La Cuisine Algérienne.


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La cuisine algérienne se caractérise par sa diversité et sa richesse. Compte tenu de sa situation géographique et de sa superficie, l’Algérie regroupe la plupart des spécialités maghrébines, auxquelles s’ajoutent des spécialités typiques, se déclinant en différentes saveurs en fonctions des régions et de leurs traditions en la matière. Le couscous est son plat le plus emblématique.
En plus des plats maghrébins, ainsi que certains plats d’origine turque, espagnole et orientale, on retrouve des plats typiquement algériens tels que la chakhchoukha, et une grande variété de pains : khobz dar, kesra rakhsis, kesra matlouh, kesra m’bessa, aghroume, akourane…
La cuisine algérienne est aussi très réputée pour ses fines pâtisseries et son savoir-faire dans ce domaine ; on trouve ainsi kalb el louz, makroud, dziriette, mchewek, m’khabez, baklawa, tcharak, samsa, sfenj, tamina, tahboult, msemmen, baghrir…
Bien qu’il existe de plus en plus d’ouvrages qui lui sont consacrés, elle reste principalement retransmise de façon orale, de génération en génération.
Description
La cuisine Algérienne est très riche de par la production de la terre et mer. La cuisine algérienne offre une composante de plats et de mets variés selon les régions et selon les saisons. Cette cuisine qui fait appel à de nombreux produits, reste tout de même celle des céréales depuis toujours produits avec abondance dans le pays.
Il n’existe pas un plat où ces derniers ne soient pas présents pour les femmes Algérienne, la cuisine algérienne est un art et une affaire de famille. Comme dans tous les pays méditerranéens, c’est une cuisine de mères dont les recettes sont souvent jalousement gardées.
En tout point exquis, la cuisine algérienne bénéficie des raffinements de la cuisine Kabyle et d’une multitude d’influences étrangères. Elle tient aujourd’hui de ses origines : nomade avec l’utilisation des légumes et de la viande grillée, agricole avec la présence de céréales, aristocratique comme en témoignent le façonnage délicat de farcis, feuilletés et desserts.
Riche, variée, très colorée, la cuisine algerienne fait largement appel aux : légumes : aubergines et courgettes notamment, fruits, céréales : riz et blé, et à l’huile d’olive.
Les légumes sont cuisinés avec de la viande afin d’obtenir un repas complet ou simplement avec de l’huile d’olive. Les repas de la cuisine algérienne se composent généralement d’un plat chaud, accompagné de pain, suivi d’un légume à l’huile d’olive.
Les plats sont censés mettre en valeur la saveur de l’ingrédient principal et non la masquer sous des sauces et des épices. Herbes et épices d’ailleurs sont utilisées avec parcimonie et grande originalité.
En Algérie, il existe plus d’environ 150 préparations de couscous, les couscous sans viande, ceux au lait (mesfouf), et ceux plus rustiques à la graisse rance. Ce plat de convivialité que tous partagent, s’il est présenté sans viande, est de plus gros calibre que celui avec une sauce à base de tomates ou légumes. Mais une maîtresse de maison s’abstiendra de présenter à son hôte un plat où la viande est inexistante, c’est inconcevable dans la cuisine algérienne.
La région de Biskra est célèbre pour un plat typique appelé Chakhchoubakha qui est à base de kesra, pommes de terre, pois chiches, viandes rouges. Les feuilles de blé cuit avec de l’huile sur un feu de bois peuvent être consommées avec du thé avant le repas. Les soupes et les plats sont toujours accompagnés de pain.
Le raïb sorte de yaourt-flan est très apprécié que l’on peut manger aussi bien au petit-déjeuner qu’en fin d’après-midi.
La cuisine Algérienne est excellente pour la santé, proche des recommandations du régime médicinale qui participe à la diminution des risques de cancers et de maladies cardiovasculaires…
Ingrédients
Les ingrédients principalement utilisés sont:
• comme légumes : la pomme de terre, les haricots verts, les carottes, les poireaux, les navets, les aubergines, les courgettes…
• comme fruits : les oranges, les clémentines, les pastèques, les figues, les grenades, les dattes, les nèfles, les figues de Barbaries, les amandes, les raisins, les tomates, les pêches, les abricots, les pommes et les poires…
• comme viandes : le mouton, l’agneau, le bœuf, le veau, le poulet, le lapin, la dinde, le pigeon ou le canard…
• comme poissons et fruits de mer: les sardines, le thon, le saumon, la truite, les moules, les huîtres, les crevettes, le cabillaud et les oursins…
• comme boissons : le lait, le petit lait, le lait fermenté, le lait caillé, le lait d’amande, le thé, le café et la menthe…
Condiments et épices
Les épices jouent un rôle prépondérant dans la cuisine algérienne. Rares sont les plats qui n’en ont pas besoin. Le safran, l’aneth, le clou de girofle, la coriandre, le gingembre, le paprika, le cumin, le poivre, le curcuma sont très utilisés tout comme le curry, l’ail ou les graines de nigelle (cultivées en Algérie). Les mélanges communs d’épices comme le zahtar ou le ras el hanout (que l’on trouve partout en Algérie aussi bien dans les épiceries que dans les souks) sont extrêmement importants dans cette cuisine. Les piments forts, eux aussi, sont très appréciés. L’oignon est également beaucoup utilisé surtout dans la préparation des tajines. Les herbes aromatiques sont utilisées en abondance pour rehausser le goût des mets et pour les parfumer (le persil, le romarin, l’origan, le fenouil,le thym, l’anis, les feuilles de laurier, le basilic en sont les exemples les plus connus). La cannelle est très populaire tout comme le fenugrec et la verveine (en infusion) aux propriétés médicinales reconnues ainsi que l’Iris et la fleur de lavande (que l’on retrouve dans la composition du ras el hanout). L’eau de rose (ma z’her) ou l’eau de fleur d’oranger servent à la fois à agrémenter les plats mais entrent aussi dans la composition de certaines pâtisseries. D’autres ingrédients comme la menthe servent à la préparation du célèbre thé à la menthe algérien.
Entrées
Salades
La gastronomie algérienne en compte grand nombre, parmi les plus connues, la chakchouka ou slata mechouia : sont des salades de poivrons grillés (arrosés d’huile d’olive et saupoudrés d’ail et de persil), les salades de pommes de terre aux oignons, les salades de rondelles de carottes appelées torchi à Annaba et en Tunisie. Les Algériens ont également pour habitude de verser sur leur salade quelques gouttes d’huile d’olive de Kabylie, la plus réputée du pays.
Chorba
C’est la soupe traditionnelle algérienne, servie pendant ou en tout début de repas. Elle est essentiellement préparée à partir de viande d’agneau ou mouton, de pois chiche, de tomate, de vermicelle, de frik (blé concassé), d’épices et de différent légumes. La chorba varie selon les régions d’Algérie, on retrouve : la « chorba beïda » (chorba blanche) à Alger, la « chorba frik » à l’est, la « chorba fdaouech » aux vermicelles, la « chorba hamra » (chorba rouge) à l’ouest… Le point commun antre toutes ces variétés de chorba c’est qu’elles sont épicées et parfumées avec de la coriandre et de la menthe. On y ajoute même quelques gouttes de jus de citron. En Algérie, pendant le mois sacré du ramadan, la chorba est servie quotidiennement et offerte traditionnellement aux pauvres. De nos jours, on la retrouve dans les restaurants gastronomiques.
Harira
C’est la cousine de la chorba. Bien que d’origine andalouse, la harira a traversé les frontières et est consommée aujourd’hui dans de nombreuses villes de l’ouest du pays, notamment à Tlemcen, Mostaganem ou encore Oran. Elle est épaissie au levain et on y ajoute du riz ou des pois chiches. C’est l’une des soupes les plus populaire durant le mois sacré du ramadan. Elle est très répandue au Maroc.
Boureks
Les boureks sont fait à partir de feuille brick. Elle est fourrée de viande hachée, de thon, d’œuf, de poulet ou de fromage.
Pâtisserie

La pâtisserie algérienne est une pâtisserie qui repose sur des spécialités ancestrales nées dans les plus anciennes villes du pays (Alger, Annaba, Médéa, Miliana, Béjaïa, Tlemcen, Constantine…) mais aussi venues d’Andalousie, du Moyen Orient et influencée par la présence ottomane. La pâtisserie algérienne se compose de différentes variétés de petits-fours. Ils peuvent être mielleux, réalisés avec des fruits secs, des sablés, on peut y ajouter du chocolat, des frutis confits, de la noix de coco…La pâtisserie algérienne s’est enrichie ces dernières années grâce au travail remarquable des ménagères.
La patisserie algéroise, quand à elle, se caractérise par ses couleurs très vives, ainsi que par son sens du détail très modélisé et souvent symbolique.
Elles marquent les étapes importantes de la vie des jeunes femmes algéroises (mariage, etc) avec une symbolique à la fois nominative et visuelle .
De plus en plus populaire, elle s’exporte dans les pays voisins, en Europe et en Amérique du nord.
LA GASTRONOMIE
Plats et produits typiques
Si elle ressemble beaucoup à celle qu’on goûte au Maroc ou en Tunisie, la cuisine algérienne se caractérise par l’usage sans retenue d’herbes et de condiments qui lui donnent toute sa saveur. Mais chaque région, chaque famille, a sa spécialité originale ou dérivée d’une base commune aux quatre coins du pays, ainsi le couscous aux fèves dans l’Algérois, le couscous d’orge (d’chich ou belboula) à Jijel, des préparations un peu plus relevées dans la région d’Annaba et dans les Aurès, la soupe au blé vert dans le Sud, etc.
La viande étant devenue très chère, les plats de base sont souvent, outre des crudités, des ragoûts de légumes longuement mijotés, quelquefois agrémentés d’une minuscule portion de viande – pour le goût ! Sous toutes ses formes (pain, couscous, galettes, pâtes, blé concassé…), le blé revient d’ailleurs souvent sur la table agrémenté de légumes (carottes, choux, aubergines, courgettes, fenouil, blettes, fèves, haricots verts, tomates…) ou en alternance avec des légumes secs (pois chiches, lentilles, pois cassés, haricots kabyles à œil noir, etc.).
A proximité de la côte, on mange du poisson abordable (sardines, maquereaux, anchois…) et quelquefois des fruits de mer.

Couscous (seksul en berbère) : Son nom désigne d’abord la semoule de blé dur, autrefois roulée à la main, gonflée à la vapeur. Agrémenté de nombreuses manières dont la plus connue est le couscous sauce rouge, à base de tomate, de légumes, de viandes et d’épices communes à tout le Maghreb, c’est le roi de la gastronomie nord-africaine et il ne fait pas exception en Algérie où la garniture varie selon les régions. Les plus difficiles à cuisiner sont le couscous sauce blanche ou le couscous de poisson. Le couscous kabyle (amakfoul) ne contient pas de viande.

Chorba : Il s’agit d’une soupe traditionnelle à base de viande de mouton, de légumes, d’herbes parfumées, d’épices et de tomates, mijotée à feu doux pendant plusieurs heures. On y ajoute au dernier moment une poignée de maktfah (vermicelle roulé à la main) ou de frik (grains de blé concassé, boulghour). Dans le Sud, on prépare une délicieuse chorba au blé vert. La hrira (ou harira) est une soupe de légumes moulinés épaissie au levain, au riz ou aux pois cassés avec laquelle on rompt le jeûne du ramadan (f’tour).

Brick (bourek) farci : Les boureks sont des feuilletés confectionnés dans des feuilles de dioul farcies avec une préparation à base de purée de pommes de terre mais aussi avec du thon, des crevettes, des épinards, du poulet, de la viande hachée, etc., et pliées en forme de triangle, de carré ou roulées en cigares.

Tchektchouka : Plat traditionnel de l’Est algérien (à ne pas confondre avec la checkchoucha qui est une sorte de ratatouille avec des œufs) composé d’une kesra dense émiettée dans une sauce à la tomate, à la viande et aux pois chiches. La version de cette recette dans le désert est la taguella, une galette plus épaisse, cuite sous le sable recouvert de braise et le plus souvent accompagnée d’une sauce au mouton agrémentée de tomate et de légumes frais (oignons, pomme de terre, carottes, piment…) ou d’une sauce à base de beurre de chèvre. Les tridas ou la rechta algéroise, des pâtes maison à base de semoule fine et de farine, sont une variante de la chekhchoukha.

La pâtisserie est très prisée des Algériens, d’autant que chaque région voire chaque ville possède de délicieuses spécialités à base de semoule ou de farine où dominent le miel, la fleur d’oranger et les amandes, les dattes ou les cacahuètes. On n’hésitera pas à déguster quelques baklawas, makrouds, griouech (beignets rectangulaires au miel et au sésame), samsa (triangle farci à la pâte d’amandes), z’labiya (beignet spiralé) ou de délicieuses cornes de gazelles, à moins de craquer sur de délicieuses crêpes de semoule au sirop de miel et à l’eau de fleur d’oranger (beghrir à Alger ou ghrayef à Jijel), accompagnées d’un thé à la menthe ou d’un petit kahwa.

Pain moelleux aux Olives vertes et à l’Huile d’olive.


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500 g de farine
50 g levure de boulanger
50 ml d’eau
100 ml d’huile d’olive
150 g d’olives

500 g de farine

50 g levure de boulanger

50 ml d’eau

100 ml d’huile d’olive

150 g d’olives

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Dans un grand récipient, verser la farine, le levain, l’huile d’olive et l’eau; mélanger le tout, puis malaxer avec les mains. Ajouter du liquide si besoin en suivant les mêmes proportions, soit 1 cuillerée d’eau pour 2 cuillerées d’huile.

Dénoyauter les olives vertes , ou acheter des olives dénoyautées, les ajouter à la pâte et pétrir à nouveau pour bien les incorporer, éventuellement en rajoutant de la farine.

