La préparation de la laine pour le tissage dans les Aurès.


Le tissage de la laine était dans les Aurès – il l’est encore dans le massif profond – une tâche extrêmement importante. Préparer la laine, la laver, la tisser, était une besogne qui incombait entièrement à l’Auréssienne. La laine était un produit stratégique, vital pour la survie de la cellule familiale. C’est pourquoi du reste la femme était appréciée, jugée à l’aune de ses capacités et de son savoir-faire dans cette importante activité qu’est le tissage.
Les toisons traitées sont coupées sur des moutons sur pied. Quand la famille possède un troupeau, on commence à tondre à la fin du printemps, pour terminer au plus tard à la fin juin. Ce travail se fait généralement dans la cour de la demeure familiale. L’Auréssienne entrave la tête de la bête, amène et ramasse la laine tondue au fur et à mesure. La tonte est du ressort exclusif de l’homme. Les moutons tondus sont débarrassés de leurs entraves, et s’il fait encore frais, les bêtes sont enveloppées dans des morceaux d’étoffe.
La laine est un bien trop précieux, trop nécessaire pour que l’opération qui la met à la disposition de la famille ne soit pas célébrée par des réjouissances et un repas réunissant les parents, alliés, amis et tous ceux qui ont participé à l’utile besogne.
Quand la tonte est achevée, l’Auréssienne sélectionne les plus belles toisons pour les besoins de la famille. L’élevage dans les Aurès n’étant pas suffisant pour couvrir les besoins en laine de la population locale, les Auréssiens s’approvisionnent aussi des Nememchas, de Négrine, Bir El-Ater, etc.
Les tisseuses des Aurès utilisent généralement trois qualités de toisons. La première donne une belle laine blanche, fine et soyeuse, qui servira à tisser des étoffes légères : l’ougâ et le burnous. La deuxième qualité donne une assez belle laine, très solide, mais un peu moins fine et moins soyeuse, qui servira au fil de chaîne. Elle donne en général plus de laine cardée que la première. Le troisième choix, nettement inférieur aux deux autres, sera utilisé pour les gros ouvrages.
La laine tondue est toujours sale, pleine de sable, d’impuretés de toutes sortes. Il est nécessaire, avant de l’utiliser, de la nettoyer. Ce travail harassant comporte cinq paliers aussi difficiles l’un que l’autre : le dessuintage, le triage, le peignage, le cardage et enfin le blanchiment. L’Auréssienne met dans un couffin d’alfa les toisons à laver et descend à l’oued. Là, elle fait chauffer de l’eau, y plonge la laine, puis, à l’aide d’un bâton, la triture, la bat en tout sens sur une pierre plate, la foule aux pieds, la rince dans l’eau courante, l’y laisse un moment tremper, prenant soin, pour qu’elle ne soit pas entraînée par le courant, de la mettre dans un panier.
Au fur et à mesure qu’elle retire la laine, elle l’essore, flocon par flocon, et l’étend au soleil sur la berge. L’Auréssienne fait le premier triage après le dessuintage ; elle met d’un côté les meilleures laines, propres au tissage des habits, de l’autre celles qui seront utilisées pour les sakoû, les flidjs, etc. En procédant à ce choix, elle détache les unes des autres les fibres accolées, terminant manuellement de retirer les impuretés que l’eau n’a pas détachées.
La laine sèche sur la terrasse où elle est exposée en plein soleil. En attendant le moment de la carder, la femme la met dans un arboudj (sorte d’outre). Le peigne (tamecht) qu’utilise l’Auréssienne est une planche d’environ 80 centimètres de longueur sur une vingtaine de large, pourvue à l’une des extrémités de pointes de fer de 15 à 17 centimètres de long. Ces pointes (25 à 30 par rangée) d’égale longueur sont placées, de façon alternée, sur deux rangées parallèles. Le peigne est quelquefois fixé sur une sorte d’assise, une pièce fixée à l’envers de la première, au-dessus des pointes de fer et qui sert à soulever la partie sur laquelle on travaille, de manière à faciliter la tâche de la femme qui l’utilise.
L’Auréssienne s’installe à même le sol, près d’un tas de laine aux fibres longues, avec devant elle les pointes de l’outil. De la main droite, elle passe et repasse les flocons entre les pointes ; quand ils sont suffisamment démêlés, elle tire la laine vers elle d’un mouvement souple et rapide, en évitant soigneusement de pas couper les fibres. De temps à autre, l’ouvrière s’arrête pour nettoyer le peigne : une certaine quantité de laine est restée entre les pointes, elle la détache et en fait un tas à part. Le passage répété à travers les pointes permet aux longues fibres d’être disposées parallèlement et de s’abouter, préparant et facilitant le filage qui ne consistera plus qu’à amincir et à tordre la mèche. Ainsi, les fils de chaîne qui, dans le tissage, doivent en permanence subir une forte tension, obtiennent-ils une grande résistance.
Quand l’Auréssienne a terminé de peigner la laine, elle l’enroule en pelote ou la dispose en forme de huit sur une quenouille. A cet instant, elle dispose, d’une part, de laine peignée obtenue par élimination, blanche et soyeuse, qui lui servira à faire un fil très fin, destiné au tissage de l’oûga et autres étoffes légères, et d’un fil épais et plus solide pour confectionner les burnous indispensable pendant le rude hiver auréssien. Elle a, d’autre part, la laine de dernier choix, celle qu’elle a récupérée entre les pointes de l’outil ; elle n’est pas perdue pour autant. Elle subira une dernière opération pour la débarrasser de ce qui reste d’impuretés, parfaire et allonger ses fibres, pour la rendre propre au filage.
La carde dont se sert l’Auréssienne est faite de deux palettes d’environ 25 centimètres de long sur 20 de large, chacune dispose d’un manche ; l’une des faces est recouverte de cuir et garni de petites pointes métalliques légèrement recourbées. La femme prend la palette dans la main gauche, les pointes dirigées vers le haut, et pose dessus un ou plusieurs flocons de laine ; de la main droite, elle met la seconde palette sur la première, pointes vers le bas, et tire en sens inverse à plusieurs reprises. Les fibres ainsi étirées s’alignent ; elles se transforment en un petit napperon que l’Auréssienne enlève d’entre les cardes. Cette laine est moins soyeuse au toucher que la laine peignée.
La laine cardée est le plus souvent blanchie avant d’être filée. La tisseuse utilise deux technique traditionnelles pour le blanchiment : avec une racine végétale (takhikt) ou avec du gypse (jebs). Les feuilles de silène inflata sont comestibles et ses racines contiennent de la saponine, tout comme la saponaire. L’Auréssienne se procure ces racines, les fait sécher au soleil, puis les réduit en poudre ; elle obtient takhikhaït. Pour blanchir la laine, elle peut procéder de plusieurs façons. Au bord de l’oued Abied, elle dissout takhikhaït dans un récipient d’eau chaude ; elle y plonge la laine, la triture longuement. Dans l’oued Abdi, l’Auréssienne utilise une autre technique : elle étale la laine sur le sol et l’arrose d’eau additionnée de poudre de takhikhaït, avant de la rincer à grande eau.
Pour la même opération, elle peut utiliser le gypse, dont elle prépare une solution dans un fân : un mélange d’eau froide et de gypse, dans lequel elle trempe la laine par petits paquets. Cette méthode est beaucoup plus utilisée par les Auréssiennes du versant sud du massif.
Dans les Aurès, la laine est toujours utilisée après avoir été soigneusement dessuintée, peignée, triée, cardée et blanchie. Après avoir subi ces différentes opérations, la laine est mise dans un sac de jute ou dans un ahdouf, et conservée précieusement dans la pièce de la demeure familiale où sont mises à l’abri toutes les provisions annuelles. La préparation de la laine pour le tissage, dans les Aurès, est une tâche harassante, rebutante, qui est encore du domaine exclusif de la femme.
Chenouf Ahmed Boudi

