Quatre portes vous racontent toute l’histoire du viel Alger. (certains puristes vont hurler suite à cette erreur historique mais lisez Le texte ci-après avant de vous prononcer.


l'empire ottoan.

Quatre portes vous racontent toute l’histoire du viel Alger. (certains puristes vont hurler suite à cette erreur historique mais lisez Le texte ci-après avant de vous prononcer.

Il en est de même pour Alger.

Quatre portes, ouvertes dans les

remparts, aux quatre points cardinaux,

suffisent à raconter toute l’histoire de

la ville.

Par un caprice du destin, ou du hasard, ce qui est peut-être la même chose, les chapitres de

l’histoire

d’Alger, ne sont pas également

répartis, au fil des âges, sur le seuil

de chacune des portes de la ville.

La fortune, les revers, la prospérité…

les triomphes, les désastres,

n’ont pas frappé successivement au

Nord et au Sud… à l’Est et à l’Ouest.

Non, chacune des portes d’Alger

pourrait aussi bien s’appeler la porte

de la victoire, ou celle de la défaite…

la porte de la vie ou celle de la

mort; parce que chacune d’elles

semble avoir été plus particulièrement

offerte à la victoire ou à la mort…

à la défaite ouà la vie. C’est une circonstance tellement exceptionnelle qu’il était intéressant dele noter.

L’Algérie perpétuellement assaillie par des marins n’a jamais été conquise que par des soldats.

On a souvent dit que l’Afrique du Nord, isolée entre les vagues fossilisées du Sahara, et les houles vivantes de la Méditerranée,

ressemblait à une île. Les géographes arabes avaient inventé, avant Gautier, cette image saisissante.

Et cependant, île nord-africaine perpétuellement assaillie par des marins n’a jamais été conquise que par des soldats. C’est en

vain que toutes les flottes d’Europe sont venues s’embosser en face d’Alger. Ni les Espagnols, ni les Anglais, ni les Français, ni les

Hollandais, ni les Génois, ni les Américains ne sont jamais parvenus à entrer dans la ville par le corridor naturel du port, tous

ont dû repartir après avoir vainement déversé le fer et le feu de leurs bombes sur les remparts inaccessibles. Alger qui avait

sans doute plié jadis devant les légions de Rome et les bandes de Genséric n’a consenti à ouvrir ses portes qu’aux cavaliers

d’Okba et aux fantassins de M. de Bourmont.

C’est assez dire que  » la porte de la mer  » ouverte à l’Est face au soleil levant n’a jamais subi l’affront de l’assaut. Ses routes n’ont

résonné que de la plainte des captifs… et de la voix des porteurs qui débarquaient le butin arraché à tous les bateaux de

l’Europe.

C’est la porte de la prospérité et de la vie.

De l’autre côté de la ville « la porte Neuve  » ainsi nommée parce qu’elle fut la dernière ouverte dans les remparts n’a jamais connu,

ni le siège ni l’assaut, ni l’angoisse, ni la panique, ni la délivrance de la victoire. Mais il lui était réservé de sceller le destin

d’Alger, puisqu’ après l’explosion du Fort l’Empereur et la reddition d’Hussein, c’est par cette porte que les soldats du Roi Charles X sont

entrés dans la ville blanche,le 5 juillet 1830.

C’est la porte du désastre.

Entre les deux portes de l’Est et de l’Ouest… entre la porte de la vie et celle du désastre il y a la porte de la mort et celle du

triomphe: Bab-el-Oued et Bab-Azoun … les deux portes les plus célèbres d’Alger.

La Porte d’Azoun contre laquelle vint se briser l’orgueil de Charles-Quint.

