LES DOUCEURS ET LES RITES D’UNE FÊTE Yennayer, raconte-moi ton histoire!


C’est la seule fête non musulmane commune à tous les peuples d’Afrique du Nord.
«Ad ffãen iberkanen, ad kecmen imellalen». Par cet adage est annoncé le premier jour de l’An «ixef useggwas» ou Yennayer dans certains villages de Kabylie. Ce moment marquant la séparation entre deux cycles solaires, passage des journées courtes, «noires» aux journées longues, «blanches», est fêté dans la quasi-totalité des régions du nord de l’Afrique.
Et le mot Yennaye: Yen Ayyar. Yen: le chiffre1 (Yiwen:yen) et Ayyur: lune, en tout ça donne première lune ou premier mois. Vers 1968, l’Académie amazighe a proposé de créer une «ère amazighe» et a fixé comme an zéro du calendrier amazigh les premières manifestations connues de la civilisation amazighe, au temps de l’Égypte ancienne, lorsque le roi libyen Chechonq Ier (Cacnaq), fondateur de la XXIIe dynastie égyptienne monta sur le trône et devînt pharaon en Égypte. Avant d’envahir la Palestine, il réunifia l’Égypte. À Jérusalem, il s’empara de l’or et des trésors du temple de Salomon (un grand évènement cité dans la Bible).
Depuis les temps immémoriaux, le peuple d’Afrique de Nord célèbre, chaque année et chacun à sa manière et ses possibilités, cet événement ancestral.
Même s’il y a quelques années, la célébration de ce rite est limitée aux régions berbérophones, notamment la Kabylie, aujourd’hui, avec la prise de conscience des populations, l’événement est marqué à travers tout le territoire national, notamment dans les grandes villes telles que Oran, Constantine, Annaba et bien d’autres encore moins importantes.
Deux points communs subsistent toujours à travers les différentes célébrations:
1. Le premier, très symbolique et surtout profondément affectif, Yennayer est marqué dans certaines régions par le changement de certains décors et habitudes afin de débarrasser la maison des aléas de l’année écoulée et la placer sous le signe de l’abondance.
Symbole de longévité, on procède à la première coupe de cheveux aux petits garçons comme on taille les arbres à la même période. Cela dit, dans certaines régions berbérophones, on dit que l’enfant est comme un arbre, une fois débarrassé des mauvaises influences, il poussera plus fort et plus énergiquement. Bien que Yennayer est porteur de belles choses, il est aussi émaillé de quelques interdits: ne pas balayer pour ne pas chasser les bonnes influences, ne pas sortir le feu (les braises) de la maison et s’abstenir de prononcer des mots de mauvais augure tels que misère, sécheresse, faim, etc.
2. Le second point aussi important tient au partage du repas du soir.
«Imensi n’Yennayer». Marqué par un rite d’émulation, sacrifice propitiatoire, destiné à expulser les forces maléfiques (asfel).
D’où cette expression ancienne qui dit: «S idem ad ifeã lhem (Avec le sang disparaîtra le malheur).» La coutume veut que l’occasion soit estampillée d’un cachet particulier en priant les forces divines de fertiliser la terre, source de profusion et de prospérité. Toutefois, le plat préféré est le couscous préparé au bouillon de volaille que certains préfèrent égorger eux-mêmes par respect aux vertus prophylactiques assignées au sacrifice. Au bouillon qui doit comporter des légumes secs, on évite des produits épicés ou amers qui pourraient s’avérer d’un mauvais présage pour le reste de l’année, voire sécheresse et incendie des récoltes.
À ce plat, on peut ajouter un autre constitué par des crêpes (aheddur, tiãrifin, acebbwad) ou/et des beignets (tihbulin, lesfendj, lexfaf). Imensi n Yennayer est un repas de famille, on met à part ce qui revient aux filles mariées au dehors, et on dispose pour ce souper communiel les cuillères des absents.
La fête du Nouvel An amazigh est, avant tout, une valeur-symbole profondément ancrée dans la mémoire collective bonifiée par un écheveau de mythes, légendes et histoires qui s’entremêlent et que sociologues et historiens n’ont pas fini de démêler. Des légendes se sont tissées autour de Yennayer et des contes sont nés d’histoires aussi vieilles que le calendrier grégorien.
Une des plus connues est l’histoire de cette vieille femme (Tamãart) qui, sortant un jour de soleil et croyant l’hiver passé, s’était moquée de lui. Elle se délectait. S’adressant à Yennayer, elle lui dit: «Yennayer mon ami, tu nous a quittés sans faire aucun mal», Yennayer furieux, demanda à Fourar, premier mois du printemps, de lui prêter deux jours pour se venger.
«Je t’en prie, Fourar mon ami, Prête-moi l’un de tes jours, Que je châtie la chèvre impudente, Et lui mette la tête dans le feu» Fourar lui prêta une journée.
Aussitôt le ciel se couvrit de nuages, tonnerre et éclairs éclatèrent, puis la grêle et la neige se mirent à tomber. Le vent de son côté brisait tous les arbres.
Alors la vieille, qui était restée dehors avec ses chèvres, fut transie de froid et mourut. Et selon d’autres versions, a transformé la femme en une statue de pierre. C’est à la suite de cela que le dernier jour de Yennayer est dit «l’emprunté».
Le mois de Fourar a un jour de moins que les autres mois. En somme, Yennayer, une tradition encore vivante de nos jours avec ses rites, ses douceurs et sa symbolique, incarne le passage d’une étape à une autre. (L’Expression-13.01.2011.)

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