Reves.


Rêves.

Je m’en vais de sitôt cueillir mes rêves d’enfant,
Oubliés par le temps, couverts de ses nuages.
Même si j’y vais d’un pas quelque peu hésitant,
Je sais bien qu’ils m’attendent depuis déjà longtemps
A l’orée de ce voyage.
Soyez au rendez-vous, rêves du meilleur âge,
Chargée de déboires, mon âme vous attend.
Venez guérir mon cœur fané de nostalgie,
Nostalgie des jours purs, d’amour et d’insouciance.
Atténuez en moi toute la mélancolie
Accaparant le cœur en délire, en folie,
Et mon âme à outrance.
Rêves, venez à moi effacer mes souffrances,
Dans mon exil, je n’ai plus que vous pour amis.
Venez à mon secours en traversant le temps,
Souvenirs inaccessibles, combien désirés :
Rêves de ma jeunesse ou souvenirs d’enfant,
Courses débridées, sous le ciel des printemps,
Ou larcins jamais avoués,
Prenez ma mémoire, de vos graines tatouées,
Survolez mes vallées, semez-la chemin faisant.
Puisez de mes pleurs, arrosez toutes mes plaines,
Que puissent y pousser mes espoirs écartelés.
Bercez mes montagnes des soupirs de mes peines
Et de tous mes rêves frustrés.
Dites aux miens que, de mon exil, j’ai récolté
Des amas de mépris et des gerbes de haines.
Que ne donnerais-je pour revivre ma terre,
Effacer à jamais la trace de mes départs,
Fuites de lâcheté, même sans en avoir l’air,
Ce ne sont que de faux départs.
Mes jours, suite de rêves menteurs et chimères,
M’apprennent à mes dépens que le temps se fait tard.
Les années m’ont entraîné dans leur grand tourbillon,
Je ne m’en suis aperçu, pris de ce vertige
Que procure la vie de ses jeux de guenon,
Qui deviennent vite hantise.
Souvenirs flétris et mémoire en confusion,
Voilà ce que j’en garde comme un vestige.
Makhlouf Bouaich

Publicités

Ma Ville.


Ma ville

Quand vous verrez mon regard vide,
Sachez qu’il est empli d’images…
Images dont mon cœur s’excite.
Ainsi, chacun de mes mouillages,
En mer de rêves qui s’effritent,
M’enivre de ces paysages
Qui me reviennent, insolites,
Constituant mon seul bagage.
Raconte-moi donc ma ville,
Ce berceau de tous mes rêves,
Dis-moi sa côte tranquille
Et parle-moi de sa grève.
Tu peux voir ma ville défiler.
Si tu longes sa côte, homme de vigie.
Oriente ton bateau vers ses quais
Quand tu verras d’elle l’effigie !
Mon cœur se serre à s’étouffer
A cette évocation de Bougie
Où mon enfance est demeurée…
Comme je suis pris de nostalgie !
Raconte-moi cette cité,
Écrin de mes évasions
Dis-moi sa fertile vallée,
Paradis en toutes saisons.
Même si sa mer est violette,
N’oublie pas de me parler d’elle.
Abandonne ta goélette,
Erre un peu dans ses ruelles,
A l’air gai et la mine quiète,
Où j’ai laissé ma mirabelle
Peut-être est-t-elle inquiète ?
Toutes mes pensées vont à elle.
Raconte-moi donc ma ville,
Ne me laisse pas sur ma faim.
Dis-moi, au soleil qui brille,
La couleur de ses matins.
Images de rues ou d’autres vieux,
D’êtres chers, jamais oubliés,
Elles me rendent toutes si heureux,
Le temps de mes rêves éveillés.
Je prie de voir –mon seul vœu pieux-
La ville, en moi, ressuscitée,
Quand je me présente à mon Dieu
Dans mes prières si répétées.
Raconte-moi mes paysages,
Dans ma mémoire, dilués.
Dessine-moi des images,
J’ai un crayon et du papier.
Loin de mes champs, loin de mes pistes,
Tout ce que je vois a un goût amer
Et rend mon âme si pessimiste
Que les jours m’arrivent à l’envers.
Oh ! mon cœur que je me sens triste,
Désespéré et solitaire !
Quel triste sort pour un touriste
Qui s’est oublié loin de sa terre !
Raconte-moi encore un peu
Pour assouvir mon cœur avide.
Tu vois que les ans, à queue leu-leu,
Achèvent bien mon corps livide.
Pourquoi ai-je choisi de partir,
Encore parti les yeux fermés
Sur ce qui pouvait retenir
Mon élan un peu effréné ?
Il me reste ce seul plaisir
D’écouter qui veut me raconter
Ma ville qu’en dernier souvenir,
Je voudrais, dans ma mort, emporter.
Matelot, toi que l’exil,
Un ami presque fidèle,
Entraîne de villes en îles,
Grand voyageur perpétuel,
Dis-leur à ceux de ma ville
Que l’âge n’est pas éternel.
Leur petite ville tranquille
Vaut plus cher qu’une prunelle.
Parle et raconte encore
A ceux qui partent tous les jours,
Que le tourment de l’exil qui dort,
Lorsqu’il se réveille un jour,
Il aiguise ses dents, puis mord
Et use le corps avant l’heure.
Makhlouf Bouaïc