Laisser reposer de 6 à 12 heures, le plus longtemps sera le mieux, dans un saladier recouvert d’un linge près d’un radiateur.

Passer la surface du pain à l’huile d’olive avec un papier absorbant.

Mettre dans le four froid et chauffer ensuite au maximum pendant 30 minutes.

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Les Arts Populaires FOLKLORE


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L’Algérie, à travers les siècles, a su garder son visage d’antan que l’on peut découvrir lors des réjouissances populaires qu’entraînent chaque mariage et chaque fête. Depuis toujours, les Algériens ont aimé se grouper pour former des cercles qui préservaient leurs coutumes et leurs traditions. C’est ainsi que le folklore algérien est resté le même à travers plusieurs générations.

On retrouve l’expression des sentiments naturels et de la joie spontanée dans les danses différentes selon les régions (Algérois, Oranais, Constantinois, Aurès, Oasis, Hoggar, Tassili) accompagnées des instruments typiques. :
A vent : Ghaïtas, mezoued, zamar, flûte, guesba. A Corde, rbab, amzad, darbouka, bendir, tbal, bilet, tar, galal.
Les costumes frappent par leur richesse et leur diversité.

Le Sahara apparaît comme le plus envoûtant. Les populations du Sud ont en effet conservé à leurs traditions et à leurs coutumes un caractère original et authentique, particulièrement dans le domaine des arts populaire. Les Thèmes sont empruntés à la vie des habitants : on évoque les mariages, la circoncision de l’enfant, et l’eau : élément des plus précieux dans cette région. Le Baroud et certaines danses rappellent la virilité et le caractère farouche des guerriers. Les femmes graciles, drapées dans des couleurs chatoyantes, évoluent autour des danseurs. Toutes les grandes villes d’Algérie qui ont eu un passé florissant ont vu s’enraciner chez elles un art purement citadin : les Bennoutat de Constantine, m’samaâ de la capitale.

Les rythmes si variés appellent mille réminiscences. Les rythmes sahariens contiennent des pas que l’on retrouve dans plusieurs danses afro-cubaines. Dans une danse de Laghouat on retrouve le zapateado andalou. Rien d’étonnant à cela. L’Algérie ayant été un vase creuset de civilisations où sont arrivés et d’où sont partis divers courants de l’Orient à la Méditerranée et de la Méditerranée à l’Afrique.

C’est dans ce cadre merveilleux de la cour intérieure d’un palais, sous une tente de nomade ou sous le soleil rosé d’une oasis à la tombée du jour que vous pourrez les apprécier.

LES FÊTES LOCALES ET ANNUELLES
Certaines de ces réjouissances présentent un intérêt économique, mais elles donnent lieu, chaque année, à de très importants spectacles folkloriques qui par leur charme et leur éclat ne manquent pas d’intéresser et d’attirer les touristes Voici les plus anciennes et les plus populaires . :

• FÊTE DE LA TOMATE à Adrar
Période Mars ou Avril : Folklore, artisanat.
• FÊTE DE PRINTEMPS à :
– Biskra
Période fin mars début avril : de nombreuses danses folkloriques animent cette fête. Elles rappellent souvent les mines guerrières et sont accompagnées de baroud et de courses hippiques.
– Laghouat :
Concours de la race chevaline, course de chevaux, galas.
• FÊTE DES ORANGES à Boufarik
Période Avril ou Mai. Cette manifestation symbolise pour chaque paysan (Fellah) la récolte des fruits et surtout des oranges.
• FÊTE DES CERISES à :
– Miliana :
Période Mai. L’ambiance et les costumes sont aussi colorés que les fruits qui donnent le thème de la réjouissance.
– Tlemcen :
Elle fait revivre les traditions de la perle du Maghreb.
• FÊTE DU TAPIS à El-Oued
Période mars ou avril. Outre les tapis, on admire les plateaux et cuivres du M’Zab et les groupes folkloriques locaux.
• FÊTE DE LA CITÉ DU BONHEUR à Bou-Saada
Période fin d’année et au printemps. Pour le plus grand plaisir des spectateurs. Les Ouled-Naïls interprètent leurs danses particulières, rythmées qui n’ont subi aucune influence puisque conservées dans les montagnes qui les ont vu naître.
• FÊTE DU CHEVAL à Tiaret
Période Septembre. Les meilleures espèces de la race chevaline dont les pur-sang arabe réputé y sont présentées. Courses de chevaux et fantasias avec participation des célèbres cavaliers du Djebel Amour.
• FÊTE DE LA DATTE à Touggourt
Période mars ou avril, durant la période de fécondation du palmier-dattier, élément vital de la région. Les courses de méharis et les excursions à dos de dromadaire laissent un souvenir inoubliable.
• FÊTE ANNUELLE à
– Bou-Hanifia :
Période septembre ou octobre. Les touristes de la station thermale participent joyeusement aux ébats populaires.
– Tamanrasset et Djanet :
Fêtes annuelles du Hoggar et Tassili au printemps, groupes folkloriques.
• FÊTE DU MOUTON à
– Djelfa :
Période Juin. Courses hippiques, danses folkloriques, fantasias.
– Sougueur
Période Mai. L’on voit revivre le folklore de cette région du Djebel Nador caractérisée par l’élevage et le tissage de tapis réputés.
• FÊTE DU VIEUX KSAR à El-Golea, période Avril.
• FÊTE DE GOURARA à Timimoun
Période du printemps, artisanat (poteries, bijoux, burnous). Baroud (danse du fusil). Kerkabou avec castagnettes métalliques. Ahalil mélopée mélancolique avec danse lente au son d’une flûte.

CARREAUX D’ORIGINES DIVERSES OU INDETERMINEES (l’Algérie, à travers son batit).


Certains pays, ou plus exactement certaines villes, confectionnant la faïence de revêtement, ont fourni des quantités de carreaux à la Régence d’Alger et pour la plupart, pendant plusieurs siècles (chap. Les carreaux hispaniques de Barcelone, Les carreaux hispaniques de Valence, Les carreaux tunisiens, Les carreaux néerlandais, Les carreaux italiens de Naples).
Cependant on trouve aussi en Algérie de nombreux modèles, souvent en petite quantité, qui ne proviennent pas de ces pays ou de ces villes. L’origine de certains d’entre eux est connue, montrant que d’autres fournisseurs que ceux cités ont participé, très modestement toutefois, à cet apport en faïence. Mais nombreux sont aussi les carreaux dont l’origine reste encore incertaine ou indéterminée.
Jusqu’à ces dernières années, deux pays de grande production de carreaux me paraissaient absents dans la panoplie de ce que l’on peut observer en Algérie : la Turquie et le Portugal. J’ai pu constater que ces faïences ne sont pas totalement absentes.

Près de soixante-dix modèles d’origines diverses ou indéterminées ont été répertoriés. Quelques-uns sont donnés ici ne représentant pas la diversité réelle.
Carreaux turcs d’Iznik (XVIe siècle)
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On pourrait raisonnablement penser que la Régence d’Alger, dépendante de la Porte, renferme de ces précieuses faïences sous glaçure transparente dont Iznik (Nicée) en particulier avait le secret et dont la beauté n’a d’égal que la perfection des techniques mises au point pour leur réalisation. Comme le signale Marçais, il en existe dans certaines mosquées, en particulier à Alger à Sidi ‘Abd al-Rahmān. N’ayant vu ces carreaux que sur clichés en noir et blanc, je ne peux apporter sur eux de précisions.
Mais dans un lot de carreaux ramenés en France au 19e siècle, se trouvait un fragment correspondant à près de la moitié d’un modèle de 17,5 cm (ci-contre) confectionné à Iznik et dont le motif et les coloris permettent facilement de le dater aux alentours de 1540. Je me permets de formuler une hypothèse sur l’origine de ce carreau, hypothèse qui tient compte de la rareté de cette origine dans la panoplie de la faïence de revêtement en Algérie. A l’époque, Alger et le pays qui en dépend sont une acquisition récente de la Turquie. La Porte a pu par cette offrande de qualité de carreaux de luxe, contribuer à la décoration d’une mosquée. Celle-ci aurait donc été revêtue de ces carreaux vers 1540 et ruinée et démolie au 19e. Selon Marçais, il n’y avait en 1830 qu’une mosquée construite avant 1581. Il ne la nomme pas mais il pourrait s’agir de la mosquée al-Shāwush, selon Shuval contiguë au palais de la Janīna, ancienne résidence du Dey ; elle fut construite en 1520 par Khayreddīn et détruite en 1845 par un incendie. En cette hypothèse, ces carreaux auraient été offerts vingt ans après la construction de la mosquée.
Quoiqu’il en soit, les riches carreaux provenant de la Turquie ottomane restent rares et n’ont-ils du orner que quelques mosquées.
Carreaux hispaniques de Tolède à l’arête (XVe et XVIe siècle)
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Image hébergée par servimg.com En dehors des modèles hispaniques provenant de régions ayant abondamment et longtemps fourni la Régence d’Alger, on trouve des carreaux confectionnés selon la technique de l’arista ou cuenca (chap. Glossaire). A Alger, ces modèles assez rares proviennent de Tolède. Les uns (ci-contre à gauche ; 14,5 cm) sont à motifs islami¬ques géométriques (1475-1500). Les autres (ci-contre à droite ; 13,2 et 9,3 cm) leur sont postérieurs (1550-1575).
Carreaux hispaniques de Talavera (XVIIe)
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Les modèles provenant de Talavera sont extrêmement rares en Algérie. Celui-ci, deux fers à cheval (ci-contre à gauche), en est un de 13 cm.

Carreaux portugais
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J’ai fini par découvrir l’existence de carreaux portugais en Algérie où ils sont cependant rarissimes. On pourrait s’en étonner quand on sait qu’à l’époque, le Portugal confectionnait des quantités de carreaux. Mais ses propres besoins étaient considérables au point qu’il importait des Pays-Bas. On comprend dès lors son incapacité à exporter.
Chardon (environ 13 cm, probablement 17e siècle) est un modèle dichrome à symétrie diagonale (ci-contre à gauche) qui forme un revêtement dans la Mosquée de la Pêcherie à Alger (al-Jadīd) construite en 1660. Il n’existe probablement que là.

Carreaux d’origines indéterminées
Carreaux d’inspiration hispanique

Différents modèles s’inspirent d’originaux hispaniques en particulier de Barcelone, tandis que d’autres en sont des copies. Dans tous les cas, leur origine certainement européenne occidentale, n’est pour l’instant pas déterminée.

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Parmi les modèles inspirés du motif œillet bleu de Barcelone (chap. Les carreaux hispaniques de Barcelone) ou qui en sont des copies, en voici quelques-uns d’origines entres elles apparemment différentes :
Œillet sur bulbe (13,5 cm ; probablement 17e) n’est pas très courant et présente juste une parenté avec le motif de Barcelone. Des exemplaires en existent au Bardo à Alger. Il s’en trouve une forme proche à la Grande Mosquée de Constantine.
Petit œillet (12,7 cm ; fin 18e ou début 19e) peu fréquent, présente une parenté plus étroite avec l’original.

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Œillet vert ombré d’ocre (13,5 cm ; probablement 18e) est, en vert, jaune et ocre, l’exacte copie de l’original de Barcelone au point qu’on pourrait le croire confectionné dans cette ville tout à fait au même titre que œillet bleu monochrome (chap. Les carreaux hispaniques de Barcelone) d’autant plus que la brique semble identique à celle des carreaux catalans de l’époque. Ainsi ce serait une autre version catalane de l’original. Mais ce modèle n’a pas été trouvé en Catalogne et actuellement n’est pas considéré comme confectionné à Barcelone par les spécialistes de la région. En Algérie, il n’est pas rare bien que moins courant que œillet bleu monochrome de Barcelone. A Alger, on le trouve notamment à Janān Yahya Aġa (= Djenan Yahya Aga alias maison Peltzer, à Hydra) et à la Villa ‘Abd al-Tif (Abd el-Tif).

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Deux modèles valenciens de grande taille trouvent leur copie en petite taille (12,5 cm). Ces carreaux sont tardifs (fin 18e-début 19e) et il n’est pas exclus qu’ils aient pu même être confectionnés après la Conquête (1830). L’épaisseur de la brique est réduite et le fond est très blanc. Tous deux ont fait l’objet d’une publication (Couranjou, 2003)1.
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Bandeau violet à plis (ci-contre à droite) est pratiquement la copie d’une des versions du modèle valencien dont il existe diverses variantes. Ce motif ayant également été produit à Barcelone en 13 cm (chap. Les carreaux hispaniques de Barcelone, Style « petites feuilles ») en deux variantes au moins, on pourrait le considérer comme l’original si la copie ne correspondait assez exactement au valencien. De cette copie, il existe deux variantes, toutes deux rencontrées à Alger.
Petite vigne (ci-contre à gauche), très inspiré de vigne (chap. Les carreaux hispaniques de Valence) en diffère par plusieurs aspects. La tige tourne en sens inverse, elle est beaucoup plus raide, les éléments portés sont moins nombreux. Ce modèle apparaît notamment à Alger à la Qasba du Dey et à Constantine au Palais du Bey.

Autres carreaux d’origines indéterminées

Un grand nombre de modèles d’origines indéterminées autres que ceux d’inspiration hispanique, ont été relevés en particulier à Alger et à Constantine. Les uns sont de 12 à 13 cm, d’autres de 20 cm environ. Nombreux sont ceux parmi eux qui semblent de la fin du 18e et même du début 19e, certains étant peut-être même postérieurs à la Conquête (1830) et si cela était confirmé, ils ne devraient pas être pris en compte dans une étude des carreaux de la Régence turque. Très peu de ces nombreux modèles sont présentés ici.

