La diva Z’hor Fergani, le «rossignol de l’Est».


La diva Z’hor Fergani, le «rossignol de l’Est».

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«Si la musique nous est si chère, c’est qu’elle est la parole la plus profonde de l’âme, le cri harmonieux de sa joie et de sa douleur.»
Romain Rolland

Elle est née comme seules savent naître les étoiles. Elle ne pouvait que briller, durant toute son existence, dès lors que la musique, dans sa famille, loin d’être du dilettantisme, est source de vie. Peut-on alors échapper à un destin tout tracé ?

Nous parlons de la diva Fatima-Zohra Reggani, dite El Hadja Z’hor Fergani, née le 16 février 1915 à Constantine. Très tôt, sa mère, Akila Stambouli, elle-même mélomane, lui donne le goût du chant à la mode constantinoise, comme el medh, zadjel, mahdjouz, et de fait lui lègue tout son répertoire traditionnel, qui sera plus tard complété par son père, El Hadj Hamou.

«Les Fergani ont tous un tempérament artistique, la nouba coule dans leurs veines depuis toujours, ils organisent des concerts chez eux, pour le plaisir, et animent eux-mêmes leurs fêtes familiales», relève Slimane Gasmi, gendre de la diva.

Et c’est justement lors d’une cérémonie familiale, en 1945, que s’amorce la carrière de la «cantatrice du malouf», dans les genres du mahdjouz et du zadjel, puisés dans les racines andalouses de la cité millénaire.

Fonceuse, pleine d’énergie créatrice, elle fonde le premier orchestre féminin, les Benoutet, avec instruments et bendir et, en parallèle, la troupe des premières F’kiret avec bendir et voix uniquement.

Avoir Z’hor et sa troupe pour célébrer une noce, une circoncision ou tout autre heureux événement était un immense privilège, un insigne sujet d’orgueil, rapportent d’authentiques citadines qui admiraient l’élégance, le raffinement et le charme légendaire de l’artiste.

Les F’kiret, elles, interprétaient des chants mystiques et rythmés à la gloire du Prophète, mettant en transe les adeptes de la nechra, «les porteuses de roses», comme on les nommait. Elles organisaient des processions votives au mausolée d’un autre saint patron de la ville, Sidi M’hamed Loghrab, s’adonnant au rituel de la purification par la danse et les invocations des saints.

Jugée hérétique par les bien-pensants et les tenants du discours religieux, cette tradition, qui faisait partie intégrante du patrimoine culturel constantinois, sera tout simplement bannie à partir des années 1990.

La diva prend son essor

Comme tous les membres de sa famille, dont son illustre frère, El Hadj Mohamed-Tahar Fergani, Z’hor jouait de plusieurs instruments, surtout du violon qu’elle maîtrisait sans avoir jamais appris à lire et à écrire, et moins encore le solfège.

Grâce à son amie de toujours, la moudjahida Fatima-Zohra Saâdaoui dite El Hadja Tata, sa notoriété dépasse très vite le cadre local. «Je l’ai sollicitée, raconte cette dernière, pour divertir les enfants de chouhada, dans les centres. Elle a hésité, surtout qu’elle ne s’était jamais encore produite devant une assemblée mixte.»

Elle craignait surtout d’offenser son frère, Abdelkrim, qui était très conservateur, d’autant qu’elle était deux fois veuve. «J’ai obtenu de son frère Abdelkrim qu’elle sorte du carcan familial et des fêtes exclusivement féminines, et c’est ainsi qu’elle a animé des concerts au profit des enfants de chouhada en 1964 et au théâtre municipal de Sétif, pour ensuite se produire à Alger, devant un grand public, à titre officiel», témoigne-t-elle. Et par bonheur, le frère et tuteur ne fit pas d’objection.

L’Algérie entière reconnut en elle l’ambassadrice incontestée du malouf. «Les œuvres de bienfaisance nous avaient beaucoup rapprochées Z’hor et moi, nous étions inséparables, je lui faisais apprendre par cœur des chansons, et il faut dire qu’elle avait une mémoire prodigieuse, j’ai mis très longtemps à faire le deuil de sa disparition…», poursuit El Hadja Tata.

