pu emporter : crottes de moutons, brindilles, graines, épines, débris végétaux ramassés au cours des pâturages.

TRIAGE
La laine est triée par les femmes arabes. La partie blanche fine et de fibre longue suf artab est mise de côté pour être réservée au tissage des beaux burnous blancs Bou-Saâdî fort réputés. La partie grise, à fibre courte et grosse suf ahrach est réservée à la confection des couvertures et tapis. La laine accapare toute l’activité artisanale dans la région.
PEIGNAGE
La partie fine et blanche est soumise au peignage mchit pour en extraire la chaîne gyâm. Le peigne est un instrument fort simple composé d’une planche longue de 1 m et large de 20 cm. L’une de ses extrémités est plantée de deux rangées de dents en fer snân hautes chacune de quinze centimètres. II est placé devant l’ouvrière qui, assise à la turque sur un tapis, saisit la laine et la présente aux dents qui l’accrochent au passage. Quand le peigne est garni, elle arrache cette laine et forme une mèche longue et bien peignée sawt, pi. aswât qui sera filée. Tandis que le résidu retenu dans le peigne est placé de côté pour la fabrication de la trame : tua’ma.

CARDAGE
Ces débris mélangés à la laine courte sont livrés au cardage. L’instrument en est la vieille carde qardùch à main fabriquée par les Kabyles et composée chacune d’une planchette en bois de 20 cm sur 15 cm. L’une de ses faces est munie d’une peau de mouton jild plantée de dents métalliques recourbées. Un manche permet de les saisir- et de les actionner. L’ouvrière assise par terre tient la carde inférieure immobile sur son genou gauche plié et actionne de sa main droite la carde supérieure en lui imprimant un mouvement continuel de va-et-vient. L’opération n’est guère aisée à faire toute la journée, c’est pourquoi elle n’est jamais confiée aux jeunes filles. Le léger flocon de laine formant couche entre les cardes est roulé en mèches qu’on recueille dans un plateau tebag, pi. atbaag pour les destiner au filage de la trame.

FILAGE DE LA LAINE
Les instruments utilisés pour cela sont la quenouille luggâta et le fuseau sunnâra. La quenouille est formée d’un mince roseau long de quarante centimètres, surmonté de quelques plumes multicolores ; on enroule tout autour les mèches peignées aswat destinées à être filées. Le fuseau comprend une petite broche en bois de l’épaisseur d’un crayon zàna, pi. zânàt longue de vingt-cinq centimètres, garnie à l’une de ses extrémités d’une armature métallique en forme de hameçon dhabbâna où s’engage le bout du fil. Elle porte en outre une rondelle massive adhérente thuggàla qui fait office de volant. L’ouvrière attache l’extrémité libre de la mèche à l’armature métallique et imprime au fuseau, avec la main droite ou la main gauche un rapide mouvement de rotation en le lançant dans le vide. Elle effile la laine et la torsion se répartit sur la longueur comprise entre la quenouille et le fuseau. Elle se tient de préférence sur une terrasse, au bord d’une ouverture pratiquée dans le toit rûzna de façon à donner plus de longueur au fil tordu en laissant descendre sous son propre poids le fuseau qui tourne sur lui-même. Le fil ainsi tordu est enroulé autour de la broche zàna. Il faut filer une journée entière pour garnir l’espace compris entre les deux rondelles. La rondelle inférieure razzâna a été ajoutée pour augmenter le poids du fuseau qui permet d’obtenir un fil plus fin. La confection d’un burnous nécessite quinze fois cette quantité soit l’ouvrage de quinze jours qui pèse une livre. Heureusement que les filatures de Lille et Roubaix fournissent actuellement un fil fin et bien tordu qui supplée avantageusement au produit de ce laborieux travail. On commence à l’employer dans le tissage domestique sans préjugés.

