La Cascade.


LA CASCADE

Les eaux d’Hammam-Meskoutine sont des eaux pétrifiantes, riches en carbonate de chaux ; elles sourdent à une température de 89 à 90° centigrade ; elles renferment à l’état libre une forte proportion d’acide carbonique. Ces eaux pétrifiantes ont donné naissance à des roches de formes très variées et très pittoresques : nappes, murailles, cônes, escaliers en gradins successifs.
On ne peut faire un pas sans fouler les sédiments laissés par les eaux. Le débit total des sources actuelles n’est pas inférieur à 200.000 litres par heure (le plus fort débit d’eau thermale connu, puisque Amélie-les-Bains, qui vient immédiatement après Hammam-Meskoutine, pour le débit, ne donne que 50.000 litres à l’heure). Les eaux sont d’une nature saline, avec une odeur sulfureuse, et se rapprochant par leur combinaison chimique des eaux de Balaruc, de Plombières et de Bagnère de Bigorre qu’elles peuvent remplacer au besoin. « Les eaux ont été analysées à diverses reprises ; l’analyse faite, dès 1839, par M. Tripier, pharmacien aide-major, n’a été que peu modifiée par celles des autres chimistes, les eaux contiennent des chlorures de sodium, de magnésium, de potassium et de calcium, des sulfates de chaux, de magnésie, de strontiane ; les substances dominantes sont :le chlorure de sodium, le sulfate de chaux, le carbonate de chaux ; il y a même un peu d’arsenic Sur la rive droite du Chedakra, à une faible distance seulement de la grande et magnifique cascade, dont la moire, tantôt blanche, tantôt brune et ocreuse, scintille au soleil de mille feux, s’élève le groupe d’habitations spécialement affectées aux touristes, voyageurs et malades civils en traitement. Il se compose de pavillons à simple rez-de-chaussée comprenant des salles à manger, de lecture, de compagnie, plusieurs chambres, ainsi que des locaux affectés aux différents services de l’établissement. Ces pavillons, subdivisés en quatre groupes indépendants les uns des autres, environnent une esplanade plantée d’arbres d’essences aussi variées qu’originales comme l’eucalyptus, le térébinthe, le palmier, qui donnent un ombrage très agréable et au milieu, autour desquels se trouvent un bassin à jet d’eau et une vaste pelouse ornée de plantes d’agrément et environnée d’un musée en plein vent où, à côté des débris de chapiteaux, de piédestaux, d’entablements, de colonnes, de pierres tumulaires en marbre blanc et rosé de la Mahouna attestant encore l’orgueil et la puissance de l’art romain, figurent des tronçons de statues aux longs plis majestueux, aux belles formes sculpturales, que le temps et les hommes ont pu mutiler, mais non déformer. Au-dessous de cette partie de l’établissement, en contrebas du plateau sur lequel elle a été bâtie, à l’abri de magnifiques oliviers séculaires, de proportions peu ordinaires, au bord même des canaux creusés sur le flanc du coteau pour l’adduction des eaux qui semblent rouler un lait fumant dans leur lit blanchi par les sédiments accumulés aussi sur les rives pour éviter tout engorgement, se trouvent les cabines, à une, deux ou plusieurs places, destinées aux baigneurs.
Les baignoires sont formées de bassins en maçonnerie, où des tuyaux amènent l’eau froide et l’eau chaude nécessaires à la préparation du bain. Il existe des cabines particulières pour les douches et les bains de vapeur. On en prépare pour les inhalations préconisées dans certaines maladies de la gorge. Les arbres fruitiers, plantés dans les jardins de l’établissement, sont d’une superbe venue et ne contribuent pas peu à témoigner de l’exceptionnelle fertilité de ce sol, où, petit à petit, la nature, guidée, encouragée par la main de l’homme, au ravissant agrément du site, a su joindre le doux et réconfortant aspect des cultures utilitaires succédant à une vaine exubérance de sève. Le sol d’Hammam-Meskoutine, en effet, placé à une altitude de 312 mètres, est rarement visité, en hiver comme en été, par les températures extrêmes de ces deux saisons, protégé qu’il est, au fond de la vaste dépression géologique où il se trouve, par le Djebel-Debar, qui dresse au nord, à près de 1100 mètres de hauteur, son échine pelée, par la Mahouna, au sud-est, et par le Ras-El-Akba au sud, enfin, au nord-est, par les crêtes élevées du Djebel-Taya. Ainsi entouré, ce sol se prête aux cultures les plus variées. La neige n’y fait jamais son apparition et -chose curieuse – au cœur de l’hiver, tandis que les cimes environnantes ont toutes endossé un blanc manteau d’hermine, la vallée d’Hammam-Meskoutine, qui n’a seulement de comparable à la neige que ses cascades, jouit d’une température très douée et les vapeurs jaillissantes des sources répandent dans l’atmosphère environnante une bienfaisante tiédeur. Bref, la température, en hiver, y descend rarement au-dessous de 10°. En été, par contre, après la saison des bains, c’est-à-dire pendant les mois les plus chauds de juillet, août et septembre, elle atteint parfois 35° et 40′ :
mais en revanche, les nuits sont relativement fraîches et le sommeil réparateur y est possible.