Carreaux H.S
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Alger recèle des carreaux portant au revers les lettres HS séparées par un point (ci-contre à droite). Ils semblent dater de la fin de la Régence, voire du début de l’époque française. Peut-être sont-ils à cheval sur ces deux périodes autour de 1830.
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Grande fleur centrale (ci-contre à gauche) est un modèle à motif élémentaire à quatre axes de symétrie.
Les autres carreaux marqués HS portent un motif figuratif. Ils appartiennent à deux séries très proches (ci-contre à droite). Le motif est inscrit dans un cercle polychrome presque identique dans les deux séries ; chacun des quatre angles est occupé par un fleuron.
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La série H.S aux fleurons trifoliés (12,7 cm environ) porte des motifs que l’on pourrait dire terrestres, sur sol vert et ocre (ci-dessus et ci-contre à gauche) : monument accompagné d’un arbre, plus rarement animal (oiseau, chiens savants…). Certains monuments sont inspirés de ceux de l’antiquité romaine (arc de triomphe, aqueduc…) ; ce sont aussi châteaux, granges, mosquées de type balkanique… La représentation en est souvent fantaisiste voire irréaliste, de même pour les animaux.
La série H.S aux fleurons en épis (13 cm) porte des motifs maritimes ou lacustres (ci-dessous). Généralement y figure un vaisseau là aussi parfois assez fantaisiste. Il semble que cette série soit légèrement plus récente que la précédente.
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Grands carreaux
Il existe de grands carreaux (environ 20 cm) qui peuvent être classés en différentes catégories en fonction du motif. Le palais du Bey à Constantine en renferme un certain nombre très apparentés entre eux, peut-être originaires d’Italie et probablement contemporains de la construction de ce monument (1826-1835).

1. Couranjou J., 2003. Dues rajoles trobades a Alger, còpies d’origen indeterminat de models Hispànics [Existence à Alger de deux carreaux d’origine indéterminée, copies de modèles hispaniques]. Butlleti Informatiu de Ceramicà, 78-79, 4-6. (en catalan).

Le cimetière des Deux Princesses


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Dans la Casbah d’Alger, vivaient à l’époque ottomane N’fissa et Fatma, les deux filles du Dey Hassan Pacha. Au printemps de leur vie, elles rayonnaient de charme et de beauté. N’fissa et Fatma étaient comme les doigts d’une seule main : unies et inséparables. Leur complicité n’avait d’égale que leur amo…ur et leur affection. Un jour, leurs yeux croisent le regard d’un beau jeune homme. Cupidon est dans les parages. Le cœur des deux jeunes filles s’emballe. Elles s’entichent de ce jeune hidalgo. Mais comme aucune d’entre elles ne veut blesser l’autre, N’fissa et Fatma s’enferment dans un silence assourdissant.

À mesure que les jours passent, elles deviennent de plus en plus pâles. Refusant de se nourrir, elles sombrent dans la maladie, rongées par ce mal étrange qu’on appelle l’amour.
Les deux filles du Dey Hassan Pacha se consument comme deux bougies.
Le chagrin d’amour a raison d’elles. On ignore qui est la première à passer de vie à trépas, mais leur histoire jette l’émoi dans toute la Casbah. ”Que c’est triste de voir deux belles roses se faner au printemps de leur vie” murmure-t-on.
Les deux princesses sont enterrées à la rue N’fissa (ex-rue de l’Empereur, Casbah), à l’ombre de trois figuiers centenaires.

Aujourd’hui, une seule tombe subsiste : celle de Fatma. Elle gît sous un jardin luxuriant. L’épitaphe est entièrement taillée de marbre. La tombe de N’fissa a, quant à elle, été saccagée durant les années de terrorisme (90).
Dans ce temple de légende, se dresse également la qobba de Sidi Ben Ali. Un cimetière qui dégage une douce sérénité. C’est dans ce havre de paix, que repose à jamais, les deux princesses, filles du Dey Hassan Pacha.

Le puits d’El-Omayr (l’eau dans la tradition).


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Toujours sur les sources et les puits algériens, il faut citer la légende du puits d’El-Omayr, dans la région de Oued Souf. Ce sont ces puits qui, en plein Sahara, renferment une eau pure et fraîche qui étanche la soif des voyageurs épuisés.
Situé non loin de la frontière tunisienne, les voyageurs ainsi que les caravanes qui se rendaient dans ce pays, étaient toujours pressés de l’atteindre. C’était pour tous une halte et un moment de repos. Surtout, qu’autrefois, la plupart des puits du Souf, étaient ensablés. Il est vrai que l’eau ne manque pas dans cette région, mais les puits en forme d’entonnoir sont rapidement ensablés et l’eau disparaît vite.
Durant les fortes chaleurs, les bergers, n’ayant pas assez de forces pour creuser des puits, se rendent, avec leurs troupeaux, jusqu’à Bir al-Omayr. Les hommes et les bêtes s’y abreuvent et retrouvent leur vitalité. On prend les outres et on les jette dans le puits. On les retire aussitôt remplies d’une eau limpide et fraîche, même au plus fort des chaleurs. Hommes et bêtes s’en donnent alors à cœur joie. Et ce puits est merveilleux, en ce sens qu’il ne s’est jamais tari ! Un tel puits, dans un désert aussi aride et désolé, tient presque du miracle. Et ceux qui croient aux miracles vont créer la légende…
On pensait que le puits d’el-Omayr, dans le Souf, ne donnait pas seulement une eau fraîche et limpide. On croyait également que cette eau était dotée de pouvoirs extraordinaires. Elle redonnait la santé aux malades et ravivait les vieillards épuisés, voire à l’article de la mort. Une autre réputation attribue à la source, le pouvoir de rendre fécondes les femmes stériles…
C’est alors que les commerçants se mettent de la partie. Une eau aussi miraculeuse ne peut qu’être recherchée. On se met alors à en prélever de grandes quantités qu’on vend dans toutes les villes du Souf. Comme c’est une eau limpide et d’un goût exquis, les gens l’achètent. Un jour, un groupe de commerçants quitte la ville d’El-Oued, en direction du puits. Ils ont emmené avec eux plusieurs chameaux et des centaines d’outres qu’ils vont remplir du précieux liquide.
La caravane des commerçants avance péniblement dans le désert. Le soleil chauffe, le sable est si brûlant que l’on pourrait faire bouillir de l’eau dessus. Mais les commerçants ont l’espoir de se reposer bientôt, près du puits d’el-Omayr. On aperçoit de loin les pierres qui l’annoncent et on redouble d’effort. Dans quelques minutes, on s’assoira sur la margelle et on pourra s’y désaltérer…
Les caravaniers arrivent au puits d’al-Omayri. C’est alors qu’ils aperçoivent une ombre inquiétante. L’ombre se met brusquement à grandir. Ils s’effrayent et chacun, ressentant le danger, veut se cacher. Mais le désert est, dans cette contrée, vide : il n’y a ni rocher ni arbre derrière lesquels se planquer…Cependant, à El-Oued où on attend l’eau précieuse d’El-Omayri, on s’impatiente, notamment ceux qui ont payé l’eau à l’avance.
La nuit tombe et les marchands ne sont toujours pas revenus. Leurs familles commencent à s’inquiéter sérieusement et à envisager le pire. On se consulte et on décide, dès le lever du jour, de dépêcher des éclaireurs à leur recherche…Le lendemain, on envoie des jeunes hommes vers le puits. Mais eux aussi ne reviennent pas. Cette fois, l’inquiétude gagne toute la ville. C’est maintenant plusieurs personnes qui ont disparu, sans que l’on sache où elles sont passées. Et surtout on ne sait qui incriminer…On veut envoyer d’autres personnes, mais il est difficile de trouver des volontaires. L’assemblée insiste et deux jeunes hommes se présentent. «Nous irons», disent-ils. Ils partent donc, avec la recommandation de se montrer très prudents.
Les caravaniers arrivent au puits d’al-Omayri. C’est alors qu’ils aperçoivent une ombre inquiétante. L’ombre se met brusquement à grandir. Ils s’effrayent et chacun, ressentant le danger, veut se cacher. Mais le désert est, dans cette contrée, vide : il n’y a ni rocher ni arbre derrière lesquels se planquer…
Cependant, à El-Oued où on attend l’eau précieuse d’El-Omayri, on s’impatiente, notamment ceux qui ont payé l’eau à l’avance. La nuit tombe et les marchands ne sont toujours pas revenus. Leurs familles commencent à s’inquiéter sérieusement et à envisager le pire. On se consulte et on décide, dès le lever du jour, de dépêcher des éclaireurs à leur recherche…
Le lendemain, on envoie des jeunes hommes vers le puits. Mais eux aussi ne reviennent pas. Cette fois, l’inquiétude gagne toute la ville. C’est maintenant plusieurs personnes qui ont disparu, sans que l’on sache où elles sont passées. Et surtout on ne sait qui incriminer…On veut envoyer d’autres personnes, mais il est difficile de trouver des volontaires. L’assemblée insiste et deux jeunes hommes se présentent. «Nous irons», disent-ils. Ils partent donc, avec la recommandation de se montrer très prudents.
Les deux garçons arrivent près du puits. Tout paraît normal, mais ils se cachent derrière une petite dune. Ils remarquent des objets éparpillés. Ils reconnaissent des outres. Il s’agissait des celles des marchands d’eau, mais les marchands n’étaient pas là. Où sont-ils ? Les deux jeunes gens pensent qu’ils ont pu tomber dans le puits. Mais pour cela, il aurait fallu être poussé. Un des jeunes hommes sort de sa cachette et va voir ce qui se passe. Il avance vers le puits tandis que son compagnon reste prudemment derrière la dune. C’est alors qu’il voit une ombre jaillir du puits.
Il reconnaît bientôt le corps d’un serpent gigantesque qui tourne la tête vers le jeune homme imprudent. Il veut reculer, mais le serpent le fixe. Il est stoppé dans son élan et ne parvient pas à faire un mouvement. Il est comme paralysé. Le jeune homme derrière la dune est, lui aussi, comme paralysé : on a compris qu’il ne doit pas manifester sa présence s’il veut échapper au reptile. Il voit avec horreur la gueule monstrueuse s’ouvrir, s’approcher du malheureux et le happer ! Il disparaît dans le ventre de la bête.
C’est ainsi, se dit-il, que les marchands ont disparu, ainsi que les éclaireurs partis à leur recherche… Le serpent est retourné depuis longtemps dans le puits, mais le jeune reste là jusqu’au coucher du soleil, de peur que le monstre ne revienne, puis il rentre. Quand il arrive à El-Oued, le jeune homme qui a échappé au gigantesque serpent du puits, s’écroule, vaincu par la peur et l’horreur.
Il faut attendre plusieurs heures avant qu’il ne retrouve ses esprits et raconte ce qui s’est passé. On entoure le survivant, on l’interroge. Il regarde autour de lui et se rappelle l’affreux spectacle. Il lui semble que le serpent est tout proche et qu’il va ressurgir du puits pour l’avaler, à son tour.
Il raconte comment, à l’approche du puits, il s’est caché avec son compagnon. Celui-ci est sorti en reconnaissance et s’est approché du puits. C’est alors que le serpent l’a fixé du regard et l’a pétrifié… Il a pu l’avaler sans qu’il ait eu la moindre réaction ! On comprend alors que les marchands d’eau ont disparu dans le ventre du serpent. On comprend alors que plus personne ne pourrait s’approcher du puits.
Finie l’eau limpide et fraîche de Bîr Al-Omayri ! Comme ce puits constituait l’un des approvisionnements permanents d’El-Oued, la cité allait, immanquablement manquer d’eau. Tout le monde est désormais au courant de ce qui s’est passé à Bîr al-Omayri, tout le monde est également averti du danger qu’on court en se rendant à ce puits.
On fait des propositions pour se débarrasser du reptile, mais aucune ne semble réalisable : la seule solution est de le tuer et, pour le tuer, il faut s’approcher de lui et prendre le gros risque d’affronter son terrible regard… Un regard qui pétrifie et qui met immanquablement à sa merci… A El-Oued, on ne parle que du serpent, on redoute que l’eau vienne à manquer et qu’on soit obligé d’aller au puits. Le serpent ne manquerait pas d’avaler tout ce qui s’approcherait de lui…
On finit par décider d’envoyer d’autres hommes, mais cette fois des guerriers. Ils s’approchent du puits et se cachent dans le sable avec la mission de surveiller sans cesse le puits… Au troisième jour seulement, on voit venir de loin un petit groupe d’hommes, venant de Nefta. Ils sont quatre et se hâtent vers le puits. Ils sont certainement fatigués et assoiffés et veulent s’abreuver de l’eau fraîche et limpide d’Al-Omayr. Les Soufis cachés derrière la dune, sursautent. Trois des hommes qui sont les plus proches du puits s’arrêtent soudain, lèvent les mains et se figent dans cette position. On voit sortir du puits un énorme serpent, s’approcher des hommes pétrifiés et les avaler l’un après l’autre. Le quatrième se met aussitôt à courir comme un fou, escalade la dune et se retrouve devant les guerriers d’El-Oued. La troupe rentre à El-Oued, épouvantée.
Comment faire pour se débarrasser de ce dangereux reptile et rendre le puits d’El-Omayr à ceux qui ont besoin de son eau ? On sait qu’on ne peut s’approcher du puits sans prendre le risque d’être pétrifié par le regard de la bête, puis, privé de tous ses moyens, être avalé…
Et puis quand bien même échapperait-on à son regard, que pourraient faire des flèches et des lances contre un reptile dont le corps paraît aussi gros et aussi noueux que le tronc d’un palmier ? C’est alors qu’un homme, dont la tradition n’a pas gardé le nom, dit qu’il sait comment procéder. C’est le guérisseur et le sorcier de la ville, un homme d’un certain âge, connu de tous. Chacun a déjà recouru à ses services, mais on a du mépris pour lui à cause de ses activités, il est vrai, peu louables, de sorcier. Doit-on faire confiance à cet homme ? Est-il réellement en possession d’un moyen de sortir le serpent du puits ? De toutes les façons, en l’absence de propositions, on est bien obligé de laisser quelqu’un agir. Autrement, fini le puits d’Al-Omayr…
On accepte donc de laisser le sorcier agir et on se met à sa disposition pour lui fournir tout ce dont il aurait besoin. Mais l’homme ne demande qu’un bouclier en métal, le plus grand qui soit. On s’étonne que ce soit l’arme qu’il ait choisie pour affronter un monstre.
On lui apporte donc un bouclier, le plus grand qu’on ait trouvé et on le lui remet. Toute la nuit, le sorcier le frotte avec du sable si bien qu’au matin, il ressemble à un gigantesque miroir, réfléchissant le paysage ainsi que les personnes qui l’entourent. «Maintenant, dit-il, nous pouvons aller affronter le reptile !» Il place son bouclier sur le dos d’un chameau et il ouvre la marche.
On ne tarde pas à arriver aux alentours du puits d’Al-Omayr. Les hommes se terrent aussitôt derrière les dunes de sable tandis que le sorcier, saisissant son bouclier, va en direction du puits. Il approche de la margelle quand on voit brusquement une forme gigantesque jaillir du puits. Une tête se darde en direction du sorcier. C’est le serpent et il dirige son regard vers lui, pour le pétrifier. C’est alors que l’homme, saisissant son bouclier l’offre au regard tueur.
Le serpent est arrêté net dans son élan. Il pousse un sifflement strident, tourne autour de lui, puis s’écroule foudroyé. «Vite ! crie le sorcier, achevez-le !» On se précipite vers la bête paralysée et on lui coupe la tête. C’est ainsi que le serpent géant, qui pétrifiait de son regard les voyageurs, a été tué et que le puits d’Al-Omayr, à l’eau si douce et limpide, a été rendu aux siens.
M. A. Haddadou

Tiouelfin.(La légende de l’eau.)