Il pleuvait.
L’eau avait éteint les mèches, gâté la poudre et rendu inutiles les arquebuses de l’armée espagnole qui chargeait les Maures aux

abords de la porte d’Azoun…  » Parmi tant de vaillants guerriers – dit un chroniqueur – se faisaient remarquer les chevaliers de

Malte. Cette poignée de braves marchait à pied, précédée simplement de l’enseigne de l’ordre que portait Ponce de

Balaguer… S’ils avaient été plus nombreux, ou mieux soutenus c’en était fait de la ville d’Alger. L’armée chrétienne s’en emparait… A l’entrée du faubourg, le désordre et la confusion furent si grands que les chevaliers de Malte eurent la pensée de pénétrer pêle-mêle avec les

Maures dans la place. Toutefois après avoir considéré leur nombre, ils renoncèrent à ce projet. Hassan d’ailleurs ne leur laissa

guère la possibilité de l’exécuter. Rentré avec la plus grande partie des siens et se voyant pressé par les habits rouges, il fit

fermer la porte d’Azoun laissant ainsi un grand nombre d’Algériens à la merci de la redoutable phalange chrétienne …

Ce fut à ce moment que le chevalier de Savignac ? tenant l’enseigne de la religion d’une main , enfonça de l’autre son poignard

dans la porte et l’y laissa fiché -Noble action qui remplit de stupeur les assiégés et mérita leur admiration…Ó

L’histoire ajoute que Ponce de Balaguer, dit Savignac crie aux Maures « Nous reviendrons!  » … et que les soldats d’Hassan

stupéfiés par tant de courage, dirent que si Alger était jamais prise, elle ne le serait que par des hommes vêtus de rouge.

Cette double prophétie se trouva miraculeusement réalisée près de trois siècles plus tard quand les fantassins de

M. de Bourmont, lointains héritiers de Ponce de Balaguer et comme lui vêtus de rouge, entrèrent dans Alger sans coup férir

comme le chevalier de Malte l’avait promis.

Peu importe… ce soir du 25 octobre 1541, la Porte d’Azoun venait d’entrer dans la légende. Elle le devait à l’héroïsme

d’un homme et au prestige de l’Empereur Charles-Quint. Comme cela arrive souvent dans l’Histoire, elle tenait sa propre gloire

de la qualité des vaincus.

Elle n’allait plus jamais connaître d’assaut aussi redoutable. L’une de ces effroyables tempêtes d’équinoxe qui ravagent souvent

les côtes d’Afrique, se levait dans la baie.

Un eunuque noir nommé Yousouf avait dit à Hassan qu’il lui suffirait de battre la mer avec des verges pour soulever des vagues

irrésistibles qui engloutiraient la flotte chrétienne.

On dit aussi que de son côté voyant se lever l’orage, Charles-Quint fit appeler un pilote et lui dit:
-Combien de temps la flotte peut-elle encore supporter la tempête ?
– Deux heures ! répondit le marin.
– Quelle heure est-il?
– Onze heures et demie.
– Ah ! tant mieux, dit l’Empereur d’un air satisfait, c’est à minuit que nos saints religieux se lèvent en Espagne pour faire la prière. Ils auront le temps de nous recommander à Dieu.

Mais Dieu n’entendit pas la prière des saints espagnols.

Ni le fol héroïsme des chevaliers de Malte, ni la réputation de cruauté que Ferdinand Cortez avait acquise en Amérique, ni la

présence dans l’armée d’Octave Famèse, neveu du Pape Paul III… , ni la valeur de Doria le plus célèbre amiral de l’époque, ne

purent empêcher la déroute de l’armée ni le naufrage de la flotte. Ce que François ler n’avait pas réussi, Hassan venait de le faire.

L’orgueil de Charles-Quint était venu se briser contre les battants de la porte d’Azoun.

La Porte de la mort est devenue depuis 1830 la porte de la vie.

Porte de l’Est: porte de la prospérité et de la vie Porte de l’Ouest: porte du désastre… Porte du Sud porte du plus éclatant

triomphe de l’histoire d’Alger…

Il reste la porte du Nord: Bab-el-Oued.

On serait tenté de l’appeler la porte de la mort parce qu’elle n’ouvrait autrefois que sur les perspectives désolées des cimetières.