FILAGE DE LA TRAME gzîl
L’ouvrière assise sur une peau de mouton haïdûra a la jambe droite à demi ployée et nue, le genou levé. La laine cardée est placée à sa gauche. Le fuseau magzal comprend une broche zàna de la grosseur de l’auriculaire, longue de 45 cm et portant une rondelle thuggàla de sept centimètres de diamètre placée à son extrémité qui pivote dans une écuelle en bois bâgiya. Attachant l’extrémité d’une mèche rita à l’extrémité supérieure du fuseau, l’ouvrière lui imprime un mouvement de rotation en frottant le haut de la tige contre sa jambe nue. Elle laisse tourner le fuseau et étire la laine qui est tordue en fil grossier et lâche gzal ou tua’ma. On en fera des écheveaux lawâha qu’on lavera pour les utiliser dans le tissage. Six cent grammes de trame sont nécessaires pour la confection d’un burnous.
Avant d’être utilisés les fils de la chaîne sont passés à la vapeur, on les place dans un couscoussier keskes pendant une demi-heure surmontant une marmite où l’eau bout. Les fils de la trame sont, soumis à un lavage méticuleux au savon et aux vapeurs sulfureuses kabrit. Très souvent l’hiver surprend la mère la famille alors qu’elle n’a pas préparé tout le fil nécessaire au tissage des habits de ses enfants. Elle fait appel à l’entraide twiza qui consiste à inviter un certain nombre de jeunes filles travaillant pour elle sans la moindre rétribution. Mais elle leur offre à manger. Les jeunes filles en quête d’un mari rivalisent d’effort car on les apprécie ce jour-là. Il se trouve toujours dans le groupe une vieille femme qui lui fait de la réclame et la vante à d’éventuels beaux-parents. La besogne en gagne en activité et ainsi se trouve filée toute la laine nécessaire à la famille. Mais c’est une dette contractée à leur égard pour la maîtresse de maison dont elle s’acquittera dès qu’on fera appel à elle ou à ses filles.