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Charef est un vieux ksar situé à 48 km à l’ouest de Djelfa… c’était, avant sa fondation, une clairière où coulait une fontaine. C’est là que, selon la légende, arriva, un jour, Sidi Ali. Comme la plupart des saints maghrébins, il venait de la lointaine Sakiet El-Hamra, au Sahara occidental, pour se rendre à La Mecque pour y effectuer le pèlerinage. Il rencontre Sidi Bouzid, réputé, à l’époque, parmi les Ouled Naïl.
Il lui donne l’hospitalité puis le retient pour instruire les gens de sa tribu. Mais Sidi Ali n’a pas oublié le pèlerinage. Il décide donc un jour de partir. Sidi Bouzid voudrait le retenir, mais en homme sensé, il se dit qu’il a assez abusé de la patience de cet homme, et puis, en bon musulman, il ne peut l’empêcher d’accomplir un devoir prescrit par la religion.
Un soir, il fait un rêve dans lequel il entend dire : «Que Sidi Ali voyage à dos de chameau jusqu’à La Mecque !» Au réveil, il s’empresse de rapporter le message au saint venu du Sahara. Sidi Ali accepte, mais il se demande comment il fera pour rendre le chameau. «Tu repasseras par ici, lui dit Sidi Bouzid, ce sera pour nous l’occasion de te revoir et de bénéficier de tes bénédictions !» Sidi Ali accepte donc la proposition. Sidi Bouzid veille à ce qu’on choisisse le chameau le plus rapide et le plus endurant et qu’on lui prépare les provisions pour son viatique ainsi que des gourdes d’eau.
Sidi Ali quitte donc Sidi Bouzid. Il pousse le chameau en direction du levant, vers La Mecque, mais la bête refuse d’avancer, pointant son long cou en direction du couchant. Le saint insiste. La bête finit par obéir et elle va en direction de l’Est. Bientôt, en arrivant devant l’oued Taouzara qui charrie en cette période de l’année des eaux abondantes, le chameau, sur la berge, s’arrête et refuse d’avancer. Il pointe son cou en arrière, comme s’il voulait demander au saint homme de rebrousser chemin !
Des passants le ramènent chez Sidi Bouzid qui lui offre encore l’hospitalité. Il tire si fort que l’animal se cabre. Sidi Ali, désarçonné, perd l’équilibre et tombe. Il se fracture un membre. On le ramène chez Sidi Bouzid. «Dieu, lui dit-il, a décidé que tu resteras encore quelque temps avec nous !» Plus tard, Sidi Bouzid lui confie l’éducation de ses deux fils et, pour s’attacher ses services davantage, il lui propose sa fille en mariage. Les années passent, puis Sidi Ali a la nostalgie du Sahara occidental, son pays natal. Sidi Bouzid, qui ne veut pas se séparer de lui, lui fait cette proposition : «Si tu restes, je te donnerai, au choix, la source de Tiouelfin ou la somme de deux mille pièces d’or.»
Sidi Ali est séduit : une source, c’est quelque chose de précieux, surtout dans ces régions semi-arides où l’eau n’est pas très abondante, mais deux mille pièces en or lui permettront d’acheter des terres et de construire sa zaouia. Il choisit donc les pièces. Mais alors qu’il se rend à la source pour faire ses ablutions, Tiouelfin, sans doute vexée que le saint lui ait préféré des pièces d’or, refuse de lui donner de l’eau. Une eau qui était pourtant abondante quand il est arrivé ! Il comprend la leçon et va retrouver Sidi Bouzid. Je te rends l‘argent, lui dit-il, donne-moi la source car, Tiouelfin vaut plus que deux mille pièces d’or. Ce dernier propos est passé en proverbe : Tiouelfin, khir men alfine !.
Plus tard, Sidi Bouzid va s’établir au djebel Amour. Sidi Ali, lui, est resté à Tiouelfin, puis il décide un jour de voyager pour apporter la bonne nouvelle à d’autres populations. Mais alors qu’il est sur la route, sa jument s’échappe. Il la suit et la retrouve à Tiouelfin, dans le puits de la source. Elle a dû glisser, en s’approchant du bord pour brouter l’herbe qui y pousse. La bête ne donnant plus de signe de vie, Sidi Ali conclut qu’elle n’a pas survécu à la chute. On retire la bête, mais voilà que de l’empreinte laissée par chaque patte une source jaillit. Tiouelfin reçoit le nom de Charef, c’est-à-dire noble et va attirer de nombreuses personnes. C’est d’abord un camp de tentes, puis on construit des maisons et un ksar, qui va prendre le nom de Charef, nart.
Par M. A. Haddadou

La Légende de l’eau.


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L’eau dans la tradition
L’eau, source de vie, est le domaine de tous les possibles : elle est fluide et informe et épouse tous les contenants qu’on lui donne. On peut s’y plonger, voire s’immerger, sans peur de s’y dissoudre, sauf par une mort symbolique. C’est aussi une source de destruction car, comme le feu, elle peut, quand elle n’est pas contrôlée, tout détruire sur son passage. Elle est même plus puissante que le feu, puisqu’elle arrive à l’éteindre. Pour les Anciens, toute eau est sacrée. Ainsi, Pline l’Ancien écrit qu’il n’y a pas de source ou des cours qui ne soient pas sacrés. Pour Pline, toute source ou tout cours d’eau est présidé par une nymphe qui veille sur eux.
Ce souvenir de la sacralité des sources et des cours d’eau se retrouve dans les noms de rivières et de fleuves. Ainsi, on sait que le nom de la Seine provient d’une divinité, Sequana. En Algérie, aussi, le nom de nombreuses sources se rattachent à des génies ou à des saints. Ainsi, à l’est d’Alger se trouve la localité de Dergana qui doit son nom à un génie femelle, hantant une source, Lalla Dergana, dont le nom signifie «la dame cachée» ou «mystérieuse». Selon la légende, la même source serait habitée par un autre génie appelé Merzoug, nom porte-bonheur puisque signifiant «le très comblé», le «fortuné»
Beaucoup de sources, notamment celles situées dans les sanctuaires ou à leur proximité, revêtent un caractère sacré. Les eaux sont non seulement bénies, mais posséderaient des pouvoirs, guérissant les maladies, raffermissant le corps et assurant la santé. On conserve aussi cette eau dans les maisons, mais il est certain que la plus bénie est l’eau provenant de la source de Zemzem, à La Mecque. Elle fait partie des présents que les pèlerins, de retour dans leur pays, offrent en guise de cadeau.
Mais les eaux des sanctuaires algériens sont également bénies. Dans le sanctuaire de Wedris, en Kabylie, il existe une source appelée Ta’wint n’Wedris, la fontaine de Wedris ou plutôt le bassin de Wedris, alimentée par la source qui s’y écoule. Selon la légende, il n’y avait pas de source à cet endroit, c’est le saint qui l’a fait jaillir en frappant le sol de son bâton. C’est un lieu très visité lors du pèlerinage en hommage à ce saint, qui a lieu en automne. Les femmes y pratiquent le rite d’aqesem ou formulations des vœux, en jetant chacune une pièce de monnaie.
S’il se forme des bulles sur la surface de l’eau, c’est que le saint va exaucer le vœu de l’heureuse femme qui pousse des youyous. S’il ne se produit rien, la femme jette une autre pièce, puis d’autres jusqu’à ce que le vœu soit accepté. Les pièces sont récupérées, après la cérémonie, par les enfants des villages environnants.
On rapporte que le village de Demmed, dans la région de Djelfa, disposait d’une source autrefois abondante, mais qui a commencé à diminuer. Or voilà que des habitants du village s’emparent de la chamelle d’un saint local, Sidi Aïssa ben Mohammed. Le saint va la réclamer, mais on refuse de la lui rendre. Il les menace alors de la colère divine. Loin d’ébranler les villageois, ceux-ci décident de mettre le saint au défi : «si tu es vraiment un saint et que tu disposes de pouvoir, augmente le débit de notre source, nous te rendrons alors ta chamelle, mais si tu échoues, nous égorgerons ta chamelle et nous te mettrons à mort !»
Sidi Aïssa accepte de relever le défi : il saisit un rocher et un jet d’eau surgit. On applaudit au miracle, mais les villageois, voulant fêter leur nouvelle source, oublient leur engagement : ils égorgent la chamelle et se la partagent. Sidi Aïssa s’emporte : il saisit le rocher qui couvrait la source et le remet à sa place. La source disparaît comme par enchantement. Les villageois se précipitent et tentent de soulever le rocher, en vain. On se retourne vers le saint et on veut le lapider. Mais celui-ci, de son bâton, a tracé un cercle protecteur et les pierres tombent, sans le toucher. Il a encore le temps de lancer une malédiction qui frapperait le village et ses habitants. Depuis, dit-on, Demmed, qui, perché sur le sommet d’une montagne, avait la réputation d’être inviolable, u a été pris et ruiné à plusieurs reprises.
Par M. A. Haddado

L’Amirauté.


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J’ai trouvé cette monographie de l’Amirauté d’Alger, après sa mort, dans les papiers de mon père, le capitaine de frégate Marcel Costagliola, qui y fut en ser¬vice de novembre 1939 à avril 1941 comme commandant de l’école des mousses indigènes et chef du 1er bureau, puis de fin 1945 à 1947 comme chef du 2e bureau. Je n’en connais pas l’auteur. J’espère qu’un lecteur érudit me permettra de rendre à César ce qui est à Jules et de signer et de dater cette œuvre dont je ne sais pas si elle a été publiée. Je n’ai pas touché au texte sauf à remplacer « ère chré¬tienne » par « ère grégorienne », l’ère julienne n’étant pas tellement moins chré¬tienne. Il s’agit en fait de l’histoire de l’Amirauté avant la conquête d’Alger par l’armée et la marine françaises en 1830. Il n’y avait aucun plan ni croquis joints à cette monographie. J’ai tâché de remédier à cette carence.
Jacques Costagliola

Première partie

L’Amirauté entre dans l’histoire d’Alger à partir de l’occupa¬tion du « Penon » par les Espagnols au début du XVIe siècle. Depuis, jusqu’à la prise d’Alger par l’ar¬mée française en 1830, c’est-à-dire pen¬dant trois siècles, l’histoire de l’Amirauté est intimement liée à celle de la ville d’Alger, dont elle était, pour ainsi dire, le cœur; c’est là que se préparaient les expéditions des corsaires et que ceux-ci amenaient leurs riches prises: navires, esclaves et marchandises, qui faisaient la fortune de la ville et qui contribuaient à maintenir la puissance des Turcs, maîtres des lieux. Aussi, tous les renseignements historiques intéressant l’Amirauté sont-ils disséminés dans de nombreux ouvrages et études relatifs à la ville d’Alger et à la domination turque dans l’Afrique du Nord. Il existe bien quelques monographies et quelques articles de revues concernant les faits particuliers dont l’Amirauté a été le théâtre, mais il n’a été publié aucun tra¬vail d’ensemble sur cette partie impor¬tante de l’ancienne Alger. C’est pour combler cette lacune que nous avons réuni dans la présente notice les faits intéressants concernant le vieux port turc et les établissements élevés sur les îlots dont il est formé.