Cependant les nécropoles, ne sont pas en pays d’Islam ces cités de la tristesse qu’elles sont en Europe. Les vivants y vivent

quotidiennement dans la familiarité des morts… les jeune femmes y mènent les enfants en habits de fête, et des musiciens

nostalgiques ne craignent pas de s’adosser aux pierres tombales pour dérouler sous le soleil l’interminable roucoulement de leurs

flûtes primitives.

Par un curieux paradoxe, c’est sur ces cimetières effacés qu’allait naître le quartier le plus vivant de l’Alger moderne.
Il est facile d’expliquer ce miracle car le destin de Bab-el-Oued était inscrit, gravé sur le plan d’Alger… et il suffit d’étudier ce plan

pour comprendre la naissance du faubourg.

Sur une arête rocheuse, face aux vieux Penon, il y a la ville, enfermée dans ses remparts. Dans la ville les classes sociale sont
curieusement étagées le long de la pente. La hiérarchie épouse le relief. En haut il y a le Dey, enfermé dans son palais

parce qu’il redoute à la fois les mouvements d’humeur du peuple et les intrigues des ambitieux. Au centre, il y a
les bourgeois et les commerçants. En bas le menu peuple des marins et les esclaves parqués dans les bagnes.

Au-delà de la porte d’Azoun s’ouvre l’amphithéâtre aristocratique de Mustapha… et sur ses pentes boisées s’élèvent les

luxueuses villas aux jardins de rêve tout bruissants de la chanson conjuguée des sources et des palmiers… et dans le secret de

ces retraites fleuries, les corsaires célèbres cachent le sourire des belles favorites.

Au Nord – au contraire – au delà de la porte qui nous intéresse c’est le domaine des morts, et les basses terres abandonnées aux

terrains vagues qui servent de dépôts d’ordures. Au fond du cloaque, dans la grande faille qui sépare l’arête d’El-Kettar du massif

de la Bouzaréah coule l’oued … le fameux oued qui a donné son nom à la Porte, et va l’offrir au faubourg.

Quand les premières unités du corps expéditionnaire français furent entrées à Alger, dans la matinée du 5 juillet 1830, on logea

les soldats dans les bagnes rendus disponibles par la libération des esclaves et les états-majors réquisitionnèrent les palais

officiels.

Mais la ville étouffait déjà dans le corset de ses remparts… et le futur destin des faubourgs d’Alger, fut amorcé tout naturellement

suivant un plan ébauché depuis longtemps par les habitudes. Les généraux s’installèrent dans les luxueuses villas de Mustapha,

les cabaretiers et les truands allèrent rejoindre au delà des cimetières, des dépôts d’ordures, la foule des coupe-jarrets qui y

vivaient déjà un peu en marge des règlements édictés par la police du Dey.

Ainsi naquit le faubourg, que rallièrent bientôt les émigrants faméliques venus de tous les horizons de la Méditerranée.
La Porte de la mort était vraiment devenue la porte de la vie, et devant le spectacle de cette irrésistible juxtaposition, un Maure

de famille noble laissa échapper une plainte déchirante: Il ne nous restera bientôt plus de place -dît-il- ni pour vivre, ni pour

mourir!

Article relevé par Théo Bruand d’Uzelle dans « Alger-Revue n° de l’été 1956 » sous la signature de Jean Sayme.

Nous nous posons la question suivante: A Alger, devant l’urbanisation galopante, depuis notre départ, ont-il retrouvé une place

pour mourir ?

Fès, c’est la ville aux cent mosquées.

El-Oued, c’est comme sa grande sœur Constantinople,

la ville aux mille coupoles.

Alger, c’est la cité aux quatre portes. Entendons-nous bien: il y a sans doute plus de cent mosquées à Fès, moins de mille

coupoles à El-Oued… davantage à Constantinople… et les auteurs anciens -Haëdo, de Marmol par exemple – affirment que les

remparts d’Alger étaient percés de six portes. Mais ces précisions trop scrupuleuses n’ont aucun intérêt. Ce qui compte pour la

mémoire des hommes toujours avide de simplifications excessives, c’est le symbole … cet inséparable compagnon du

merveilleux. Alors, il est bien évident que les mosquées sont bien le symbole de Fès, capitale religieuse de l’Islam occidental…

et les coupoles d’El-Oued ou de Constantinople, symbolisent parfaitement l’architecture saharienne, ou celle de l’Asie Mineure.

