La légende de Sidi Brahim (conte Mzab) .


La légende de Sidi Brahim (conte Mzab) .

C’était le soir, il fit sa cinquième prière, car c’était un homme pieux, et il s’endormit. Or, cette nuit-là, il eut un songe extraordinaire. Un vieux cheikh tout délabré, tout branlant, serrant dans sa main une canne ouvragée se tenait devant lui et lui disait : « Selmek, Ba messaoud, je suis Sidi Brahim, le cheikh oublié. Je suis mort depuis bien longtemps et personne ne se souvient plus de moi. » Ba Messaoud, toujours dans son rêve, salua profondément. « Tu souhaites revoir les tiens, continua Sidi Brahim, et ta palmeraie. Si tu me fais une promesse, je te donnerai la liberté et même, je te ramènerai au M’Zab. » Ba Messaoud écoutait de toutes ses oreilles, dans une attitude de grande déférence. « Demain, poursuivit le cheikh, on t’amènera près de la mer pour effectuer des travaux. tes gardiens seront peu attentifs car des chiens les secondent.
Ils te donneront pour repas des abats. Garde-toi de les manger et dès que tu verras un peu éloignes de toi, sauve toi à toutes jambes vers la mer. Les chiens te poursuivront mais tu leur jetteras les abats et comme ils sont mal nourris, ils s’arrêteront pour les manger. tu continueras ta route et fermant les yeux, droit ver la mer.
Et la promesse ?
Voici ma canne (le cheikh oublié la lui tendit). Quand tu arriveras à EL-Atteuf, tu grimperas tout au haut de la colline et tu jetteras la canne au vent. Là ou elle se plantera, tu bâtiras en mon nom une mosquée »

Ba Messaoud allait ouvrir la bouche pour poser toutes les questions qui lui venaient en tête mais le cheikh avait disparu. L’appelant et le cherchant, il s’agita si bien dans son sommeil qu’il se réveilla. Il serrait dans sa main, à son tour, la canne finnement décorée.

Le lendemain, comme prévu, les gardiens l’emmenèrent travailler dans une carrière proche de la mer. Pour repas, il eut des abats (qu’il cacha) et des moqueries à propos de cette canne dont il ne voulait pas se séparer et qui semblait faite pour un seigneur ( les geôliers pensaient qu’il l’avait gravée lui-même dans sa cellule). Il fit ce qu’avait dit le cheikh et courut vers la mer, jetant ses abats aux chiens qui s’arrêtèrent pour les dévorer. puis ilferma les yeux, toujours courant en diréction de la mer en priant Allah de bien vouloir éventuellement prendre soin de son âme.

Lorsqu’il se réveilla, il entendit d’abord autour de lui la plus douce des musiques : des voix d’hommes qui, dans sa langue, disaient le Coran. « Est-ce possible, songea-t-il, Allah le bien aimé, très miséricordieux, je suis chez moi ! »

Il sentait la fraicheur d’une mosquée. Laquelle ? Il ne savait pas encore. C’était l’heure de la prière et l’imam n’était pas encore arrivé. Lui, Ba messaoud, était enroulé dans sa kachabia rayée, le capuchon sur le visage. Il était assis et appuyé probablement à un pilier. tout cela, il le ressentait sans hâte, s’émerveillant silencieusement et croyant à peine à son bonheur. Puis l’imam entra et, le reconnaissant à sa voix, Ba Messaoud sut qu’il se trouvait à Melika haut. La prière allait commencer. Elle ne commençait pas. l’imam s’était arrêté au milieu de la mosquée et il disait : « C’est un jour de réjouissance pour nous, frères. Un des nôtres est revenu : j’ai « sentit » Ba Messaoud.
Ba Messaoud ? Impossible, imam ! Il est prisonnier depuis plus de vingt ans et nous n’avons plus aucune nouvelle de lui : autant dire qu’il est mort. Nous ne le reverrons plus !
Ca sent Ba Messaoud, ici, répétait l’imam, obstiné, il parcourait à grand pas la salle de la mosquée, soulevant les capuchons des kachabias pour regarder dessous.
Notre imam baisse, soupiraient les croyants, c’est la démence, l’heure de la prière va passer … »Lorsque Ba messaoud se dressa et baisa la main de l’imam, la surprise et la joie saisirent les assistants. La prière commença sans tarder, après laquelle Ba messaoud put s’expliquer. On se souvint de cheikh Sidi Brahim et l’on se repenti de l’avoir laissé dans l’oubli. Selon la coutume, un groupe de jeunes bâtisseurs se forma aussitôt pour aider ba messaoud à remplir sa promesse. Ils partirent avec lui a El-Atteuf sans tarder pour arriver avant la nuit.

Ils montèrent directement sur la crête de la colline, juste au haut de la ville, et Ba messaoud je ta la canne au vent.

Désolation ! La canne s’était plantée dans une dune de sable. Comment bâtir sur du sable ? se disaient entre eux les bâtisseurs. Ba messaoud décida que la nuit porterait peut-être conseil et qu’il était temps pour lui de revoir sa famille ( que la foule tout doucement amassée autour d’eux avait prévenu). Tout le monde fut de son avis et chacun rentra chez soi dans une assez grande excitation. c’était un soir orageux et venteux.

L’histoire ne dit pas di Ba Messaoud eut encore une entrevue nocturne avec le cheikh oublié mais elle assure que, le lendemain, toute la dune de sable reposait de l’autre côté de la colline (où elle est encore, vous pouvez la voir aujourd’hui). La canne était fichée dans le roc, tout contre la tombe de cheikh Sidi Brahim. Ainsi fut donc bâtie sa mosquée.

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