Le Penon d’Alger avant l’occupation turque

Jusqu’au début du XVIe siècle, le port d’Alger était constitué par un abri naturel formé de petits îlots et une ligne de rochers qui s’étendaient entre les îlots et la terre ferme. Ce massif rocheux était appelé El-Djezaïr (Les îles), d’où la ville prit son nom.
En 1505, les Espagnols avaient pris le fort de Mers el-Kébir; en 1509, le cardinal Ximenès s’emparait d’Oran. Le 6 janvier 1510, le comte Pedro Navarro prenait Bougie au nom du roi d’Espagne.
Le 31 janvier de cette même année, une députation de notables d’Alger, venue par mer à Bougie, signait avec Pedro Navarro un traité qui reconnaissait l’in¬dépendance et l’autonomie de la ville d’Alger qui, depuis 50 ans, avait répudié la souveraineté des rois de Tlemcen, et déclarait celle-ci vassale de l’Espagne. En même temps, les Algérois concé¬daient au roi d’Espagne l’îlot de Stofla, la principale des petites îles, pour y construire un fort et y tenir garnison. Aussitôt, Pedro Navarro construisit la forteresse qui prit le nom de Penon de l’Argel et y installa une garnison de deux cents hommes (1).
Le Penon était bordé par la mer à l’ouest et entouré ailleurs par les canaux qui le séparaient des îlots voisins. Le plus grand de ces îlots situé au sud et au sud-est, paraît avoir reçu quelques construc¬tions espagnoles.
La citadelle espagnole se composait de deux ouvrages qui menaçaient la ville et tenaient ses habitants en respect.
Pendant dix-neuf ans, les Espagnols occupèrent le Penon dans des conditions parfois difficiles par suite de l’incurie du gouvernement espagnol et de l’hostilité des habitants d’Alger; souvent on y manquait de vivres et de poudre et il fal¬lait faire venir des Baléares l’eau douce nécessaire à la garnison. Les Algériens, qui avaient d’abord bien accueilli les Espagnols, ne tardèrent pas à s’irriter de la présence des chrétiens ; ils refusaient de fournir des vivres aux habitants de la forteresse et les empêchaient de prendre de l’eau aux fon-taines de la ville.
En 1516, le roi Ferdinand étant mort, les gens d’Alger espèrent, à la faveur des troubles que devait créer le règlement de sa succession, se soustraire à la domina¬tion des Espagnols. Le Penon était comme une épine dans le cœur et ils appelèrent à leur secours le corsaire Aroudj qui était célèbre par ses exploits contre les chrétiens.
Aroudj s’empressa de répondre à l’appel des Algériens. Il attaqua la forteresse espagnole mais, à cause de la faiblesse de son artillerie, il ne lui causa aucun dommage notable et, au bout de vingt jours, il dut abandonner son entreprise sans avoir obtenu le moindre résultat. Au mois de mai 1529, Kheir ed Dine, qui avait remplacé son frère Aroudj comme souverain d’Alger, trouva le moment propice pour se débarrasser de la garni¬son espagnole du Penon dont l’existence était à la fois pour lui une humiliation et une gêne.
La garnison était placée sous le com¬mandement d’un vieux capitaine, Don Martin de Vargas, qui avait en vain demandé en Espagne des secours et des munitions qui ne lui parvinrent pas à temps. Kheir ed Dine envoya un officier au gouverneur le sommer de se rendre et lui offrir une capitulation honorable. Il le menaçait en même temps de passer la garnison au fil de l’épée s’il s’obstinait à vouloir se défendre.
La réponse de Vargas fut qu’il était Espagnol, que les menaces d’un petit vice-roi n’étaient point capables de lui faire trahir son devoir et qu’il serait ravi d’être attaqué pour donner des preuves de ses sentiments.
Kheir ed Dine canonna la forteresse jour et nuit; bientôt les munitions des Espagnols furent épuisées et la garnison se trouva dans l’impossibilité de répondre à l’attaque; au bout de vingt jours, une brèche était praticable et le 27 mai au point du jour, les Turcs don¬naient l’assaut. La résistance fut héroïque et l’ennemi ne put entrer dans la place qu’après un jour de lutte déses¬pérée. Tous les hommes de la garnison étaient morts ou blessés ; Don Martin de Vargas, tout ensanglanté, l’épée à la main, soutint la lutte jusqu’au bout; fina¬lement il tomba vivant aux mains des vainqueurs, ainsi que l’alcade des tours, 90 soldats et 25 femmes et enfants. Les prisonniers furent distribués comme esclaves entre les soldats et les « raïs »; Don Martin de Vargas, d’abord traité avec distinction par Kheir ed Dine, ayant refusé de renoncer à sa patrie et à sa reli¬gion, fut condamné à la bastonnade et mourut sous les coups. Parmi les femmes captives, deux furent épousées par leurs maîtres, l’une devint la belle-mère de Ramdane Pacha qui fut gouverneur d’Alger, et l’autre la belle-mère du roi de Fez et de Marrakech, Abd-el-Mélec Abou-Mérouane.

L’îlot de la Marine pendant la domination turque

Aussitôt maître du Penon, Kheir ed Dine fit démolir l’enceinte crénelée du fort et les bâtiments; il ne conserva qu’un bas¬tion servant de batterie du côté du large et une tour sur laquelle il installa un fanal. Au-dessus de la porte d’entrée de cette tour, on voit encore un écusson en pierre sur lequel apparaissent avoir été sculptées, et grattées depuis, les armes d’Espagne. Les débris de démolition furent employés à relier entre eux les petits écueils qui formaient une ligne presque droite entre l’îlot du fort et la côte; ce fut l’origine du môle qui a conservé le nom Kheir ed Dine. Ce tra¬vail fut achevé avec des pierres arra¬chées aux constructions romaines de Rusgunium (Matifou) d’une part, et prises à des carrières voisines d’autre part. En même temps, une partie des canaux qui entouraient les îlots furent comblés et l’ensemble du groupe rocheux devint une presqu’île. Ces tra¬vaux auxquels furent employés tous les esclaves chrétiens durèrent trois ans.
La date du 27 mai 1529 marque ce que le regretté colonel Rin, appelait un des tournants de l’histoire de l’Algérie; elle fut le point de départ de l’ère d’Alger. À partir de ce moment, les corsaires musulmans possédant un port sûr et bien défendu contre les Chrétiens, firent de la course une vaste entreprise poli¬tique et commerciale; ils purent impuné¬ment ravager les côtes et les îles de la Méditerranée, capturer les navires chré¬tiens jusque dans l’océan et tenir tête aux flottes les plus puissantes des nations européennes. En 1532, Kheir ed Dine avait fait construire un mur sur le terre-plein réunissant la ville à l’îlot; il était moins élevé que les fortifications et avait été établi surtout pour amortir l’assaut des vagues qui, par mauvais temps, empêchaient la circulation sur le môle et causaient des avaries aux bâtiments qui y étaient amarrés.
Les successeurs du vainqueur du Penon complétèrent son œuvre par l’exécution de travaux de défense militaire et de défense contre la mer. Hassan, successeur immédiat de Kheir ed Dine, établit sur les îles les premières batteries: ces batteries étaient simple¬ment posées sur le sol sans aucun abri qui les recouvrit.
Pour célébrer l’achèvement des fortifica¬tions du port, en 1542, un Vénitien fondit une grosse pièce d’artillerie à laquelle on donna le nom de « Baba Merzoug » (Père fortuné) et qui devint célèbre plus tard sous le nom de « la Consulaire ».
Vers 1560, Salah Raïs suréleva la jetée et construisit une chaussée maçonnée qu’il défendit au nord contre la mer par un amoncellement d’enrochements.
En 1573, le pacha Arab fit enceindre l’îlot d’un parapet. Il fit aussi construire deux tours, l’une pour recevoir un fanal indi¬quant aux navigateurs l’entrée du port, l’autre pour servir d’abri à la garde char¬gée de surveiller le port et les navires au mouillage.
Le port restait ouvert au sud; on fit défense en enrochements sur les rochers et le banc sableux qui prolongeaient les îles au sud-ouest, ce fut le grand môle.
À la fin du XVIIe siècle, des roches partant de terre et faisant face au grand môle furent réunies par des blocs de pierre et formèrent la base du môle actuel de la Santé; ces travaux furent achevés au début du XVIIIe siècle. À l’extrémité de cet ouvrage, on fixait la lourde chaîne, supportée par des bouées, qui servait à fermer le port. Le port turc avait ainsi la forme d’un croissant ouvert au sud et dont les deux cornes étaient représentées par le grand môle à l’est et le môle de la Santé à l’ouest; c’est aujourd’hui la partie du port d’Alger appelée la darse. L’îlot situé au nord de la tour du phare resta isolé jusqu’au règne d’Hussein Pacha, dernier dey d’Alger, qui fit com¬bler le canal qui le séparait du Penon. Pour la construction des grands navires, les Turcs transformèrent en chantier la plage de l’îlot sud où se trouve aujour¬d’hui la cale des torpilleurs.
L’alimentation en eau douce se faisait par un réservoir où l’on avait détourné avant 1700 les eaux d’une source située près du Fort-l’Empereur (probablement Bir-Traria). Des magasins existaient sur l’îlot au début du XVIIIe siècle; ils ser¬vaient à abriter le matériel d’armement des vaisseaux et les marchandises des prises. Les dernières constructions éle¬vées sur le môle de Kheir ed Dine du côté de la mer furent achevées au com¬mencement du XIXe siècle, ainsi qu’en témoigne une inscription turque placée contre le mur d’un local qui, après 1830, a longtemps servi de chapelle à l’Amirauté. Nous reproduisons la tra¬duction de cette inscription, et de toutes celles qui intéressent l’Amirauté, men¬tionnées ci-après telles qu’elles ont été données par le docteur Gabriel Colin, professeur d’arabe au lycée d’Alger, dans son ouvrage Corpus des inscriptions arabes et turques de l’Algérie, Paris, 1901.
Les inscriptions étant classées dans l’ou¬vrage de M. Colin d’après leur date et portant un numéro, nous rappelons pour chacune d’elles ce numéro d’ordre afin de permettre au lecteur de se référer au texte original et aux commentaires du savant traducteur.
L’inscription de l’ancienne chapelle de l’Amirauté porte le n° 136 du Corpus : « Par ordre émanant du maître et seigneur El-Hadj-Ali pacha et grâce à sa haute sollicitude, les sept magasins ont été achevés. Qu’il soit à l’abri de l’infortune de ce monde perfide et en un mot, qu’on se sou¬vienne de lui que pour le bénir. Il s’est propo¬sé pour la conservation des approvisionne¬ments de la flotte de la guerre sainte. Qu’il soit délivré à jamais dans les deux mondes de l’affliction que cause l’épouvante. Que ses ennemis malveillants en ce monde périssable soient toujours abattus. Dans les questions d’équité, sa parole, son zèle et ses efforts tien¬nent toujours le premier rang. Que la pensée de celui qui est la justice même soit réjouie par les délices du Paradis. Puisse-t-il être agréé par la vérité et obtenir un rang élevé. Année 1229 ». L’année 1229 de l’hégire correspond aux années 1813 et 1814 du calendrier grégorien.
Ces magasins ont conservé en partie leur destination primitive et ont été transfor¬més en partie pour les marins de la Défense mobile.
Le pavillon de l’Amiral(2) n’a été terminé que sous le règne d’Hussein Pacha, der¬nier dey d’Alger. Une inscription turque placée au-dessus de la voûte ouvrant sur la rampe qui suit la jetée Kheir ed Dine relate la construction de cet édifice. Elle porte le n° 160 du Corpus : « Le gouver¬neur sultan d’Alger a fait cette construction, Hussein Pacha, mine de miséricorde, a donné ses soins à cet édifice. Dieu désire sans cesse la guerre sainte de ses intentions pures comme la perle. Que la vérité rende son éten¬dard toujours victorieux. Il a donné à ce bâti¬ment des bases quadrangulaires avec des arceaux reliés les uns aux autres. Désirant qu’elle reste comme un monument, cet homme généreux a établi cette construction dont les fenêtres sont opposées à la mer, dont le dôme s’élève au faîte du ciel; c’est la demeure des amiraux, champions de la guer¬re sainte et conquérante. Un modèle nouveau ayant été créé, on a édifié ce pavillon que la langue ne saurait décrire et dont le plan est une œuvre d’art au-dessus de toutes les louanges. Énonce sa date: de quelle belle chose Dieu a voulu la vérité, rendu son achè¬vement. Année 1242 ». L’année 1242 de l’hégire correspond aux années 1826 et 1827 du calendrier grégorien.

État des fortifications du port d’Alger en 1830

Au moment de la prise d’Alger par les Français en 1830, l’îlot de l’Amirauté était défendu du côté de la mer par une ligne de batterie continue depuis son extrémité nord jusqu’à la pointe du grand môle au sud. Les batteries étaient superposées sur deux ou trois étages, la Consulaire était isolée entre deux batte¬ries, à l’angle du grand môle et de l’îlot sud.
La tour du phare, appelée par les indi¬gènes Bordj-el-Fénard comptait quatre étages, et un total de soixante et une embrasures, mais son armement ordi¬naire n’était que de cinquante-cinq pièces, dont une quarantaine de plus gros calibre. Cette tour renferme une citerne d’une capacité de 750 tonnes au-dessus de laquelle est une vaste salle voûtée qui était le quartier général des canonniers turcs et le lieu de leurs réunions.
Les fortifications de l’îlot de la marine vues du large avec leur haute muraille baignée par la mer, crénelée au sommet, et les gueules des nombreuses pièces d’artillerie apparaissant aux embrasures, présentaient un aspect formidable.