Les 4 (5) portes d’Alger
Bab Jdid (1), Bab-Azoun (2), Porte de la Mer (3), Porte du Port (4), Bab-el-Oued (5)

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La Bague de Saadi.


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Je me souviens qu’aux jours de mon enfance, mon père (que la miséricorde divine rafraîchisse sa tombe comme une pluie bienfaisante !) mon père m’acheta une tablette, un cahier, et joignit à cela une bague d’or (9). Survint un marchand qui, pour quelques dattes, enleva cette bague de mon doigt. — De même qu’un jeune enfant ignorant la valeur d’un bijou, se le laisse dérober pour quelques friandises, toi aussi, homme, tu ne connais pas le prix de la vie, puisque tu la prodigues dans le plaisir. Au grand jour où les élus sortiront du sein de la terre pour monter jusqu’au plus haut des cieux, par-delà les Pléiades, tu baisseras humblement la tête sous les iniquités de ta vie. C’est maintenant, ami, que tu dois rougir de tes fautes, pour ne pas avoir à en rougir devant les justes. Dans ce jour redoutable où les œuvres et les paroles seront jugées, les plus grands Prophètes frissonneront d’épouvante. Lorsque les Prophètes eux-mêmes seront saisis de terreur, quelle excuse invoqueras-tu en ta faveur ?

Les femmes, elles dont la dévotion est loin d’être désintéressée, l’emportent cependant sur les hommes dépourvus de mérites (religieux). N’as-tu pas honte de ton inertie ? te laisser dépasser par des femmes ! Celles-ci du moins ont une raison légitime pour interrompre de temps en temps leurs exercices de piété (10) ; mais toi qui te tiens à l’écart comme elles, en vérité, tu ne les vaux pas et ne mérites pas le nom d’homme. — Mais un humble poète comme moi a-t-il le droit de parler? Ecoute ce que dit Onsori (11), ce roi de la poésie : « Si tu t’écartes du droit chemin, tu ne suivras plus que des sentiers tortueux. Quel homme indigne est celui qui tombe au-dessous de la femme ! »

En nourrissant ton âme dans la mollesse et les plaisirs, tu fournis des armes pour ton ennemi. Un homme avait élevé un louveteau ; l’animal grandit et déchira son maître. Le malheureux gisait par terre dans le râle de l’agonie ; un sage passa par là et dit : « Imprudent, toi qui prodiguais tes soins à un ennemi, ne savais-tu pas que tu périrais sous sa dent cruelle ? » — N’est-ce pas Iblis qui a jeté l’insulte aux hommes en disant : « De cette race il ne sortira que des œuvres criminelles ! » (Allusion au Coran, sur. vii, vers. 15 et 16). Hélas! en présence des iniquités de nos cœurs, je crains bien que le démon n’ait dit vrai. Le Maudit avait souhaité notre chute, et Dieu, pour l’en punir, l’a chassé du Paradis. Aurons-nous encore le droit de lever la tête, nous qui faisons lâchement la paix avec Iblis et qui déclarons la guerre au Dieu de vérité ? Comment ce Dieu aurait-il un regard de clémence pour ceux qui n’espèrent qu’en son ennemi ? Ce n’est pas en subissant la loi de l’ennemi qu’on peut recueillir les profits de l’amitié. Qui fait cause commune avec les traîtres mérite d’être abandonné de ses alliés. L’ami évite de visiter une demeure où il sait l’ennemi établi. Toi qui veux renoncer à l’amour de Joseph, qu’espères-tu donc acheter avec ta fausse monnaie ? (12) Sois prudent et ne t’éloigne pas de l’ami (Dieu), afin que l’ennemi (le démon), n’ait aucune prise sur toi.

Les voeux du Bédoin.