VIVRE.


VIVRE

Toi qui court après le temps !
Toi qui poursuit l’argent !
Toi qui te plains sans cesse !
Toi dont le sourire a délaissé les lèvres !
Toi dont les soucis peuplent le plus clair de ta vie…

Regarde donc autour de toi !
Pourquoi courir après des valeurs futiles ?
Pourquoi vouloir remplir ta vie
De mirages inutiles ?

Sais –tu encore t’asseoir sur la terre
A l’ombre d’une vieille ferme en pierre
Léchée par un soleil brûlant ?

Sais-tu encore tremper tes lèvres
Dans un bol de lait fermenté
Fleurant si bon la vache à tes narines occidentales ?

Sais-tu encore partager ce pain de semoule
Rond , chaud et croustillant
que l’on te tend sans contre-partie ?

sais-tu encore écouter l’inconnu
te parler de sa vie,
t’accueillir sans questions,
te recevoir sans conditions,
t’accepter tel que tu es ?

sais-tu en fait encore ce que c’est que la vie ?


Vent du Sud.

BLIDA.


Femme de ma Terre.


Tu es ma part de ma terre, le sucre qui manque à mes fruits, le sel du pain de ma mère, la qsida de mes longues nuits

Quand à ma main d’exilé
Manque parfois la brise d’Alger
Et que je rentre désolé
Des larmes en sol étranger,
Quand sur ma main d’exilé
Naissent les lignes de bout du monde,
Je lui offre ta peau halée
Et je caresse ta joue ronde.
Ta peau léchée par nos vents…
Vents des oliviers de Sig
Salés par les vagues d’Oran ;
Vents Kabyles au goût de figues,
Chargés de colères félines
Qui font rougir les printemps ;
Ou vents du sud, amants des bédouines,
Qui soulèvent le sable et le temps…
Tous nos zéphyrs sont en toi
Même celui de Annaba
Tamisant ta peau de soie…
Et je leur ouvre grande ma porte
Quand je caresse ta joue ronde
Et je m’abandonne feuille morte
Pour qu’en eux je vagabonde
Au son du luth et d’une gasba…
Tu es ma part de ma terre,
Le sucre qui manque à mes fruits
Le sel du pain de ma mère
La qsida de mes longues nuits.
Quand mes jours de prisonnier
Défilent sans s’arrêter,
Quand commence à me gagner
L’envie sourde de liberté,
J’entre dans le bleu de tes yeux
Et je suis aigle dans le ciel :
Libre, souverain, orgueilleux
Narguant le monde de mes ailes,
Ange au milieu des étoiles
Moineau éclos de nulle part
Errant au gré du mistral
A la recherche du hasard…
Et je me laisse égarer
Dans ce beau désert pervenche
Libre, libre, tu m’as libéré
Libre, tu es ma providence !
Libre, une minute, une seconde,
Le temps d’un songe paternel,
De t’envelopper, ma grande,
D’une robe d’amour éternel.
Tu es ma part de ma terre,
Le sucre qui manque à mes fruits
Le sel du pain de ma mère
La qsida de mes longues nuits.
Miroir de mes joies anciennes.
M.B.
Décembre 2005