Forts des parties du nord et de l’est

À l’extrémité nord de l’îlot s’élevait la batterie appelée Bordj Ras Amar-el-Kédime (fort du cap d’Amar l’ancien) qui avait vingt-cinq canons de 18, sept mortiers de gros calibres et vingt-huit embrasures, plus une rangée de mortiers vers la pleine mer.
Il y avait en outre vingt-cinq embrasures armées de vingt-cinq grosses pièces. Au sud de ce fort, un parapet de quaran¬te-deux mètres abritait une triple rangée de mortiers dont le total s’élevait à dix-huit; cette batterie de mortiers occupait une partie de l’emplacement des voûtes dont l’une conduit aux bains de l’amiral. Cette partie des fortifications resta iso¬lée, formant une île jusqu’au jour où Hussein Pacha, comme il a été dit plus haut, y fit établir une batterie qui reliait les mortiers de Ras Amar-el-Kédime à la tour du phare et prit le nom de bordj Ras Amar-el-Khédidj (fort du cap Amar le neuf). Elle avait trente-quatre pièces sur deux étages, l’intérieur casemate. Du nord au sud, la défense se continuait par le Bordj el-Djédid (fort neuf) qui aurait eu dix-huit embrasures supé¬rieures et neuf basses, au total vingt et une pièces. Il avait été construit sous Mohamed ben Osmane Pacha, au XVIIIe siècle.
Une inscription turque, aujourd’hui conservée à l’arsenal de l’artillerie à Mustapha, qui était autrefois placée au-dessus de l’entrée du fort, fait mention de sa construction. Elle porte le n° 96 du Corpus : « A la louange de Celui dans l’Empire de qui rien ne survient qu’il n’ait voulu et prédestiné, la construction du fort a été achevée selon les ordres et dispositions de Mohamed Pacha, que sa pieuse mémoire dure autant que le Soleil et la Lune tourneront devant leur zodiaque. Les fondations en ont été bien cimentées et le bâtiment crépi rendu agréable à Dieu et solide. Au bonheur, en rai¬son de son utilité générale, il l’a institué comme un monument. Que la miséricorde de la vérité mette en évidence un zèle digne d’éloges et uni œuvre méritoire; que le Seigneur de bonne nouvelle intercède en sa faveur au jour du jugement dernier. Que sa boisson soit du vin scellé et son eau l’onde de Kawter. Son défenseur, son protecteur dit: c’est le Dieu très grand. Que ses ennemis irréligieux semblables à la poussière de la terre soient vaincus et anéantis puisque, grâce à sa libéralité ont été installés des canons qui ne mangent pas du miel. Dis: Dieu garde la date du fort illustre. Année 1187 ». L’année 1187 de l’hégire correspond aux années 1773-1774 du calendrier grégo¬rien.
Faisant suite à ce fort, Hussein Pacha fit construire la batterie mâbine (du milieu) qui fut spécialement affectée aux saluts à rendre aux navires étrangers au com¬mencement du XVIXe siècle. Il existe deux inscriptions turques rela¬tives à cette batterie. L’une se trouve sur un pilier placé dans la voûte conduisant aux bains de l’ami¬ral, sans que l’on puisse expliquer sa présence en ce lieu assez éloigné de la batterie et séparé d’elle par le fort Djedid.
Cette inscription porte le n° 155 du Corpus : « Je me mets auprès de Dieu à l’abri de Satan le lapidé. Au nom de Dieu le Clément, le Miséricordieux, en lui est l’assis¬tance. Dans la voie de Dieu en vue de la guerre sainte, il a inauguré une construction dans la partie médiale; il a donné une muraille, la mâbine redoutable comme un lion. Que Dieu bénisse son constructeur, les stratagèmes qu’il projette préparant la pros¬périté; que la vérité fasse triompher son dra¬peau, il a tiré vengeance des infidèles. Nous demandons à Dieu la protection qui fait la force de l’Islam, la victoire reste au faible qui marche à la guerre sainte avec la miséricorde de Dieu. Ô mon maître, pardonne aussi pour cela à un humble serviteur. Dieu enclin à l’assistance est entré dans la meilleure partie de sa date. Ô mon Dieu le meilleur des pro¬tecteurs fais-nous triompher de la troupe des infidèles. Et Dieu t’apportera une aide puis¬sante. Ce que Dieu a voulu arrive. En l’an¬née 1239 ».
Cette inscription ne mentionne pas le nom d’Hussein, mais cette lacune est comblée par la seconde inscription qui complète la première et se trouve placée au-dessus de la porte d’entrée d’un magasin faisant face à la cale des tor¬pilleurs et d’où part un conduit souter¬rain; on arrivait à la batterie Mâbine. La seconde inscription porte le n° 157 du Corpus: Elle se compose de deux parties, l’une formant marge autour de l’autre formant corps :
En marge: « Quelle belle chose Dieu a voulu. Le Bordj Mâbine a pris un bel aspect.
Ô Clément, Ô Miséricordieux, je me mets auprès de Dieu qui entend tout et qui sait tout, à l’abri de Satan le maudit, le lapidé; c’est en Dieu qu’est l’assistance, c’est lui qui est le meilleur protecteur. Au nom de Dieu le Clément, le Miséricordieux. Il n’y a pas de victoire que grâce à Dieu le Puissant, le Sage, et Dieu t’apportera une aide puissante. En l’année 1239 ».
En corps : « En un jour béni, son construc¬teur a posé ses fondements. Grâces soient rendues, le maître a produit l’achèvement de sa prospérité. Après avoir appliqué ses efforts à le terminer, Hussein Pacha a prononcé avec joie son nom: Bordj Mâbine. Ce vizir, mine de générosité en manifestant sa bienveillante bonté, a augmenté les appuis du peuple musulman. (Le fort), tel un dragon à sept têtes répand le feu de tous côtés. (Le Pacha) a garni ses murailles de canons qui ne man¬gent pas du miel. Il veut le salut, c’est chose faite. Quant à ses ennemis irréligieux, qu’ils augmentent l’abondance de leurs lamenta¬tions et de leurs cris de détresse. Ô mon Dieu, fais cette grâce que la dignité d’Hussein Pacha s’accroisse et que, sous peu, il prenne de force à ses ennemis, ce qu’il dési¬re ». L’an 1239 de l’hégire correspond aux années 1823 et 1824 du calendrier grégorien.
Cette batterie dominait en arrière le Bordj Es-Sârdin lui formant un troisième étage de feux à dix-huit embrasures: quatre au nord, treize à l’est et une au sud-est. En dedans, du côté de la ville, se trouvait le quai nord-sud, formant un des côtés du port où avait été établi le chantier de construction de navires. La ligne de défense se continuait par le Bordj Es-Sârdin construit au XVIIe siècle, qui avait trente-deux pièces sur deux étages dont l’intérieur était casemate. L’entrée du port était un peu en avant de la voûte sud.
Une inscription turque qui surmontait la porte d’entrée du fort a été placée et fixée sur le mur d’un magasin de l’ar¬tillerie situé à l’est de la tour du phare. Elle porte le n° 38 du Corpus et com¬prend deux parties, l’une relative à la construction du fort, l’autre concernant sa restauration un siècle plus tard : N° 1 : « Ô sultan Mohamed Kane Razi/, par ta haute justice, une batterie importante a été ajoutée à la fortification d’Alger. Celui qui a continué sa construction est Ahmed Pacha. L’armée victorieuse l’a entreprise avec zèle et courage. Elle a été heureusement achevée. Jurmy a prononcé pour elle une date. Frappe des coups qui atteignent leur but. Bravo belle batterie. Par les soins de l’humble Ibrahim ben Moussa l’an mille septante-sept. 1077 ». N° 2: « Celui qui a restauré cette batterie pour dompter l’ennemi est le victorieux Mohamed Pacha ben Osmane, l’homme heu¬reux et brave. Elle sera devant l’ennemi un bâtiment solide comme la barrière d’Alexandrie. Que le Dieu Créateur lui donne une large récompense. De Dieu, on lui donne une date: son feu fait périr le mécréant comme les flammes ardentes. An mil cent nonante, année de la restauration. 1190 ». Les années 1077 et 1190 de l’hégire cor¬respondent respectivement aux années 1666-1667 et 1776-1777 de l’ère grégo¬rienne.

La table de marbre sur laquelle est gra¬vée cette inscription présente de chaque côté, sculptée en relief, une mosquée à minarets et deux ifs; chacun de ces arbres porte à son sommet un oiseau fai¬sant face à celui de l’arbre opposé. Il faut voir dans cette représentation l’oiseau que le mythe persan désigne sous le nom de chêbavis et qui, perché sur un arbre, est censé répéter continuelle¬ment: « Yahacq, Yahacq… (Ô Vérité, ô Vérité…) ». C’est un indice du mysticis¬me des derviches dans l’Odjaque d’Alger.
Au-dessus de l’inscription on voit égale¬ment en relief deux poissons se faisant face et deux navires à voiles. Enfin, dominant le tout, un lion, également sculpté en relief, tient une sphère entre ses pattes antérieures. C’est à cause de la présence des poissons au-dessus de l’inscription que l’on donna au fort le nom de Fort des Sardines.

La Consulaire
La voûte située au coude formé par la jetée qui se dirige vers la ville au sud-ouest, abritait dans une embrasure ouverte vers l’est, l’énorme canon appelé « Baba Merzoug » ou la Consulaire. Au-dessus de cette voûte, une batterie sans nom reliait le Bordj Es-Sardine au Bord] El-Gouème; elle avait sept embrasures.
Cette voûte n’est pas très ancienne et pendant longtemps, la Consulaire resta à découvert sur un emplacement vide entre les forts Es-Sardine et El-Gouème.
La Consulaire a été ainsi dénommée à la suite du supplice infligé au père Levacher, consul de France, en 1683. Ce religieux fut attaché à la bouche du canon et ses membres mutilés par la décharge de la pièce, vinrent tomber près des vaisseaux français qui bom¬bardaient la ville.
Cette grosse pièce d’artillerie, actuelle¬ment élevée sur un socle dans l’arsenal de la Marine à Brest où elle fut trans¬portée après la prise d’Alger, mesurait vingt pieds cinq pouces et six lignes de longueur, soit 6,25 m; sa portée était de 2500 toises, soit 4872 m. Elle était pointée vers l’est et servie par les meilleurs artilleurs de la Régence. C’était pour l’époque, une pièce formi¬dable et un des meilleurs éléments de la défense du port. L’histoire du père Levacher et de sa fin tragique, épisode barbare de la lutte séculaire soutenue par les corsaires d’Alger contre la chrétienté, mérite à tous égards de retenir l’attention car s’il est une mani¬festation de la cruauté des Barbaresques, il fut aussi la consé¬quence de l’entêtement et de la mal¬adresse du lieutenant-général des armées navales Duquesne. Le père Levacher était un vieux missionnaire, vicaire apostolique habitant le pays depuis plus de vingt-cinq ans. Il avait été chargé du consulat de France en 1675, bien qu’il eût allégué son grand âge et de nombreuses infirmités, pour décliner ces fonctions dont l’exercice lui était rendu difficile par le mauvais état de sa santé, il avait été maintenu dans sa charge. La vénération qu’il inspirait aux Turcs par sa haute vertu, sa profonde connaissance du pays et de la langue le met¬taient en mesure de soutenir au mieux les intérêts qui lui étaient confiés. Il faisait tous ses efforts pour main¬tenir la paix entre la France et la Régence, mais ses conseils ne furent pas écoutés à la cour de France et une expédition contre Alger fut décidée. À la fin d’août 1682, Duquesne avait com¬mencé à bombarder la ville d’Alger où le feu des galiotes avait causé de grands dégâts.

Le 4 septembre, le père Levacher fut envoyé en parlementaire demander la paix à l’amiral; Duquesne refusa de répondre au consul, déclarant qu’il ne voulait traiter qu’avec les délégués du Divan et continua le feu jusqu’au 12. À cette date, la mer devenant mauvaise, Duquesne partit avec ses galiotes lais¬sant une partie de la flotte croiser devant Alger pendant l’hiver. Il revint en juin 1683 et commença de nouveau à bombarder la ville le 26 de ce mois. Le 28, le dey envoya à bord du bâti¬ment amiral, le « Saint-Esprit », un par¬lementaire accompagné du père Levacher. L’amiral se montra cruel pour le consul qui méritait plus d’égards tant par son âge que par sa fonction. Après l’avoir traité dure¬ment, il termina par ces mots: « Vous êtes plus turc que chrétien » – « Je suis prêtre », répondit simplement le vieillard.

L’amiral réclama d’abord la mise en liberté de tous les captifs français. Cette condition fut exécutée rapidement. Duquesne demanda alors aux envoyés du dey, un million et demi de livres à titre d’indemnités. Le dey sollicita un délai de quelques jours pour réunir cette somme; entre-temps, il envoya des otages parmi les¬quels se trouvait Mezzo Morto, dit Hadj Hussein, renégat génois, chef des raïs. Les exigences de Duquesne avaient profondément ému la ville, et deux partis s’étaient formés, l’un qui voulait la paix, l’autre qui réclamait la guerre; ce dernier était appuyé par la Taïffe des raïs. Mezzo Morto supplia Duquesne de le débarquer, disant qu’il en ferait plus en une heure que Baba Hassem, le dey, en quinze jours. L’amiral le crut et le laissa descendre à terre. Aussitôt Mezzo Morto s’entoura des raïs, mar-cha à leur tête sur la Jénina, fit massa¬crer le dey, arbora le drapeau rouge et ouvrit le feu de toutes les batteries sur l’escadre française. Il fit dire à Duquesne que s’il envoyait encore des bombes sur la ville, des chrétiens seraient mis à la bouche des canons. Cela se passait le 22 juillet. Le bombardement reprit et la menace du dey fut exécutée. C’était le 29 juillet.
Au plus fort du feu, une bande de for¬cenés se dirigea sur le consulat de France, saccagea la maison et s’empa¬ra de la personne du consul en pous¬sant des cris de mort; comme le père Levacher ne pouvait pas marcher, on l’emporta assis sur une chaise et on le dirigea vers le môle. Là, il fut attaché à la bouche de la grosse pièce dite « Baba Merzoug », et les débris pantelants de la malheureuse victime furent avec la mitraille lancés sur les vaisseaux de Duquesne; vingt résidents français partagèrent le sort du consul. En juillet 1686, lors du bombardement d’Alger par l’escadre du maréchal d’Estrées, le successeur du père Levacher, M. Piolle, fut conduit au môle pour y subir le même supplice, mais il avait été si cruellement frappé le long de la route, qu’il expira avant d’arriver à la batterie; quarante-deux Français furent successivement atta¬chés au canon. Le maréchal riposta en faisant pendre autant de Turcs qu’il y avait eu de victimes mises au canon.
Rappelons qu’à cette époque, la voûte n’existait pas et que, la Consulaire étant à découvert, on pouvait ( très distinctement des vaisseaux français, voir tous les détails de ces scènes barbares. Il n’est que juste d’accorder notre pitié aux innocentes victimes de ces conflits sanglants et d’honorer la mémoire des hommes courageux qui ont supporté d’aussi horribles tortures pour demeurer fidèles à leur patrie et à leur foi. On souhaiterait voir ici un monument commémoratif pour signaler à la pos¬térité le nom et le martyre du père Levacher et de ses compagnons d’in¬fortune.

