Tamanrasset L’iswat ou la sérénade des amoureux


L’iswat ou la sérénade des amoureux

Voici un genre artistique targui, ancestral et festif à dimension sentimentale et sociale très marquée puisqu’il permet aux jeunes d’entrer dans une nouvelle phase de leur vie.

Il s’agit de l’iswat qui, contrairement au tendé, est moins connu en dehors de l’ère de rayonnement de la civilisation targuie. Il est moins célèbre, non pas parce qu’on le retrouve surtout chez les peuplades du Nord-Mali, dans les vallées de la région de Kidal, mais du fait qu’il est rejeté par certaines populations environnantes, notamment du Maghreb, à ancrage islamique parfois rigoriste qui peuvent l’interdire strictement parce qu’elles l’assimilent à de la licence sexuelle, vu que l’acte facilité par ces réunions peut avoir lieu avant le mariage. Les informations qui vont être exposées ci-dessous ont toutes été tirées de l’intervention de l’anthropologue Belalimat Nadia qui est ingénieur au centre international de recherche sur l’environnement et le développement et chargée de recherches au CNRPAH d’Alger. Sa communication intitulée «La tradition chantée de l’iswat» a été donnée jeudi matin à la maison de la culture Dassine de Tamanrasset.
Poésie alerte, légère et digeste, entièrement dédiée au chant amoureux, l’iswat se donne à entendre lorsque les jeunes célibataires atteignent leur maturité et commencent à désirer des rencontres entre sexes opposés. De ce fait, ces rencontres sont interdites aux enfants et aux adultes mûris par l’âge. Nadia Belalimat rapporte à ce propos l’anecdote suivante : un jeune homme arrive à la réunion accompagné de sa femme qui est aussitôt courtisée de très près. Le mari jaloux se fâche mais est vertement rabroué. On lui argue fermement qu’il n’a pas à amener son épouse au milieu de célibataires. Ces cérémonies qui ont lieu à l’hivernage, durant lesquelles les populations en question s’attardent sur des pâturages plus abondants, sont ponctuées généralement quelques mois plus tard par des mariages.
L’iswat désigne la réunion, ou la rencontre, durant laquelle une, parfois plusieurs solistes, accompagnées chacune d’un chœur d’hommes, exécute (nt) le chant. L’instrumentation musicale est assez modeste, généralement une percussion et des claquements de mains, cette tradition étant une pratique rurale des pasteurs touaregs vivant modestement de l’élevage. L’iswat donne lieu à de véritables cérémonies qui se déroulent en nocturne en des endroits isolés, exigeant montage de tentes, préparation d’un grand foyer pour la veillée et des effets pour s’asseoir autour du feu. Ces rencontres sont tellement courues que les jeunes fêtards peuvent traverser des distances appréciables, jusqu’à trente km pour participer aux réjouissances en espérant bien sûr trouver l’élu (e). Ce genre de chants comptent une dizaine d’airs basés sur des modes vocaux légués par de longues années de pratique et interprétés par de jeunes chanteuses.
La tradition passant d’un groupe d’âge au suivant, les petites filles sont initiées jusqu’à ce qu’il leur arrive, à leur tour, d’aller au rendez-vous. Ce genre de chants s’exécute en deux ou trois temps pour faire la cour, ou tout simplement faire passer le message à quelqu’un, lui faire comprendre qu’on l’a choisi et lui révéler les secrets des sentiments qui affolent le cœur et font monter la chaleur du corps. La démarche est cependant délicate et fine. Le chant est allusif et s’exprime donc par métaphores néanmoins clairement suggestives. On révèle des sentiments mais en laissant, pour le plaisir, des incertitudes et des mystères.
Autre particularité de l’iswat, des joutes physiques, parfois assez violentes, ont lieu pendant la veillée. Les adversaires, des jeunes hommes se battent jusqu’à ce que la tête de l’un touche terre. Ces combats qui peuvent avoir des séquelles opposent les adversaires parce qu’il y a un défi à relever, une jeune femme en enjeu ou tout simplement pour le prestige. Parfois, l’interprète qui chante l’amour, sa propre déception ou encore l’échec d’une idylle pousse les combattants à plus d’ardeur. A Tamanrasset, l’iswat se pratique dorénavant avec des instruments modernes et a échappé aux veillées amoureuses pour se donner en spectacle devant la foule. Mais est-ce encore de l’iswat ? (El Watan-17.01.2011
Tamanrasset.
De l’envoyé spécial d’El Watan

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