Célébration de la fête du printemps.


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La fête du printemps dans les Aurès, appelée Tafsouth en tamazight, qui continue d’avoir des adeptes restés fidèles aux traditions ancestrales, n’est nullement entamée par la modernisation, ainsi qu’on le constate, d’année en année, à Batna et dans les autres localités de la région.
Réjouissance essentiellement rurale, la fête du printemps fait corps avec la personnalité communautaire, au point d’être spontanément célébrée, y compris par les néocitadins qui gardent jalousement les traditions héritées des anciens, sans hésiter à les accommoder aux contraintes de la vie moderne. Au cœur de la métropole des Aurès, le printemps est annoncé par le retour des cigognes qui reviennent de leur périple à l’autre bout de la planète, en retrouvant leurs nids intacts, tel une couronne posée majestueusement sur le toit du théâtre, place du 8-mai 1945, et sur le clocher de la vieille poste, place Harsous, de part et d’autre du centreville. Tafsouth est fêté dès le 28 février, correspondant au 15 du mois de Fourar du cycle annuel amazigh. Des semaines plus tôt, les marchands ambulants commencent à proposer sur les marchés la pâte de « gherss », des dattes écrasées que l’on destine spécialement à préparer un gâteau réservé à cette circonstance, appelé bradj en raison de leur forme en quartiers carrés, et qu’on sert de préférence avec un verre de petit-lait. Les bradjs, particulièrement appréciés des tout-petits, sont en fait une double galette de semoule rehaussée de beurre frais, parfumée à l’eau de rose, parfois parsemée de quelques clous de girofle, avec au milieu, une galette de gherss. Le tout est cuit sur une plaque chauffante en argile (tadjine), sur un feu de bois ou à défaut, une gazinière. Un autre « amuse-gueule » est préparé et servi dans la région, à l’occasion de Tafsouth, ce sont les crêpes beurrées appelées ici «Baghrir» (ailleurs, «Korsa» ou «Laghrayef»), certes succulentes, mais souvent craintes par les «estomacs délicats » qui craignent l’indigestion, les feuilles de baghrir se laissant avaler l’une après l’autre, assez facilement. Tafsouth est aussi la fête du renouveau de la vie. A ce titre, des traditions anciennes, dont l’origine est méconnue, ancrées dans la personnalité communautaire, ont survécu chez les amazighs chaouis et autres, à tous les rigorismes religieux, depuis les traditions judaïques, chrétiennes et musulmanes, auxquels elles ont fini par s’adapter. C’est ainsi que les familles sortent gaiement dans la nature, dès les premiers signes du printemps. La séparation entre femmes et hommes se relâche pendant ces sorties champêtres. Jeunes et moins jeunes des deux sexes jouent à la «Kora», chaque joueur est muni d’une crosse, comme au hockey sur gazon, pour taper sur une balle en souche de bruyère, en liège ou simplement en chiffons, l’équipe gagnante est celle qui porte la balle au-delà du camp adverse. Dans les vallées et sur les crêtes des Aurès, cette année le printemps s’annonce luxuriant. La terre généreusement irriguée par des pluies et des neiges exceptionnelles, est riante et laisse déjà s’étaler des couleurs chatoyantes qui invitent aux joies des randonnées pédestres. Dans les localités rurales et montagneuses, les premières sorties champêtres du printemps constituent aussi une occasion pour récolter une grande variété de plantes, dont plusieurs sont comestibles.
Ce sont en fait des légumes des champs «bio», non cultivés, que l’on accommode à certains plats ou que l’on ajoute à la sauce du couscous. Pour les jeunes filles, certaines de ces plantes sont appliquées au domaine cosmétique, notamment pour s’initier à l’art du tatouage, que l’on prend soin de démaquiller pudiquement, dès que l’on rentre chez soi. Certaines associations culturelles œuvrent sans relâche, pour conserver les traditions anciennes liées à la fête de Tafsouth, dans les Aurès, et ce n’est pas pour déplaire aux familles chaouies qui y trouvent l’occasion rêvée de communier, comme leurs lointains ancêtres, avec dame nature.

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