Très bonne parolière par ailleurs (maniant le chiîr el malhoun ou poésie populaire, en vernaculaire), cette dernière écrira pour la cantatrice plusieurs textes de chansons, avant de l’aider, en 1972, à enregistrer à Paris, chez Pathé Marconi, 6 microsillons 45 tours de ses chants Sidi Abderrahmane, Sidi M’hamed, Sidi Rached, Khelouni, Kemla oua touila, etc.

Son gendre, qui lui voue une admiration sans bornes, nous livre encore quelques faits saillants de son parcours, comme sa participation au Festival national du folklore en 1966, au 1er Festival de la musique andalouse en 1967, à la Semaine culturelle de Constantine…

«Elle était infatigable, se souvient-il, elle sillonnait le territoire national et était partout accueillie comme une reine. Elle fut incontestablement la pionnière dans l’interprétation en public du mahdjouz, du zadjel, du medh et du hawzi. Pour ses galas, elle était toujours accompagnée de grands maîtres de l’école constantinoise, à l’instar de Cheikh Hassouna, Benrachi, Darsouni, Benelbedjaoui, ses frères Mohamed-Tahar et Zouaoui, ses neveux Salim et Abdelhamid Fergani, Saïd Krach et son fils Dahmane.»

L’art au service du peuple

Aimant les voyages, elle se rend au Liban où elle fait la connaissance du grand Halim Erroumi (père de la diva Majda Erroumi). Elle effectue le pèlerinage aux Lieux Saints en compagnie de son frère Mohamed-Tahar, avec qui elle poussera, en 1967, jusqu’à Jérusalem.

Cette grande dame prodiguait son art tous azimuts. Généreuse, pieuse et dévouée jusqu’au sacrifice, selon les témoignages de tous ceux qui l’ont côtoyée, il lui arrivait d’animer gracieusement les fêtes pour les démunis, se rappelle-t-on.

C’est justement cet altruisme exacerbé qu’évoquera, de l’émotion plein la voix, son neveu Salim qui, très jeune alors, l’accompagna avec son luth dans plusieurs galas. «Sa maison, se rappelle-t-il, était ouverte à tous ceux qu’elle aimait, elle donnait tout ce qu’elle possédait, même durant les moments difficiles où elle ne gagnait presque plus rien.»

Elle était connue pour cultiver ses amitiés comme des fleurs, c’est-à-dire qu’elle en prenait grand soin. Elle comptait aussi parmi ses amis beaucoup d’artistes tels Fadila Dziria, Tetma, Mme Ababsa, Seloua, Guerrouabi, Lamari, Hassen El Annabi, Sadek Bedjaoui, El Hadj Mohamed Ghafour…

«Nulle autre femme ne portait la m’leya constantinoise comme elle ; son élégance était légendaire, avec ses gandouras traditionnelles, rutilantes, et celle, particulière, en velours de Gênes brodée de fil d’or appelée ‘djebba Fergani’», révèle encore son gendre, Slimane Gasmi, qui collecte avec amour tous les documents concernant cette belle-mère atypique.

La diva quitte la vie terrestre le 5 août 1982, dans une ambiance des plus joyeuses, comme elle y était venue. Elle est terrassée par une crise cardiaque alors qu’elle anime une fête familiale.

Sa voix, un puissant mezzo soprano, aura fait vibrer le Vieux Rocher quarante ans durant, sans interruption. La relève pour les Benoutet, nous informe Mme Aïcha Gasmi, la fille de Z’hor Fergani, sera assurée (sans instruments) par El Hadja Zouleïkha, la sœur de cette dernière et jumelle de Mohamed-Tahar, qui s’est éteinte à son tour il y deux ans, durant le Ramadhan.

Sa fille Fatiha et sa nièce Fella, la fille de son frère Abdelkrim, ont, semble-t-il, repris le flambeau, mais il faut avouer, de l’avis de beaucoup d’admirateurs de la diva, que les Benoutet ne sont plus ce qu’elles étaient…

Farida Hamadou EL WATAN le 31.07.12

La musique Folklorique.Le Bendir.