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Triste, en Algérie,
Loin de sa patrie,
Sur sa galerie
La Dame rêvait….
Plus rêveur, et presque
Aussi romanesque,
Au balcon mauresque
L’Arabe arrivait.

— « Quel vent de la plaine
» Dans Alger t’amène,
» D’un burnous de laine
» Bedouin mal vêtu?
» Lorsque tu t’évades
» Des tentes nomades,
» Sous nos mille arcades
» Bedouin que veux-tu?

» Par la ville blanche
» Où l’amitié franche
« Jamais ne s’épanche,
Qui te pousse, hélas !
Laissant tes fontaines,
Tes forêts de chênes,
Poursuis-tu des haines
Si loin de l’Atlas!

Viens-tu par bravade
Tenter l’escalade,
Quand la fusillade
Te menace au loin?
Traversant les fleuves
Et nos villes neuves
Sans que tu t’émeuves,
Que veux-tu, Bedouin?

— » Je veux une femme,
» Un coursier plein d’âme, »

Une bonne lame!
— » Fuis cette cité!
» Le cheval s’y cabre;
» L’air rouille le sabre.
» Et l’ardent cinabre
» Farde la beauté. »
Le fils du Kabyle
Quitte alors la ville.
Du Irais péristyle
On le suit des yeux….
Il poursuit son rêve:
Houri, coursier, glaive.
Mais sur quelle grève
Trouvera-t-il mieux?

Poèmes algériens et récits légendaires Par Victor Bérard – 1858.

LA PRINCESSE MÉTIDJA. Légende du village de Sainte-Amélie, commune de Douéra.


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Ici, les chiens! — Cessons la chasse.
En vain, sur l’haouch Ben Omar,
Des sangliers on suit la trace…
Je sens comme un lourd cauchemar.
Tout m’ennuie, et le front me pèse.
Regardons, cessant de marcher,
Près de ce puits, assis à l’aise,
Ce petit village à clocher.
Où diable s’en va-t-on chercher
Pour le nommer Sainte-Amélie,
Lorsque l’on trouve, à chaque pas,
Ces restes que jamais n’oublie
Tel pour qui Rome eut des appas!
Que fais-tu là sur ces ruines,
Arabe!… Eh quoi! voilà du sang!…
— De quel regard tu m’examines.
D’un meurtre je suis innocent.
Je suis consumé par la fièvre;
Ma main faible immola déjà
Un coq, un mouton, une chèvre
A la Jnounn de la Métidja.
Auprès de ce puits solitaire
La fièvre m’a pris aux cheveux,’
Et me prépare un lit sous terre…
Car la Jnounn est sourde à mes vœux.
Roumi ne pose pas ton arme
Pour t’asseoir sur ces gazons frais;
De la fontaine crains le charme!
Gardes-toi d’y boire à longs traits!
Bien avant le’temps du Prophète,
Ces décombres, — ces murs si laids,
Dans les airs supportaient le faîte.
Et les balcons d’or d’un palais.
On y buvait à pleins calices;
Une Sultane de beauté,
— Métidja — faisait ses délices
D’y donner l’hospitalité.
Quand un hôte entrait dans les salles,
Laissant au perron son chameau,
Des nègres prenaient ses sandales,
Dans l’étuve il devenait beau.
L’étranger, après un doux somme,
Revêtait des haïcks bien blancs,
— Buvait de cette eau qu’on renomme, —
Mangeait des dattes et des glands.
Les danses, les jeux, la musique,
Remplissaient le palais de bruit,
Et la clarté d’un feu magique
Le faisait voir de loin la nuit.
Le voyageur parfumé d’ambre,
D’huile de rose et de jasmin,
Sans lumière, au fond d’une chambre,
Était amené par la main.
Dans des rideaux un divan sombre
Gisait sous un dôme étoile.
Ses doigts, en s’égarant dans l’ombre,
Rencontraient un sein dévoilé…
Surpris, debout devant la couche,
Il sentait trembler ses genoux…
Une bouche aspirait sa bouche…
On l’enchaînait de nœuds bien doux…
Au sortir de l’alcôve obscure,
A l’aurore, le lendemain,
L’étranger cherchait sa monture
Pour continuer son chemin.
Mâchant ses lèvres au portique,
Son chameau, gardé d’un chaoux,
Sous mille fruits, — trésor rustique,
Cachait ses bosses aux poils roux.
Acceptant ces dons volontaires,
Sans demander qui les chargea.
Il allait vanter dans les douaires
Le château de la Métidja.
De jolis enfants, de beaux pages,
Aux entours promenant leurs pas,
Conviaient les passants sauvages;
Mais quand ils n’en amenaient pas,
L’éclat des fanaux à fleurs roses,
Les coups frappés au derbouka,
Redoublaient, aux salles mi-closes,
Avec les parfums du moka.
Puis, chaussant des mailles légères,
Les baboudjs de maroquin noir,
La Reine allait par les bruyères
Chercher des hôtes au manoir.
Quand la Jnounn fut vieille, enlaidie,
Seule elle habita ce séjour;
Car une lente maladie ..
Minait ceux qui hantaient sa cour.
Leur cœur tombait en défaillance,
Ressentant des transports ardents;
Leur chair était bleue… une transe
De froid faisait claquer leurs dents.
Bientôt un feu brûlait leur lèvre,
Semblait pétiller dans leurs yeux!
Les malheureux avaient la fièvre….!
Leur délire rêvait ces lieux.
Près de cette eau, si fraîche à boire,
Quelques instants je m’endormis
En écoutant l’antique histoire
De la Jnounn et de-ses amis.
Vers la belle de la légende
Je reviens…. toujours mal depuis….
En lui présentant mon offrande
Je me suis penché vers le puits.
De mon front j’écartais la gaze…
J’ai vu, dans les plis d’un linceul,
La Jnounn s’élancer de la vase,
Me regardant, la mort dans l’œil!