La chambre sanglante

C’est dans cette partie de l’Amirauté que se trouve le local désigné dans ces derniers temps sous le nom de « chambre sanglante »; c’est une pièce obscure, voûtée, ouvrant par une fenêtre grillagée et une porte pleine sur un escalier enfoui dans la maçon¬nerie et qui aboutit sous la voûte du coude.
À l’époque de sa construction, cet escalier était à découvert et la chambre recevait l’air et la lumière directement de l’extérieur. Il s’est formé, au sujet de ce local, une légende que nous ne devons pas laisser s’accréditer. Dans le numéro de la Revue Nord-Africaine, portant la date du 18 mars 1906, M. Fritz Mûller a donné une des¬cription impressionnante de la chambre sanglante de l’Amirauté, accompagnée d’un croquis de cette salle. Cet artiste signale de nom¬breuses empreintes de mains et d’avant-bras appliquées sur le mur et sur le pilier central supportant les voûtes de la chambre et il considère ces taches comme faites de sang humain. Pour lui, cette chambre san¬glante est la salle des exécutions capi¬tales ordonnées par les raïs et par le Bacbachi chargés d’administrer les bagnes de la marine.
En réalité, l’opinion de M. Mùller n’est pas fondée et son affirmation qu’il s’agit de sang humain est controuvée par l’observation. En 1905, nous avons procédé à l’examen méthodique de la matière consistante de ces taches et nous avons pu nous rendre compte tout d’abord qu’il ne s’agissait point de sang d’homme ni d’animal. Nous avons pu ensuite caractériser nette¬ment la nature de cette substance qui se rattache aux hydrocarbures de la série aromatique et nous avons conclu qu’il s’agissait tout simplement de goudron.
Il convient donc d’attribuer l’origine de ces empreintes, d’ailleurs de date récente et postérieure à 1830, aux marins maures employés à la direction du port et chargés des travaux de gou¬dronnage des ancres et chaînes des bâtiments et des corps-morts de la marine. Ces indigènes, soit pour se débarrasser de l’excès de matières qui les gênait au cours de leur travail, soit suivant une superstition pour conjurer le mauvais sort ou s’attirer la protec¬tion divine, ont frotté ou appliqué leurs mains enduites de goudron liquide sur les murs de la salle qui leur servait de dépôt ou de remise et laissé ainsi des traces persistantes de leur présence. Du reste, aucun document, aucune tradition ne mentionne un événement tragique en ce lieu.
Les anciens maîtres d’Alger ont à répondre devant l’histoire d’un assez grand nombre d’actes de cruauté d’une authenticité bien établie et il est vraiment inutile de charger encore leur mémoire, d’atrocités nouvelles et imaginaires.

Forts du Sud – fin de la description des fortifications

Sur la jetée sud-ouest, faisant suite à la voûte du coude, se trouve le Bordj El-Gouème (fort des câbles), ainsi nommé parce que la corderie de la marine était établie au rez-de-chaus¬sée; il y avait dix-sept embrasures hautes et treize basses, au total trente-deux bouches à feu. Il a été achevé au début du XIXe siècle. Une inscription turque se trouve aujourd’hui au musée d’Alger et qui figurait autrefois au-dessus de l’entrée du fort, mention¬ne ces travaux. Elle porte le n° 141 du Corpus: « Bien qu’elle fût devenue fort ancienne, la vigie était indispensable. Dieu soit loué. Elle est maintenant achevée et a reçu une organisation. À l’origine, la vigie n’avait que deux canons, c’était peu. À présent, elle est devenue un fort à six canons, c’est la sécurité. Son constructeur est Omar Pacha, compatriote de celui qui fit la conquête. Puisse-t-elle durer tant que dureront les mondes jusqu’au jour de la résurrection. Ô hommes de garde, obser¬vez bien qui aborde ce rivage. Artilleurs qui êtes du nombre, donnez vos soins aux canons. Ali, si le moment est venu, dis: « C’est en toi qu’est sa date ». Elle a été achevée en l’an mil deux cent trente et un. 1231 ». L’an 1231 de l’hégire correspond aux années 1815 et 1816 du calendrier gré¬gorien.
Il résulte de cette inscription que Bordj El-Gouème, dont la construction est bien antérieure à cette époque, avait englobé l’ancienne vigie construite par Arab Ahmed en 1573. C’était une petite tour signalée par Hédo vers 1580 comme peu importan¬te et ne contenant pas d’artillerie. Le père Dan, en 1634, décrit également une petite tour où l’on faisait la garde à l’entrée du port; il ne dit pas qu’elle fut armée de canons. À la suite, se trouvait le Bordj El-Hadj-Ali, du nom de son dernier restaurateur et plus connu sous le nom de Bordj El-Moul (fort de l’extrémité du môle), à cause de sa situation. Il avait dix-neuf embrasures à deux étages, l’inférieur casemate. Construit au commence¬ment du XVIe siècle, il a été restauré et remanié à diverses époques. Plusieurs inscriptions arabes mentionnent ces travaux. L’une portée sur le mur exté¬rieur porte le n° 46 du Corpus: « Louange à Dieu, la construc¬tion de ce fort a été achevée par l’entrepri¬se de l’illustre maître Mohamed Arab ben Mohamed, fils du maître Ali (que Dieu pardonne ses péchés et voile son imperfec¬tion) dans le mois de rebitani de l’an 1115 ». L’an 1115 de l’hégire correspond aux années 1703 et 1704 du calendrier gré-gorien.
Ces travaux ont été terminés sous le règne du dey Hadji Mustapha. Une seconde inscription placée aussi sur le mur extérieur, porte le n° 47 du Corpus : « Louange à Dieu. La construc¬tion de ce fort de surveillance a été achevée par les soins du respectable et illustre maître Mohamed Arab, fils de Mohamed fils du maître Ali. Que Dieu pardonne ses péchés et voile son imperfection de sa grâce dans le mois de rebitani de l’an 1120. 1120 ». L’an 1120 de l’hégire correspond aux années 1708 et 1709 du calendrier gré¬gorien.
Il s’agit de travaux de modifications partielles effectuées sous le règne du dey Mohamed Bactacha. Une troisième inscription placée au-dessus de la porte d’entrée du fort, porte le n° 52 du Corpus : « Fort extraor¬dinaire qui triomphera des ennemis du maître. Le défenseur dont les flancs jette¬ront les dommages dans les entrailles de quiconque est voué à la ruine. La construc¬tion en a été achevée par sa grâce et le bon¬heur de son étoile se manifeste sous le règne du maître dont les actions sont tou¬jours louables, le seigneur Pacha Ali ben Hussein le victorieux dans le mois de cha-bane (dont les mérites sont sans cesse pro¬clamés) de l’en vingt-quatre et ajoute: « afin de voir mil et après lui cent. O mon Dieu, fais triompher l’entreprise ». 1124 ». L’an 1124 de l’hégire correspond aux années 1712 et 1713 du calendrier gré¬gorien.
Enfin, au-dessous de celle-ci, une der¬nière inscription arabe, reproduite de chaque côté de l’entrée du fort et divi¬sée en deux parties, porte le n° 53 du Corpus: « II n’y a de divinité que Dieu le Roi, la Vérité. L’évident Mohamed est le prophète de Dieu ».
Dans le vestibule à l’entrée du fort on voit encore les râteliers d’armes, où les soldats turcs plaçaient leurs fusils et des peintures décoratives qui parais¬sent l’œuvre de quelque esclave chré¬tien.
Au-dessus de la porte d’entrée de ce fort, connue sous le nom de « porte des lions » et qui se trouve au fond d’une voûte, on remarque un dessin d’allure héraldique où l’on a cru voir les armoiries d’Alger; mais il ne s’agit que de la fantaisie d’un captif chrétien car les Turcs n’ont jamais eu d’armoi¬ries. Ils n’ont adopté comme signe dis-tinctif de leur souveraineté, que le croissant devenu l’emblème de l’Islam depuis la prise de Constantinople en 1453.
Un ouvrage additionnel complétant le fort du môle, présentait deux embra¬sures casematées basses et deux embrasures supérieures; il avait été construit après l’expédition de Lord Exmouth (1816). Au total, la défense de l’îlot de la marine comprenait 295 pièces, presque toutes du plus gros calibre et dont la moitié à peu près était dans les casemates, ce qui consti¬tuait pour l’époque un armement considérable. Bien que n’ayant que trois hectares de superficie, le port si puissamment défendu a pu abriter jusqu’à quarante navires. Sa passe était fermée chaque soir par une chaî¬ne et deux bateaux veillaient au dehors.

Edifices civils

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En dehors des établissements mili¬taires, il existait à l’Amirauté une fon¬taine ornementale et deux édifices reli¬gieux, un marabout et une mosquée. La fontaine située auprès du pavillon de l’amiral existe encore; elle a été construite par Ali Pacha qui fut dey d’Alger de 1754 à 1766. Elle porte une inscription turque qui figure sous le n° 86 du Corpus : « Ali Pacha ayant examiné parfaitement ce monde périssable a songé à gagner son salut par l’emploi de ses richesses tout en élevant une construc¬tion. Il a fait couler ces fontaines qui don¬nent la vie et en même temps la pureté. Puisse-t-il être admis sans jugement au plus haut du paradis. An 1178 ». L’an 1178 de l’hégire correspond aux années 1764 et 1765 du calendrier gré¬gorien.
Au commencement du XVIIIe siècle, Laugier de Tassy signale la présence, à cet endroit, d’un édifice carré au milieu duquel se trouvait une cour entourée d’une balustrade et ornée de quatre fontaines. L’amiral et les offi¬ciers de marine y tenaient tous les jours leurs assemblées. Sur les côtés de l’édifice, un banc de pierre couvert d’une natte, c’est là que, suivant la tradition, les captifs étaient débarqués à leur arrivée. En attendant d’être conduits chez le dey et au « badestan » (marché aux esclaves), ils demeuraient exposés à la curiosité et aux injures de la foule. Cet édifice, dont on ne reconnaît pas les traces, a été remplacé par le pavillon de l’ami¬ral au commencement du XIXe siècle. Le marabout qui se trouve auprès de la voûte du coude est consacré à Sidi-Brahim El Robérini El-Bahri. Les restes de ce saint personnage auraient été inhumés en cet endroit avant la construction des batteries dans les-quelles le monument est encastré. Ce Sidi-Brahim serait le fils d’un mara¬bout célèbre qui a son tombeau à Cherchell où sa famille, les Robérini, a joué un rôle politique important au moment de l’occupation française. Sidi-Brahim serait venu à Alger par la mer, c’est pourquoi on lui a donné le surnom d’El-Bahri (le marin). Il est l’objet d’un culte particulier de la part des marins musulmans d’Alger. Chaque année, de nombreux pèlerins se rendant à Cherchell, viennent en procession avant leur départ faire une visite au tombeau de Sidi-Brahim à l’Amirauté.
Ce monument était autrefois plus considérable et empiétait sur une par¬tie de la route; il était surmonté d’une « quouba » dont un segment sub¬siste encore sous l’arceau de la voûte des remparts. Lors du remaniement des constructions, l’alignement a entraîné la mutilation du marabout qui n’en continue pas moins à recevoir la visite de nombreux fidèles, surtout de femmes mauresques. L’eau de la darse tient du voisinage du marabout des propriétés particulières, on voit à certains jours, les femmes indigènes venir en grand nombre sur la cale qui s’étend devant le marabout, s’y livrer à des ablutions rituelles et puiser de l’eau de mer pour en remplir les récipients qu’elles emportent chez elles.
Dans un acte de l’an 1104 de l’hégire (1692-1693 du calendrier grégorien), on trouve signalée une mosquée du port, exclusivement fréquentée par les gens de mer. D’après Delvoux, cette mosquée n’avait pas de minaret et aurait été située à l’est du pavillon de l’amiral. Actuellement, aucune construction existant à cet endroit paraît répondre à cette indication. D’autre part, dans les magasins dont l’entrée est surmontée d’une inscrip¬tion concernant la batterie Mâbine et par où on accède à cette batterie, on voit un escalier conduisant à un minaret qui s’élève au-dessus du magasin au nord de l’atelier des torpilleurs, bien qu’on ne trouve pas, dans la vaste salle où s’ouvre cet escalier, de trace de « mirab »; la tradition conservée par les marins indigènes y place l’ancien¬ne mosquée de la marine.
Nous devons signaler en terminant, un certain nombre d’inscriptions de provenances diverses qui se trouvent placées sur les murs de deux magasins appartenant à l’artillerie située à l’ouest et à l’est de la tour du phare sur la plate-forme du Penon. Sur le maga¬sin de l’ouest est une inscription arabe qui porte le n° 83 du Corpus: « A la gloire du défenseur du fort, a été achevée cette citadelle de la guerre sainte excellen¬te et élevée sous le règne du prince le plus fortuné, orgueil des rois éminents, Ahmed, au commencement du mois de joumada-taniya de cent et après lui huit avant les¬quels mille ans se sont écoulés depuis l’émigration du prophète, le meilleur des envoyés. 1108 ». L’année 1108 de l’hégire correspond aux années 1696 et 1697 du calendrier grégorien.
On n’a pu déterminer l’édifice d’où provient cette inscription; c’est en 1845, après l’explosion de la poudrerie de l’Amirauté, qu’elle a été placée sur le magasin qu’on voit aujourd’hui. Sur le mur du magasin de l’est se trou¬ve d’abord la belle inscription prove¬nant du fort des sardines; en outre, on y voit de nombreuses inscriptions arabes provenant des tombes de Bab¬el-Oued, des tables funéraires hébraïques et des inscriptions turques d’origine indéterminée, mentionnant l’aménagement ou la restauration des chambres de janissaires. Enfin, nous devons relater une inscrip¬tion espagnole portant la date de 1777 et qui provient probablement d’un des forts d’Oran. Elle aurait été apportée ici après la seconde prise de cette ville par les Algériens en 1792.