Le Bendir (Tambourin) .

C’est l’un des instruments rythmiques les plus en vogue dans la région.

Matière de fabrication : Le Bendir est fabriqué avec du bois en forme de disque. Son diamètre est de 40 cm et est couvert avec la peau de chèvre. On pose sur lui un fil en caoutchouc ou en perles tout au long du diamètre pour agrémenter le son de la mélodie.
La manière d’utilisation : Pour l’utiliser, on se sert de la main.
Il est utilisé lors des fêtes et cérémonies religieuses dans les Zaouïas, éloges et invitations organisés en hommage aux Saints. Il est également utilisé par les troupes folkloriques à l’occasion d’activités culturelles par des personnes des deux sexes (hommes et femmes).
La Gasba : C’est un instrument à vent. Elle est fabriquée à partir de roseaux avec des longueurs différentes et un nombre de trous variable et ce en vue de diversifier les sons.

La musique folklorique « El Ghnaoui »


La musique folklorique « El Ghnaoui »

Elle utilise des instruments de musique traditionnels comme « el goumbri » qui est fabrique de la peau de chèvre » qui produit un son musical aigu correspondant a la vibration du « karkabou » qui est fabrique de fer ainsi que le tambour.

La caractéristique de cette musique est qu’elle a une extension historique qui remonte à l’époque de l’esclavagisme du temps ou les esclaves avaient les pieds lies par les chaînes en fer et lors de leurs déplacements, ces chaînes provoquaient des sons qui sont exprimes par la musique « Guenaoui » à l’aide du « Karkabou » et c’est le même son et le même rythme que lorsqu’ils marchaient en plus du « Goumbri »qui provoque un plaisir supplémentaire pour les adeptes de ce genre musical accompagne de la danse masculine et parfois suivie de celle des femmes.
Cette musique est représentée par la troupe de Sidi Bellal .

Une voix docile…nommée Dali !


Tout comme Cheikh Rédouane, Tlemcen a vu naître en cette année de 1914, un autre « monstre sacré » : Abdelkrim Dali, devenu plus tard, l’un des monuments de la ville de Tlemcen, un géant de la musique andalouse algérienne, une référence à part entière pour les écoles d’Alger et Tlemcen…Pourtant, Dali ne serait jamais devenu ce qu’il est, s’il était resté à Tlemcen…

Né à Derb Hlawa, en plein quartier de Bab El Djiad, Abdelkrim Dali était issu d’une famille de mélomane, et fils de « halwadji » (son père était pâtissier).
Il fait un passage obligatoire à Djamaâ Echorfa (Rue Khaldoun), où était pour lui l’occasion de s’acquérir des valeurs religieuses…
Il doit son principal enseignement musical à Cheikh Omar Bakhchi, devenu son complice, et plus tard, son gendre, quand ce dernier le maria à sa fille adoptive (El Hadja Baya, sa nièce en réalité). Mais avant Cheikh Omar, le jeune Abdelkrim eut l’honneur de côtoyer artistiquement d’autres maîtres de l’époque, tels Cheikhs : Abdeslam Bensari, Lazâr Ben Dali Yahia, mais aussi Cheikha Tetma Ben Tabet, qu’il accompagna au chant et à l’instrument dans les mariages, et même dans certains enregistrements où l’on peut y apprécier la petite voix de Abdelkrim Dali, qui était jeune certes, mais dont la voix avait déjà atteint une certaine puissance.
Surtout, faut-il rappeler encore que Dali n’avait jamais « commencé » sa carrière avec Cheikh Larbi Ben Sari, comme a pu le lire ou l’entendre « houna oua hounak », pour l’unique raison que Cheikh Larbi avait déjà ses enfants dans son orchestre, dont Rédouane comme soliste…