Poésie. Le Lac des Aures.


Image hébergée par servimg.com

Le Lac des Aurès
Ici
Esseulée, sur la rive de la vallée
Je m’incline, j’obéis au cœur embrasé
Au gré des distances, des songes et des nuits
L’éloignement affecte mon esprit, j’écris :
Là-bas
Un étrange lac habillé de nénuphars,
Les flots verts inondent le fond de son regard
D’où s’évaporent l’ivresse et l’or du soir
Hissant haut la lyre comme un encensoir.
Là-bas
Alors qu’une goutte glisse et se pose
Sur la joue vêtue de rouge et de rose,
Les rêves débordent sur les paupières
Et l’amour réjouit l’émeraude du désert.
Là-bas
Le lac s’endort, ferme les pétales de son cœur
La rosée déchire le silence des fleurs
Ouvre le bal par un prélude d’Orphée
Grisant l’oasis du lac ensorcelée
Là-bas
L’amour frétille, s’ emporte sur le pavé,
Voile sa pudeur de feuilles d’olivier,
Convoite la paisible symphonie des flots
Prise au piège comme l’île dans l’eau
Ici
Tard, dans le soir, la muse seule sur son lit,
Propose à Morphée de veiller la nuit
Auprès du cœur peiné, privé de liesse
En attendant le réveil du lac des Aurès.
Poème dédié à Orésus
Nassira Tolba.

Constantine.Poésie de Nassira Tolba.