Poèmes algériens et récits légendaires Par Victor Bérard – 1858.

A Yasmina de Tlemcen.


constantine

O Yasmina, dont la taille s’élance
Gomme un rosier repoussant l’importun
Par mille dards, — tels que des fers de lance,
Sois mon parfum!

O Yasmina, dont la taille ressemble
Au bananier nous montrant ses doigts d’or,
Comme une main qui se présente et tremble, –
Sois mon trésor!

O Yasmina, dont la taille est pareille, —
Non pas au cep d’où coule un doux émoi, —
Mais à l’appui qui supporte sa treille, —
Enivre-moi!

O Yasmina, dont la taille est semblable
Au jasmin vert, d’astres tout constellé!
De tes beaux yeux, adorateur coupable,
Je suis brûlé.
O Yasmina, dont la taille rappelle

Le laurier-rose avec ses fleurs de feu, —
Sois mon soleil! étoile la plus belle
Du ciel de Dieu!

Sois mon courrier , Ben Roucem! — Prends ce rôle
Puisque tu vas du côté de Tlemcen.
Porte mes vœux à la branche de saule
Que ses remparts possèdent dans leur sein.Poèmes Algériens et récits légendaires – par Victor Berar 1858.

Le bain des maudits – Hammam Meskhoutine.


HAMMAM-MESKHOUTINE

Pour passer l’eau, voici la place!
Mais avant d’y mouiller nos flancs,
Halte ici, près de ces pics blancs!
Sont-ils de sel ou bien de glace?
Dans le fleuve jusqu’aux genoux,
Un Arabe vient… Dieu l’amène.
Il connaîtra ce phénomène.
Amis, appelons-le vers nous:
Youyouyouyouyouyouyouyou…

Toi qui reviens de Constantine,
Sais-tu quel est cet endroit, dis !
— C’est ici le bain des Maudits,
Que l’on nomme Hammam Meskoutine.
Écoutez-en l’histoire tous,
Tandis qu’humectant la pelouse
Le Bon Hamdam vers la Seybouse
Coule, en murmurant aux cailloux
Youyouyouyouyouyouyouyou…