Vers les années 30’, Abdelkrim Dali accompagna l’association El Andaloussia de Oujda (créée, 1921 par Cheikh Mohamed Bensmaïne, un autre enfant de Tlemcen), dans plusieurs soirées au Maroc et à l’étranger…
Plusieurs témoignages rapportent que Dali« survivait » à Tlemcen…l’art ne pouvant lui assurer une vie correcte et digne. C’est de la sorte qu’il pensa à s’installer à Alger, trouvant en cette ville les différents moyens pour laisser épanouir ses talents : l’orchestre de l’opéra d’Alger avec feu Cheikh Mahieddine Bachetarzi, l’orchestre de la Radio, dirigé à l’époque par feu Cheikh Med Fakhardji, plus tard le Conservatoire…C’est ainsi qu’il a ramené à Alger plusieurs morceaux du répertoire de Tlemcen, telle la Touchia Dhil…

C’est de la sorte que Abdelkrim Dali a pu acquérir et bénéficier d’une double culture musicale : si l’on parle du répertoire de Tlemcen et d’Alger. Il a pu enregistrer ainsi à Radio Alger, ou à l’INM (l’institut national de musique), une bonne partie de son répertoire…entre autres, dans le :
-Hawzi : Ya El Wahed EL Khaleq Laâbed Soultani – Ya Daw Aâyani – Nar Welfi Chaâlet w’Gdete F’knani – Nar Houakoum Fedlil Telheb L’hib – Ya Layemni F’liïti…
-Gherbi : El Kawi – Saâdet EL Qalb EL Hani – El Aârsa – EL Hadjam…
-Madih : Besmellah Bdite Nzemmem – Chants R’hawi – El Hamodoullillah Nelt Qesdi w’Bleght Mnaya (une qasida qu’il a composée après son pèlerinage)…
Ajoutées à cela les différentes Noubate enregistrées à la Radio, et à sa 1ère série d’enregistrement entamée étant jeune déjà…

De toutes les manières, Abdelkrim Dali fera toujours partie intégrante de notre personnalité artistique…Qui d’entre nous, algériens, n’eut jamais entendu parler de lui, de « Qissat Sidna Ibrahim », ou bien « Mezzino N’har El Youm, Sahha Aîdkoum » qui est devenue, en quelque sorte, un 2ème hymne national…Quels seraient nos Aïds sans Abdelrim Dali !

Cheikh Mouhamed Sfinja.


Né à Alger en 1844, il fut l’élève du plus grand Maître de la fin du dix-neuvième siècle sur la place d’Alger; Le M’alem Abderrahmane Menemeche.
Initié à l’art de Çan’a, il excella dans la Nouba et dans tous les genres apparentés à celle-ci : ‘Aroubi, Qadria, Zendani, Haouzi, etc.
Joueur de kwitra, comme il se devait pour les M’alem de l’époque (chef de formation), il formera à son tour plusieurs musiciens qui feront ou pas partie de son orchestre et qui deviendront des monuments de cette musique..
Parmi ses disciples juifs et musulmans, l’Histoire retiendra les M’alem Saül Durand alias Mouzino, Edmond Yafil, M’alem Makhlouf Bouchara, Laho Seror, Ledjam, Chaloum, Abderrahmane Saïdi, Mohammed Ben Teffahi, Le Mufti Boukandoura, etc.
La Contribution a la sauvgarde
Le M’alem Sfindja (avec Yafil et Seror) aura permis au musicologue Jules Rouanet de réaliser son travail sur la musique du Maghreb, un ouvrage qui reste toujours la référence en la matière, qui confirme et complète les travaux de ses prédécesseurs ( Salvador-Daniel, Show, Christianowitch…).
Il aidera Yafil à rassembler l’ensemble des textes des mélodies du corpus de la Çan’a dans un livre édité en 1904, l’une des sources les plus sûres en ce qui concerne les poésies chantées.
Poussé par Edmond Nathan Yafil, le M’alem Sfindja a été parmi les tous premiers musiciens arabes à avoir enregistré des disques (1901). Il nous laisse un nombre appréciable d’enregistrements quiregroupent tous les genres de la Çan’a.
Mr Sid Ahmed Serri dira de lui lors le commémoration du centenaire de sa mort: « Mohamed Ben Ali Sfindja, est ce qu’on peut qualifier de précurseur. C’est le grand maître de la musique andalouse. Il commença très tôt à s’appliquer dans ce style de musique sous la tutelle d’un autre maître, Abdelrahmane Mnemech, qui lui confiera sa relève après sa mort en 1891. Passionné et travailleur, Sfindja a réussi à acquérir dès ses débuts les clés du succès à travers ses divers concerts au café Mallakof, situé à la Casbah, ainsi que ses représentations dans les mariages»
Mais aussi : »C’est vrai que Sfindja a acquis une immense popularité chez les Algérois, mais c’est sa rencontre avec le juif mélomane Edmond Yaffil qui propulsera son talent au sommet. C’est d’ailleurs grâce à Yaffil que Sfindja a réussi à enregistrer ses premiers disques qui sont aujourd’hui introuvables. Une autre grande rencontre, celle avec le Français Jules Rouanet, aidera Sfindja à transcrire sa musique pour publier un recueil de poèmes andalous en 1904 édité par Edmond Yaffil qui avait pris Sfindja sous son aile»
Mohamed Ben Ali Sfindja décède le 06 Juin 1908 à Alger.