Image hébergée par servimg.com

Constantine
Ô Constantine!
Crois-moi, je ne sais comment annoncer
Sentinelle montant la garde de l’année,
Femme fatale vêtue en blanc dominant l’univers
Ou femme rebelle repoussant tout acte d’autorité? !
Le chemin tracé sur les cimes des rochers antiques,
À tes pieds témoigne le Rummel de l’histoire tragique,
Orne ton corsage en colliers de perles magiques
À tout instant présent pour te chérir à l’heure romantique.
Constantine!
Que la paix soit pour toi! Le nom de ta religion l’indique,
Tu as percé mon cœur avec la célèbre plume de l’Imam.
Unicité, fraternité, fierté de l’Islam.
Sur les plaques de pierres, je lisais l’histoire défunte,
Savants célèbres disparus, sûrement pas oubliés.
Ils t’ont promis la liberté avant de te laisser
Pour te mettre à l’abri contre les mains des inconnus.
Ô Constantine!
Jadis fut détruite par les différentes colonies.
Aujourd’hui sculptée en édifices préférés.
Jeune sereine comme les larmes d’un enfant prématuré.
Sur les stèles funéraires, c’était le temps de la guerre,
Je murmurais des versets aux paroles divines,
J’aimerais être près de toi un jour de ma vie,
Un rêve comme un autre n’est pas interdit.
Quand j’entends ta voix, ta mélodie
Le chagrin pesant mon cœur s‘atténue.
Constantine !
Ici c’est la saison des pluies.
Les arbrisseaux effeuillés par un geste infidèle;
Pétales et feuilles se balancent en déployant leurs ailes,
Les rues ne sont plus que des déserts inutiles.
Je dis même tout est balayé d’un geste rude et hostile,
Les plaines de narcisses deviennent des endroits d’asile,
Je désire quitter ce pays qui pleure sans arrêt.
ô Constantine !
Ici la nature n’a pas les couleurs d’ailleurs,
Même les cieux ne sont pas charmeurs,
Les minces rayons du soleil ne sont qu’éphémères,
Souriant au jour à chaque éclat de lumière.
Quand le soleil descend peu à peu vers la terre,
Les gris du ciel se heurtent aux écumes de la mer,
Je m’assieds en haut des monts calcaires,
Là ! Je reste des heures à contempler l’instant crépusculaire.
Mes regards s’éloignent au-delà de l’horizon du soir,
Mes yeux s’alanguissent, se fanent dans le noir,
Je crie ma peine au profond de moi-même.
L’eau jaillit des fontaines romaines qui ne sont plus les mêmes.
Constantine !
Ici les rameurs fredonnent le refrain de la triste mélodie
Suivant les pistes de la paisible symphonie.
J’aimerais être près de toi un jour de ma vie,
Un rêve comme les autres n’est pas interdit,
Je désire quitter ce pays qui pleure à l’infini.
Ô Constantine!
Réponds à mon appel je t’en prie,
Ici c’est la saison des pluies
Je sais que là-bas la saison fleurit,
Où, tout s’éveille à la dernière heure de nuit !
Seule, je revis les moments que j’avais vécus,
Un rêve nostalgique que je refuse de partager;
Quand je pense à toi, j’invente des histoires
Pour alléger l’insupportable poids de la peine
Constantine!
La rivière de diamants retentit autour des chevilles,
Des roseaux ondoyés, courtisés et effleurés ;
Aux odeurs du temps et de la terre,
Témoigne encore le Rummel de notre destinée.
D’un geste mimique vient te choyer au réveil,
Toi, endormie dans ton profond sommeil.
En attendant, j’observe un musée qui s’éveille.
Ô Constantine!
Vous passeurs ! Passez doucement je vous implore !
Laissez-moi l’admirer le temps me dévore.
J’ai envie d’écrire des poèmes lyrique encore
J’aimerais peindre ton visage saint et incolore
J’aimerais que le soir demeure au-delà de l’aurore.
Constantine!
Toujours, tu dormais comme un ange heureux,
Sans être réveillée par le fracas des passants orgueilleux
Je chantais pour toi une berceuse de minuit,
À l’aurore, au coucher, qu’importe le temps choisi!
Les ponts ceignent la magie du paysage inouï
Tes paroles fleurissent dans l’esprit,
Ton cœur m’appelle pour me donner son habit.
Ô Constantine !
Réponds à mon appel, je t’en prie!
Sur les portes, je lisais les versets au nom d’Allah
Les vers des poètes aux pieds résistants,
Un proverbe, une citation d’un philosophe
Je ne sais de quelle contrée.
L’écho du chant surgit des entrailles du Rocher
Le palais évoque la clef du poète meurtri,
Disparu pour la liberté de mon pays.
Constantine!
Je sais que tu m’appelles! …
Je voudrais t’offrir le paradis
Je voudrais réciter des odes entre tes mains
Si j’étais riche, je bâtirais un foyer pour les orphelins,
Je bâtirais un culte religieux pour les gamins
Où je graverais à jamais le nom d’Allah au fil de soie! …
Ô Constantine!
Quand je pense à toi! …
Je m’interroge, Qui suis-je cette fois! ?…
Un vieillard branlant de fatigue et de froid?
Ou un poète égaré qui ne retrouve plus sa voix?
Constantine!
Les brumes submergent mon cœur et m’isolent de toi.
Loin des regards impulsifs de la Cité bruitée.
J’entends les cris des ressacs déchaînés
S’arrachent mon poème pour l’emporter.
Loin de toi, ma vie est agonie,
Seules, les larmes restent mes amies.
Sur la pointe des pieds,
Je retourne à la Belle-de-Mai,
Juste des soupirs… sans rien dire…
Sans même mon qalam pour écrire
Ô Constantine!
Réponds à mon appel je t’en prie… !

Previous Older Entries