Un fait naturel, digne de remarque, c’est la coloration jaune donnée aux feuilles des eucalyptus, qui environnent les sources. sans doute par les émanations sulfureuses contenues dans les vapeurs exhalées des griffons. On sait effectivement que les vapeurs du soufre et de ses principaux composés ont de hautes propriétés décolorantes. Le teint général de ces eucalyptus ne saurait être, il nous semble, attribué a une autre cause, comme à l’action du soleil par exemple, car, à quelques centaines de mètres plus loin, à la station, les eucalyptus ont conservé la coloration ordinaire de leurs feuilles qui d’un beau vert-bouteille, plutôt sombre ou glauque que tirant sur le jaune.
Aux griffons mêmes, dont on peut facilement approcher au sommet de la grande cascade, on voit, tout autour des orifices par lesquels l’eau s’échappe à gros bouillons, des incrustations de calcaire d’une forme très curieuse qui rappelle à s’y méprendre les molaires d’une mâchoire humaine. Certains de ces griffons, avec les bords rapprochés de leurs incrustations ainsi faites, ressemblent à des bouches monstrueuses, grimaçantes, lançant à travers leurs mâchoires largement écartées des vomissements d’eaux bouillantes. Lorsque l’on examine de près la contexture extérieure de la roche sur laquelle l’eau s’est épanchée par conciles successives en cascades pétrifiées, arrosée seulement par une mince épaisseur d’eau, on surprend sur le vif le travail de l’incrustation. Il s’opère par alvéoles, en tout semblables a celles d’un gâteau de miel et qui donnent au premier dépôt sous-jacent a 1 eau chaude l’aspect d’un tissu ou plutôt d’un filet à mailles serrées tantôt en tous petits losanges, tantôt en tous petits carrés Ies dépôts calcaires se forment donc, comme on le voit, suivant les lois de la cristallisation géométrique.
Quelquefois la pétrification, par suite de la présence dans l’eau de certaines matières étrangères insolubles, prend un aspect grenu. Les Arabes, continuant l’esprit de la légende des cônes, veulent y voir les grains de couscous de la noce rejetès des entrailles de la terre ou tous les apprêts du festin furent engloutis
HAMAMM MESKOUTINE, sous la domination romaine, portait le nom d »Aquae Tibilitanae » à cause de son voisinage (8 kilomètres) de l’importante ville de Thibilis, sise au sud, au-dessous du plateau de Ras-EI-Akha. Des thermes importants, dont de nombreuses traces ont été retrouvées dans les environs des sources actuelles et anciennes, de nombreux vertiges de villas et de travaux de défense témoignent encore de la vogue dont jouissaient ces eaux auprès des Romains.Les anciennes piscines, placées non loin des griffons disparus, indiquent aussi le lent déplacement dont nous parlions tantôt.A deux kilomètres plus loin a une heure de marche tout au plus de l’ établissement. on arrive devant une ouverture, par laquelle on pénètre sur les bords d’un lac souterrain, formé dans le courant de l’année 1878 par l’épanchement soudain d’une forte masse d eau dans une de ces grandes cavernes, comme il en existe tant, trahies par le retentissement des pas, dans le sous-sol du terrain qui environne les sources d’eaux chaudes sur un rayon de plusieurs kilomètres.M. I-. Rouyer, dans son intéressant opuscule sur Hammam-Meskoutine et ses environs, explique ainsi la formation de ce lac :
« A une distance quelconque se trouvait une nappe d’eau qui rompant brusquement ses digues, sous une influence inconnue s’engagea, par des conduits plus ou moins tortueux, plus ou moins étroits, dans la direction de la grotte et vint s’engouffrer avec violence.
Sous cet assaut, une partie des piliers naturels soutenant la croûte supérieure de la grotte ne tarda pas a s’affaisser et à produire l’écroulement du sollui-même. La grotte s’emplit peu a peu : l’écoulement continua jusqu’à partait équilibre des deux vases communicants : le lac souterrain était formé ».
Cette formation subite, qui avait été accompagnée d’une formidable détonation. fut pendant longtemps l’objet de la terreur des indigènes qui cependant finir par s’y habituer, à ce point que leurs femmes n’hésitent plus maintenant à venir puiser l’eau dont elles ont besoin.
Cette eau potable est propre a tous les usages comme l’eau de source. Elle a une température normale. La caverne ou s’est formé le lac se divise en deux immenses trous d une longueur totale de 100 mètres environ. Ils viennent aboutir l’un et l’ autre à l’entrée de la grotte, dont le plafond bas et orné de stalactites bizarres prenant aux reflets des feux de bengale des allures d’énormes cous de dragons a la gueule entre ouverte ne permet lias aux visiteurs de se tenir debout sur la barque qui le conduit sur celte eau dormante d une profondeur moyenne de 20 mètres.
Les cris aigus des chauve-souris rompent, seuls, le charme silencieux qui règne sur ces eaux noires, dont l’ origine est inconnue et que l’imagination païenne n eut pas manquée de prendre pour une des bouches de l’infernale Acheron. Pour terminer cet extrait sur Hammam-Meskoutine il tant se souvenir que pour la « Saint Couffin « , le lundi de Pâques les Giuelmois se retrouvaient pour faire cuire les œufs sur la cascade bouillonnante.. mais ceci est une autre histoire.

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