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Les malheurs de Aïcha Bent Alhattab


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Aux temps anciens, un bûcheron était contraint de se rendre tous les jours dans la forêt. Il coupait du bois qu’il vendait. C’est ainsi qu’il nourrissait ses enfants. Un jour, sa hache resta coincée dans le tronc sur lequel il venait de cogner. Le pauvre homme essaya de toutes ses forces de la dégager, mais rien n’y fit. En désespoir de cause, il dit à haute voix :
– Je donnerai ma fille Aïcha en mariage à celui qui m’aidera à enlever cette hache.
Soudain, comme par miracle, la hache se dégagea. Le bûcheron continua à couper le tronc quand un homme apparut et s’adressa à lui.
– Tiens, je te donne cette meule de grains. Emporte-là chez toi et chaque jour, ta femme aura de la farine pour pétrir du pain et de la semoule pour rouler le couscous. Mais personne ne doit la voir. Recommande bien à ta femme de la recouvrir et de la garder loin des yeux indiscrets, sinon elle perdrait tout pouvoir.
C’était un Djinn qui vivait là, le même qui lui fit récupérer la hache. Le bûcheron remercia et emporta le moulin qu’il donna à sa femme tout en lui recommandant :
– Attention ! Personne ne doit voir ce moulin à grains. Recouvre-le bien après chaque utilisation. Tu n’auras qu’à retirer le drap pour avoir de quoi pétrir le pain et rouler le couscous.
Elle promit. Ils vécurent de ce don et le bûcheron n’eut plus besoin d‘aller couper du bois. Les voisins l’ayant remarqué s’étonnèrent.
– Comment donc nourrit-il sa famille maintenant qu’il ne bouge plus de chez lui ?
Un jour que Aïcha, la fille du bûcheron, jouait avec ses camarades, elles l’interrogèrent :
– Comment faites-vous pour manger alors que ton père ne va plus travailler ? – Mon père ? Ah ! Mais, il a reçu d’un homme, dans la forêt, une meule à grains magique. Nous n’avons même pas besoin de moudre le grain, la meule nous donne de la farine pour le pain et de la semoule pour le couscous.
Voilà comment les voisines découvrirent la bonne fortune du bûcheron. Pleines de dépit, elles insistèrent auprès des jeunes filles : – Allez jouer avec Aïcha la fille du bûcheron et rusez pour qu’elle vous montre sa meule magique. Un jour, en l’absence du bûcheron et de sa femme, Aïcha céda et invita ses camarades à venir voir la meule. Soulevant le drap, elle dit : Regardez, la voici !
Le soir, lorsque la femme du bûcheron voulut se servir en farine, la meule resta vide. Elle en avisa son mari. La meule a perdu son pouvoir, elle ne donne plus de farine. L’homme qui avait compris ce qui s’était passé, soupira : – Dis-moi plutôt de reprendre ma hache et d’aller au travail. Dès le lendemain, sa hache à la main, il reprit le chemin de la forêt.
Soudain, l’homme lui apparut. – Mais, je t’ai donné une meule à grains. Qu’en a-tu fait ? – Elle a perdu ses pouvoirs, répondit le malheureux.
Le Djinn lui donna un nouvel objet magique et lui dit : – Ecoute, bûcheron ! Demain, il y aura un orage. La pluie, la grêle et la neige tomberont. L’orage sera si violent que personne ne pourra sortir. Moi, je me présenterai sous l’apparence d’un mendiant. Je crierai « Au nom de Dieu, l’aumône ! ». Tu demanderas alors à Aïcha ta fille de m’apporter un peu de nourriture. J’en profiterai pour l’enlever, car n’oublie pas que c’est à moi que tu l’as promise : j’ai retiré ta hache du tronc. – Je n’ai pas oublié, répondit le bûcheron. Elle est à toi. Le lendemain, le ciel s’assombrit et un violent orage éclata. Le tonnerre, le vent, la pluie, la grêle, la neige s’abattirent sur la terre. On aurait dit le déluge. Aucun être vivant ne resta dehors. Soudain, une voix s’éleva : – Au nom de Dieu ! – Chut, dit le bûcheron. Quelle est cette voix qui appelle au dehors ? Ne serait-ce pas un mendiant ? Ecoutons ! – Au nom de Dieu ! – Mais, c’est un mendiant qui crie dehors. Aïcha, ma fille, va lui apporter à manger. Elle sortit et s’approcha du mendiant qui lui dit : – Aïcha, ferme tes yeux ! Elle obéit à cet homme qui s’appelait Qatar Ben Matar (Gouttes de Pluie) et se retrouva dans un pays qu’elle ne connaissait pas.
Elle fut installée dans un merveilleux palais, sa chambre était somptueuse avec un lit entouré de voiles et de tentures qui s’écroulaient de toutes parts. Un esclave nommé Baba Ben Mansour était à son service. Il servait et débarrassait du matin jusqu’au soir. Aïcha Bent Hattab changea de vie. Elle passait son temps à se baigner au hammam, à se parer et à se prélasser. Son esclave Baba Ben Mansour courrait dans tous les sens pour satisfaire ses moindres désirs. Ainsi, la fille du bûcheron, se retrouva-t-elle dans un luxe semblable à celui d’une reine. La nuit, les tentures se relevaient et dans le noir, Qatar Ben Matar venait la retrouver. Elle n’avait pas le droit de le voir. Elle en avait fait serment. Elle vivait heureuse, mais sa famille lui manquait. Le temps passa et un jour, elle demanda à son esclave : – Oh Baba Mansour, mes parents me manquent ! Peux-tu me conduire auprès d’eux, toi qui satisfais tous mes désirs ? – Il me faut l’accord du maître, lui répondit-il. – Qatar Ben Matar accepta : – dis-lui de fermer les yeux et son vœu sera exaucé. En un clin d’œil, Aïcha se retrouva auprès des siens qui faillirent ne pas la reconnaître, tant elle était belle et somptueusement vêtue. Le bruit courut : – Aïcha Bent El Hattab est de retour ! Et quel luxe ! On la couvrait de caresses et de baisers, on admirait ses merveilleuses toilettes. Les voisines accoururent avec leurs filles. Elles l’interrogèrent : – Avec qui es-tu mariée ? Où habites-tu ? As-tu des voisins ? Réalises-tu des ouvrages ?
Aïcha finit par révéler : Depuis que je suis partie, je ne sors ni ne rentre. Je ne vois personne d’autre que mon esclave Baba Mansour. Et la nuit, j’entends une voix qui ordonne : Baba Mansour, soulève les tentures et souffle sur les chandelles ! C’est alors que les lumières s’éteignent pour que mon mari me rejoigne. Il disparaît avant le lever du jour et je ne le vois jamais. Je ne sens que sa présence auprès de moi.
Jalouses, les femmes lui donnèrent une lampe à huile et lui recommandèrent : – Cette fois, dès ton retour, essaye de voir cette chose qui se couche près de toi en allumant cette lampe. Ainsi, tu verras si c’est un Djinn ou un Ghoul. Les journées passèrent, puis un jour le ciel s’assombrit et un violent orage éclata. Le tonnerre, le vent, la pluie, la grêle, la neige s’abattirent sur la terre. On aurait dit le déluge. Aucun être vivant ne resta dehors. Quatar Ben Matar se présenta sous sa forme de mendiant et sa voix s’éleva : – Au nom de Dieu ! L’aumône ! Aïcha sortit comme la première fois pour lui porter à manger et il lui demanda de fermer les yeux. Elle obéit et se retrouva dans sa maison.
La vie reprit son cours et un jour, elle se souvint de la lampe. Elle mit une mèche dans l’huile, la prépara et attendit. La nuit venue, Qatar Ben Matar se glissa à côté d’elle. Elle patienta et lorsqu’elle l’entendit ronfler, elle se saisit de la lampe et l’alluma. .Elle regarda et vit sur son thorax sept clefs et des portes. Elle saisit une clef et ouvrit une première porte qu’elle franchit. Elle découvrit des brodeuses qui brodaient, des couturières qui cousaient. Elles confectionnaient des caftans et des robes au fil d’or. Elles ne cessaient de broder, de coudre, d’ornementer, de ranger, de plier.
Elle les interrogea. – Pour qui préparez-vous tout cela ? C’est pour toi, la’roussa Rwiya, sobri chwiya. C’est pour toi (la mariée) Aïcha Rouia, il te faut juste patienter un peu. Elle ressortit en refermant cette porte. Elle prit la deuxième clé. Et ouvrit la deuxième porte. Elle découvrit cette fois de nombreux joailliers, orfèvres et bijoutiers. Chacun ciselait, sertissait et fabriquait des bracelets, des bagues, des colliers. Elle s’exclama : – Pour qui fabriquez-vous tout cela ? – C’est pour toi, la’roussa Rwiya, sobri chwiya. C’est pour toi (la mariéée) Aïcha Rouia, il te faut juste patienter un peu. Elle s’en alla et emprunta la troisième porte. Elle se retrouva dans un autre monde où des maçons, des charpentiers, des peintres et des décorateurs construisaient des palais plus beaux les uns que les autres. Elle s’étonna encore : – Pour qui tout cela ? – – C’est pour toi, la’roussa Rwiya, sobri chwiya. C’est pour toi (la mariée) Aïcha Rouia, il te faut juste patienter un peu. Elle repartit, mais au moment où elle sortait de cette troisième porte, Qatar Ben Matar se réveilla. Il disparut sur-le-champ, ainsi que tout ce dont il l’avait entouré. Malheureuse, elle décida : – Je vais errer à la recherche de mon fiancé. De pays en pays, elle marcha tout en demandant autour d’elle : – N’auriez-vous pas vu Qatar Ben Matar ? On lui répondait : – Qatar Ben Matar devait se marier, seulement sa fiancée a rompu le serment et, curieuse, elle est allée ouvrir les portes interdites et elle l’a tué. Les Djinns l’ont précipité dans un monde qui n’est pas d’ici. Elle reprenant la route, errant.
Un jour, elle s’arrêta près d’une source. Elle se désaltéra et s’allongea pour se reposer quand elle entendit deux colombes parler. L’une dit à l’autre : – Qatar Ben Matar devait se marier, seulement sa fiancée a rompu le serment et, curieuse, elle est allée ouvrir les portes interdites et elle l’a tué. Les Djinns l’ont précipité dans un monde qui n’est pas d’ici. Il est enterré dans ce pays qui est là-bas. Mais si sa fiancée le recherche, elle pourrait le ressusciter. Il lui faudrait trouver sa tombe pour l’éventer jour et nuit pendant quarante jours. Il ne faudrait pas qu’elle se laisse emporter par le sommeil. Il ressuscitera alors et épousera celle qu’il verra en ouvrant les yeux.
Aïcha entendit la conversation des colombes et prit la direction indiquée. A force de chercher et grâce aux indications des colombes, elle finit par découvrir le pays. Elle trouva la tombe, s’installa à sa tête et se mit à éventer. Elle éventa, éventa sans relâche, en luttant contre le sommeil qui grandissait. Au quarantième jour, la tombe bougea. C’est à cet instant précis que le sommeil triompha et elle sombra. Qatar Ben Matar se réveilla, se releva et regardant autour de lui, trouva une négresse qui venait d’arriver. Il l’emmena avec lui et l’épousa.
Lorsque Aïcha se réveilla, elle se retrouva seule comme par le passé. Elle se remit à pleurer, à errer et chercher en interrogeant les gens autour d’elle. Elle finit par trouver le palais de Qatar Ben Matar avec sa femme. Elle se fit engager comme bergère. La négresse, heureuse, ne manquait de rien avec un mari comme Qatar Ben Matar, jusqu’au jour où on rapporta à ce dernier :
Une femme d’une grande beauté est là. Elle garde le troupeau de chamelles et elle est arrivée en te cherchant. Il alla lui rendre visite et l’interrogea : – Dis-moi, femme, que cherches-tu ? – Sidi ! Monseigneur ! Permets-moi de tout te raconter. Elle lui raconta tout depuis le commencement : comment elle avait ouvert les portes, comment elle avait entendu la conversation des colombes, comment le sommeil l’a saisie au quarantième jour et tout le reste. – Oui, c’est bien moi, dit-il. Et il appela la négresse : – Dis, c’est toi qui a éventé ma tombe pendant quarante jours ? – Non, révéla la négresse. Moi, je venais juste d’arriver quand tu as ressuscité. Cette femme était endormie près de la tombe avec un éventail à la main. Mais, tu m’as regardée et demandée en mariage et je n’ai fait que t’obéir sans bien comprendre, ô Monseigneur.
Qatar Ben Matar recouvra la mémoire et épousa Aïcha Bent El Hattab. Pour ses noces, elle reçut tout ce qu’elle avait vu se préparer en ouvrant les portes. Des merveilles et des merveilles.
Par Zohra

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