LE METIER A TISSER mansaj pi. manâsij
Le métier à tisser burnous, gandouras, haïks et couvertures, le seul en usage dans la région de Bou-Saâda, doit être, vu sa simplicité, le même depuis la plus haute antiquité ; depuis que l’homme apprit à tisser ce dont il a besoin pour se couvrir. Il se compose de deux ensouples khachba, pi. khachbât ayant chacune 3 m 50 de long, à section rectangulaire de 16 cm sur 8 cm terminée aux deux extrémités par une fourche en pied de biche dont l’ouverture a 8 cm, sur l’une des arêtes se trouvent des trous percés de dix en dix centimètres pour fixer la chaîne à l’ensouple enrouleuse al khachba at tahtaniya. A un mètre cinquante plus haut se trouve l’ensouple dérouleuse al khachba at-fawganiya parallèle à la première et retenue par des cordes târfa, pi. tawâref.
Aux quatre fourches de ces deux ensouples s’engagent deux perches gayma, pi. guâyem de 8 cm d’épaisseur, munies à leur base d’un trou de 3 cm 5, et à leur base d’un crochet où s’attache la corde qui tend la chaîne et retient l’ensouple supérieure. Ces deux perches verticales sont immobilisées à leur place par deux barres horizontales en bois mallûch, pi. mlâlich scellées au mur qui se trouve derrière le métier à tisser. Les cordes târfa, pi. tawaref retenant l’ensouple dérouleuse permettent de maintenir la chaîne à la tension voulue. Tandis que l’ensouple enrouleuse est retenue par les deux chevilles haddâr, pi. hdàdir engagées dans les deux trous aménagés à la base des perches verticales gwâyem. La chaîne vient se fixer aux trous de l’ensoupleau par un fil en coton saffâha. Elle ne se rattache pas directement à l’ensouple dérouleuse, elle est d’abord fixée à un fin rouleau maniyâr en bois de la grosseur d’un roseau, lequel rouleau est attaché à l’ensouple par une cordelette sefras en poil de chèvre, gros comme le doigt. Trois roseaux lisses gasba, pi. gasbât permettent de croiser les deux nappes de la chaîne. Le plus haut, reste immobile et sépare, de son épaisseur, ces deux nappes dont chaque fil est engagé dans la boucle d’un fil nîra, pi. nirât en coton appelé remisse supérieur nîra fawgâniya. L’autre remisse nira tahtaniya se trouve placé à 70 cm du sol et permet de croiser les deux nappes quand on baisse ou on relève un troisième roseau libre rûh. Une perche cylindrique tirâgla fixée au mur à l’aide de crochets tire constamment sur le remisse inférieur au moyen de ficelles jabbàd, pi. jbâbîd en poil de chèvre. Un nœud doux permet d’en régler la tension. Pour introduire la cheville haddâr dans le trou de la perche verticale, l’ouvrière monte sur l’ensoupleau et use de son propre poids pour le faire baisser puis engage la cheville dans le trou ; la chaîne est tendue davantage. Afin de la maintenir à la même largeur elle se sert d’un instrument addàda qui vient mordre à la lisière hâchiya, pi. hwâchi et tire le tissu à droite et à gauche. Il se compose d’un revêtement gandùra métallique en forme d’aimant portant un trou à sa base, là-dedans s’engage un morceau de bois jarwa, pi. jarwàt taillé en biseau adhérant à l’armature métallique. Un crochet ‘aggar tire dessus et la relie par une grosse ficelle jabbàd à la perche verticale. La lisière du tissu engagée entre le fer et le bois se trouve comme pincée et elle est tirée vers la droite ou la gauche du métier à tisser. On a eu soin bien entendu, d’éviter le contact direct du tissu avec l’instrument décrit ci-dessus en enveloppant la lisière d’un morceau d’étoffe.
Ourdissage ET MONTAGE DE LA CHAINE SUR LE METIER
Pour ourdir la chaîne deux femmes s’assoient à la turque et plantent devant elles dans le sol deux pieux malzam pi. milâzim en fer distants l’un de l’autre de 4 m 80 environ, longueur de la chaîne d’un bournous pour un homme de taille moyenne. Une partie bien entendu de la chaîne sera nécessairement perdue car il sera impossible de la tisser toute. Une cour non pavée ou un coin de jardin sont tout indiqués pour l’ourdissage car il faut planter profondément les deux pieux et le roseau autour duquel doit s’enrouler le remisse. L’une des femmes assises engagera le fil de la chaîne dans les boucles de la seffâha et de la nîra au pieux et au roseau. L’autre femme les engage dans les boucles de la seffàha au pieu. Une troisième personne généralement une jeune fille de quatorze ou quinze ans, tenant à la main une pelote de chaîne kabba, pi. kabbât entreprend pendant deux heures un va-et-vient ininterrompu entre les deux femmes et leur sert le fil qui fait le tour des pieux et du roseau.
Cette opération sediya terminée on arrache les deux pieux et l’on tend la chaîne sur toute sa largeur, soit 1 m 80, qui est à peu près la longueur d’un burnous ou d’un haïk. Pour tendre la chaîne on fait appel à de fortes personnes pour soulever les lourdes ensouples. On l’attache aux trous de l’ensoupleau par asseffâha et au moment de l’enrouler autour de l’ensouple supérieure on a soin de la maintenir à la même largeur pour garder le même espace entre les fils successifs, afin que le tissu soit ferme. Les deux ensouples sont mises en place et l’on s’occupe du remisse inférieur an-nira al tahtaniya, le supérieur ayant été déjà placé au moment de l’ourdissage sedwa. Cette opération consiste à engager tous les fils pairs ou impairs de la chaîne dans les boucles de ce remisse après quoi le tissage proprement dit commence.