Tissage et tannage
Le tissage :
C’est un travail féminin.
Le poil de mouton est utilisé pour la confection de vêtements.
Le poil de chèvre sert à la fabrication de cordes et de sacs.
Le poil de yak permet de se protéger les yeux contre les rayons du soleil, est utilisé dans la confection de cordes, de frondes, de sacs, de tapis de selle et pour la fabrication des chaînes et des trames de toile de tente.
La laine est d’abord cardée à la main puis filée au fuseau.
Elle est ensuite teintée à l’aide de colorants artificiels qui ont remplacés les extraits des plantes tinctoriales.
Ensuite vient le tissage à proprement dit. Le métier utilisé dans toute la zone himalayenne est horizontale. Le tissage s’effectue généralement en hiver ; les femmes s’installent dans un enclos à l’abris du vent et tissent côte à côte.
Le tannage :
Il est effectué en septembre par les hommes. Les peaux d’animaux domestiques (mouton, chèvre) servent essentiellement à la confection de vêtements chauds pour l’hiver et de sacs.
La peau est exposée à l’air libre pour séchage avant de procéder au tannage. Après avoir été humidifiée, à l’aide d’un mélange de terre humide et de crottin de cheval, on assoupli la peau en la foulant avec les pieds.
La peau est ensuite assoupli une seconde fois en répandant cette fois de la cervelle de mouton.
Les peaux de mouton et de chèvres sont alors parfaitement souples et utilisables pour la confection de vêtements portés le poil à l’intérieur.
Les peaux de yaks sont séchées, sans tannage préalable.
Les hommes fabriquent également les cordes nécessaires pour l’élevage et le transport. La fabrication des bottes traditionnelles en laine leur est exclusivement réservée.
Les Dolpo-pas portent tous la même tenue vestimentaire. Elle est composée pour les hommes, d’un pantalon pris dans la botte, d’une chemise longue et d’un manteau croisé à droite et retenu par une ceinture. Les femmes portent une robe longue également croisé à droite et retenu par une ceinture.
Pour les fêtes, les femmes se couvrent d’une couverture dont les motifs sont propres à chaque clan, attachée par une broche en argent.

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