Dieu lit pareils, en apparence,
La fille et le fils de Kadour.
De leur beauté bientôt l’amour
Leur enseigna la différence.
Amna chérit comme un époux
Hamed veillant toujours près d’elle,
L’appelant son cœur… sa gazelle…
Et soupirant d’un- air si doux:
Youyouyouyouyouyouyouyou…

— « Mon fils, il faut prendre une leinine.
— » Mon père, j’épouse ma sœur! » –
Le vieillard recule d’horreur,

En déclarant Hamed infâme!
Le proscrit fuit, on ne sait où…
Et reparaît, près des citernes,
Avec les brigands des cavernes
Qu’il guidait, hurlant comme un fou:
Youyouyouyouyouyouyouyou…

La mort, qu’en pillant il affronte,
Ne veut mettre un terme à ses maux.
Un soir, il sangle deux chameaux,
En conduit un, sur l’autre il monte -:

— « Yamna! viens, viens dans mon bournous! »
La nuit sombre pour fuir est belle! » —
Le vieux Kadour se désespère : —
« Maudits soient mes enfants damnés!
» Rocs! Échos l contre eux retenez
» La malédiction d’un père!
» Que jamais les saints marabouts
« Ne daignent prier sur leurs tombes!
» Qu’au lieu des plaintives colombes
» N’y gémissent que les hiboux!
» Youyouyouyouyouyouyouyou… » —

Avec ses hordes sanguinaires,
Hamed entraînait Lelle Amna.
Près des bains chauds il l’amena;
Il fit sa noce dans ces douaires.
L’épousée avait à son cou
De l’or, — aux doigts des perles grandes,
Et tremblait, aux cris de ces bandes,
Qu’on ne lui prît quelque bijou…
Youyouyouyouyouyouyouyou…

Voilà qu’au milieu de la fête
La pluie inonde le festin;
( Les convives buvaient du vin!… )
La grêle augmente la tempête.
Du ciel s’enflamme le courroux,
Un volcan déchire la terre,
Les vents grondent, et le tonnerre
Ébranle les airs à grands coups…
Youyouyouyouyouyouyouyou…

Soudain les danseuses bruyantes,
Les brigands, — convives armés, —
En albâtre sont transformés,
Et versent des larmes bouillantes.
Ces blocs sulfureux sont debout
Au sommet d’Hammam Meskoutine,
Pleins de la colère divine
Qui dans leurs flancs écume et bout.
Youyouyouyouyouyouyouyou…

Vainement à l’aube on l’appelle…
Appelez fort, rivaux jaloux!
Youyouyouyouyouyouyouyou…

Légende de Medjez-Amar, dans la commune de Guelma .

Chant du Souf.


gazelle

Kaïdat dans le cercle de Biskara, province de Constantine, qui comprend sept villages.

Celle que j’aime est la tige
Des fleurs qu’on ne peut cueillir.
— Qui la force à ce prodige? —
Salah! Sultan sans visir.
Un rosier, planté près d’elle,
Bien qu’à ses pieds l’eau ruisselle.
Se verrait bientôt flétri.
Que maudit soit son mari!

Je vais te dire une histoire;
C’est un rêve que j’ai fait.
Profitant de l’ombre noire,
La gazelle se sauvait.
Elle pleurait, comme celle
Qui, chez Salah, jeune et belle,

A le front de coups meurtri
Que maudit soit son mari!
Comme l’agneau qu’on immole,
Son visage était vermeil.

Elle bondissait, — la folle! —
Au loin cherchant son pareil.
Mais sous son gourbi, de suite,
Des gardiens l’on reconduite »
En prison sous cet abri.
Que maudit soit son mari!

Pour paître auprès de la source,
Lorsque plus noire est la nuit,

Preste, elle reprend sa course
Dans l’ombre un chasseur la suit.
Le flanc frappé d’une balle,
La gazelle, morne et pâle,

Tomba sans pousser un cri
Que maudit soit son mari!

Poèmes algériens et récits légendaires Par Victor Bérard – 1858.

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