La Bague de Saadi.


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Je me souviens qu’aux jours de mon enfance, mon père (que la miséricorde divine rafraîchisse sa tombe comme une pluie bienfaisante !) mon père m’acheta une tablette, un cahier, et joignit à cela une bague d’or (9). Survint un marchand qui, pour quelques dattes, enleva cette bague de mon doigt. — De même qu’un jeune enfant ignorant la valeur d’un bijou, se le laisse dérober pour quelques friandises, toi aussi, homme, tu ne connais pas le prix de la vie, puisque tu la prodigues dans le plaisir. Au grand jour où les élus sortiront du sein de la terre pour monter jusqu’au plus haut des cieux, par-delà les Pléiades, tu baisseras humblement la tête sous les iniquités de ta vie. C’est maintenant, ami, que tu dois rougir de tes fautes, pour ne pas avoir à en rougir devant les justes. Dans ce jour redoutable où les œuvres et les paroles seront jugées, les plus grands Prophètes frissonneront d’épouvante. Lorsque les Prophètes eux-mêmes seront saisis de terreur, quelle excuse invoqueras-tu en ta faveur ?

Les femmes, elles dont la dévotion est loin d’être désintéressée, l’emportent cependant sur les hommes dépourvus de mérites (religieux). N’as-tu pas honte de ton inertie ? te laisser dépasser par des femmes ! Celles-ci du moins ont une raison légitime pour interrompre de temps en temps leurs exercices de piété (10) ; mais toi qui te tiens à l’écart comme elles, en vérité, tu ne les vaux pas et ne mérites pas le nom d’homme. — Mais un humble poète comme moi a-t-il le droit de parler? Ecoute ce que dit Onsori (11), ce roi de la poésie : « Si tu t’écartes du droit chemin, tu ne suivras plus que des sentiers tortueux. Quel homme indigne est celui qui tombe au-dessous de la femme ! »

En nourrissant ton âme dans la mollesse et les plaisirs, tu fournis des armes pour ton ennemi. Un homme avait élevé un louveteau ; l’animal grandit et déchira son maître. Le malheureux gisait par terre dans le râle de l’agonie ; un sage passa par là et dit : « Imprudent, toi qui prodiguais tes soins à un ennemi, ne savais-tu pas que tu périrais sous sa dent cruelle ? » — N’est-ce pas Iblis qui a jeté l’insulte aux hommes en disant : « De cette race il ne sortira que des œuvres criminelles ! » (Allusion au Coran, sur. vii, vers. 15 et 16). Hélas! en présence des iniquités de nos cœurs, je crains bien que le démon n’ait dit vrai. Le Maudit avait souhaité notre chute, et Dieu, pour l’en punir, l’a chassé du Paradis. Aurons-nous encore le droit de lever la tête, nous qui faisons lâchement la paix avec Iblis et qui déclarons la guerre au Dieu de vérité ? Comment ce Dieu aurait-il un regard de clémence pour ceux qui n’espèrent qu’en son ennemi ? Ce n’est pas en subissant la loi de l’ennemi qu’on peut recueillir les profits de l’amitié. Qui fait cause commune avec les traîtres mérite d’être abandonné de ses alliés. L’ami évite de visiter une demeure où il sait l’ennemi établi. Toi qui veux renoncer à l’amour de Joseph, qu’espères-tu donc acheter avec ta fausse monnaie ? (12) Sois prudent et ne t’éloigne pas de l’ami (Dieu), afin que l’ennemi (le démon), n’ait aucune prise sur toi.

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