Le bain des maudits – Hammam Meskhoutine.


HAMMAM-MESKHOUTINE

Pour passer l’eau, voici la place!
Mais avant d’y mouiller nos flancs,
Halte ici, près de ces pics blancs!
Sont-ils de sel ou bien de glace?
Dans le fleuve jusqu’aux genoux,
Un Arabe vient… Dieu l’amène.
Il connaîtra ce phénomène.
Amis, appelons-le vers nous:
Youyouyouyouyouyouyouyou…

Toi qui reviens de Constantine,
Sais-tu quel est cet endroit, dis !
— C’est ici le bain des Maudits,
Que l’on nomme Hammam Meskoutine.
Écoutez-en l’histoire tous,
Tandis qu’humectant la pelouse
Le Bon Hamdam vers la Seybouse
Coule, en murmurant aux cailloux
Youyouyouyouyouyouyouyou…

Dieu lit pareils, en apparence,
La fille et le fils de Kadour.
De leur beauté bientôt l’amour
Leur enseigna la différence.
Amna chérit comme un époux
Hamed veillant toujours près d’elle,
L’appelant son cœur… sa gazelle…
Et soupirant d’un- air si doux:
Youyouyouyouyouyouyouyou…

— « Mon fils, il faut prendre une leinine.
— » Mon père, j’épouse ma sœur! » –
Le vieillard recule d’horreur,

En déclarant Hamed infâme!
Le proscrit fuit, on ne sait où…
Et reparaît, près des citernes,
Avec les brigands des cavernes
Qu’il guidait, hurlant comme un fou:
Youyouyouyouyouyouyouyou…

La mort, qu’en pillant il affronte,
Ne veut mettre un terme à ses maux.
Un soir, il sangle deux chameaux,
En conduit un, sur l’autre il monte -:

— « Yamna! viens, viens dans mon bournous! »
La nuit sombre pour fuir est belle! » —
Le vieux Kadour se désespère : —
« Maudits soient mes enfants damnés!
» Rocs! Échos l contre eux retenez
» La malédiction d’un père!
» Que jamais les saints marabouts
« Ne daignent prier sur leurs tombes!
» Qu’au lieu des plaintives colombes
» N’y gémissent que les hiboux!
» Youyouyouyouyouyouyouyou… » —

Avec ses hordes sanguinaires,
Hamed entraînait Lelle Amna.
Près des bains chauds il l’amena;
Il fit sa noce dans ces douaires.
L’épousée avait à son cou
De l’or, — aux doigts des perles grandes,
Et tremblait, aux cris de ces bandes,
Qu’on ne lui prît quelque bijou…
Youyouyouyouyouyouyouyou…

Voilà qu’au milieu de la fête
La pluie inonde le festin;
( Les convives buvaient du vin!… )
La grêle augmente la tempête.
Du ciel s’enflamme le courroux,
Un volcan déchire la terre,
Les vents grondent, et le tonnerre
Ébranle les airs à grands coups…
Youyouyouyouyouyouyouyou…

Soudain les danseuses bruyantes,
Les brigands, — convives armés, —
En albâtre sont transformés,
Et versent des larmes bouillantes.
Ces blocs sulfureux sont debout
Au sommet d’Hammam Meskoutine,
Pleins de la colère divine
Qui dans leurs flancs écume et bout.
Youyouyouyouyouyouyouyou…

Vainement à l’aube on l’appelle…
Appelez fort, rivaux jaloux!
Youyouyouyouyouyouyouyou…

Légende de Medjez-Amar, dans la commune de Guelma .

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