TISSAGE nsij
La femme qui tisse s’assied sur une natte ou un tapis face à la chaîne ; elle introduit le fil de la trame entre les deux nappes de la chaîne elle se sert de sa main droite, ouverte, la paume tournée vers la poitrine. Saisissant le bout du fil entre les deux doigts (majeur et annulaire) elle le tire de gauche à droite en tenant serré bas, le roseau libre rûh à l’aide de la main gauche. -Elle baisse ce fil avec l’index de la main droite, le rapproche de la partie déjà tissée puis elle le serre avec un peigne khlâla en fer, Elle relève ensuite le roseau libre pour croiser les fils des deux nappes et introduire un nouveau fil de trame et la même opération recommence.
Quand le tissage atteint quarante ou cinquante centimètres de hauteur on l’enroule autour de l’ensoupleau. L’ouvrière détend chaîne et tissu, frotte la partie tissée avec une boule fâtûsa de gypse cuit au four et pétri à la main. II tient lieu d’amidon ; elle frotte ensuite avec une espèce d’étrillé mhakka coupée dans la base d’une branche de palmier jrîd. Les fibres fines et serrées en font une brosse dure et permettent d’égaliser la surface du tissu. Ce travail de toilette terminé le tissu est enroulé autour de l’ensoupleau ; selon que celui-ci fait sur lui-même un tour complet ou un demi-tour seulement on dit : tayya ou nuss tayya et on le couvre soigneusement avec un linge propre. Puis on déroule la chaîne faisant faire un tour ou un demi-tour à l’ensouple dérouleuse et le tissage recommence. Celui du burnous présente certaines particularités à cause des pans jnâh, pi. jenha et du capuchon galmùna ou galouza. L’ouvrière confectionne d’abord le premier pan en le tissant de biais. Le tissage devient de plus en plus large au fur et à mesure qu’il avance. Quand elle a tissé trois coudées dhrâ’, pi. dharoua et un empan chbar, pi. achbâr, elle juxtapose un supplément de chaîne large de 0 m 50 sur le bord droit et elle tisse une longueur d’étoffe de trois coudées joignant ainsi au corps même du burnous, sans solution de continuité, le capuchon galmûna. Trois ouvrières sont à peine suffisantes pour tisser car le métier devient trop large. Des femmes habiles nassàja, pi. nas-sajât offrent leurs services moyennant un salaire journalier, dérisoire d’ailleurs mais on leur donne à manger. La chaîne supplémentaire coupée, on ne travaille plus que sur la longueur de la chaîne initiale et un nouveau biais commence ; une seule femme suffirait alors pour terminer le second pan jnâh qui est aussi de trois coudées et un empan. Quand un burnous ou une pièce d’étoffe sont terminés l’ouvrière est obligée de laisser entre le tissu et l’ensouple une certaine longueur de chaîne initiale, haute environ de 70 cm gtâ’a et qu’on coupe pour libérer gli’ la pièce d’étoffe. Les bouts de fils noués entre eux ‘agda entrent dans la chaîne d’une couverture ou d’un tapis de peu de valeur.
Sur ce métier à haute lisse la mère de famille tisse chaque année une paire zwija de burnous pour son mari, l’un des burnous est blanc comme neige, l’autre est gris pour lui servir de cache-poussière khâm. Elle tisse des burnous rayés de couleurs zargùta, pi. zrâget pour les enfants de moins de dix ans, des haïks pour ses filles et pour elle, des couvertures pour se préserver des rigueurs de l’hiver, des tapis de haute laine zarbi’ya, pi. zrâba pour garnir et orner le salon, des coussins, des oreillers. Elle est aidée par ses filles ou ses brus qui vivent d’ailleurs dans la même maison. Ces femmes passant souvent plusieurs jours recluses à l’intérieur se créent des occupations pour lutter contre l’ennui et trouvent un agréable passe-temps dans le travail de la laine.
Elles lavent la laine, la nettoient, la cardent, la peignent, la filent et la tissent mais des événements viennent de temps à autre interrompre ces pénibles travaux. Ainsi les femmes interrompent leur besogne toutes les semaines du jeudi à midi au vendredi à midi. De même elles s’octroient quelques jours de congé à l’occasion des fêtes musulmanes. Ainsi la femme qui ne s’arrête pas de travailler durant la fête de l’Achoura sera sujette à la tremblote.
S’il y a un deuil dans la famille ou chez les voisins tout travail cesse et l’on couvre le métier d’un tapis pendant quatre ou cinq jours ‘utla. Cependant achever un tapis de haute laine c’est l’occasion aussi de certaines réjouissances. On achète de la viande nafga ce jour-là, comme aux jours de fête a’îd, pi. ayâd, de la pâtisserie, du henné que les femmes appliquent à leurs mains afin de les rendre aptes pour un autre ouvrage .

DJEDOU.

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