Un parcours dédié à la passion de la musique.Smaïn Hini.


Né le 17 avril 1946 à la Casbah d’Alger, Smaïn Hini baigne dans une ambiance musicale dès sa plus tendre enfance auprès de sa tante paternelle Djida, une grande chanteuse kabyle et aussi auprès d’un autre membre de la famille qui était un «idebalen» (percussionniste) renommé.
Dans les années soixante, c’est en tant qu’élève du conservatoire d’Alger, d’où il sortira diplômé à la cithare, qu’il acquiert les premières bases de sa formation en musique arabo-andalouse auprès de grands maîtres, à l’instar de Abdelkrim Dali, Abderrezak Fekhardi et de Boudjemaa Ferguene à la cithare.
Smaïn Hini, explique : «J’ai eu la chance d’être formé par ces grands maîtres qui m’ont beaucoup apporté. Je tiens également à souligner l’aide que m’a apportée le directeur du conservatoire, le grand maître Mahieddine Bachtarzi. Même après avoir quitté le conservatoire je lui rendais souvent visite à la maison pour ses précieux conseils.»
En 1971, Smaïn Hini devient membre de l’Action culturelle des travailleurs (ACT) au sein de laquelle il a rencontré Kateb Yacine, Ali Zammoum et Ahmed Asselah. Avec l’auteur de Nedjma, il participé à la tournée nationale et en France pour l’interprétation de la pièce Mohamed prends ta valise en sa qualité de musicien de la troupe. Il fait également partie du staff des pièces Palestine trahie et
La Guerre de deux mille ans de Kateb Yacine.
Les années suivantes, il est membre fondateur et membre du jury du 1er Festival des ensembles vocaux de Sétif. Il est également membre de la troupe culturelle de la Sonelec avec Slimane Benaïssa et Omar Guendouz. Au début des années quatre-vingt, il est membre fondateur de l’Association El Fekhardjia. Puis en 1986 il est également membre fondateur, président et chef d’orchestre de l’association Es soundoussia.
En 1994, Smaïn Hini se distingue par la composition d’une nouvelle nouba avec le compositeur français Michel Montanaro. Une année plus tard, il réitère l’exploit avec la composition de la première nouba magrébine interprétée devant les ministres magrébins de la Culture à Alger.
Il revient sur les moments difficiles qu’il a endurés pendant la décennie noire (1990-2000) et insiste sur le fait que lui a préféré rester en Algérie malgré les menaces et la pression perpétuelle que vivait sa famille lorsqu’il devait se produire sur scène. Il confie : «On était pratiquement la seule association à continuer d’animer des concerts. Les musiciens transportaient leurs instruments dans des sacs-poubelles noirs pour ne pas se faire remarquer. Je tiens à remercier mes voisins qui ont toujours été vigilants et qui nous informaient dès qu’il y avait quelque chose qui pouvait mettre en péril notre vie. Certes, à un certain moment, j’ai été tenté de partir et j’ai même failli m’installer en France. Mais j’avais choisi de rester en Algérie et mener le combat dans mon pays au lieu de m’exiler ailleurs et faire dans le ‘‘commercial.’’»
Sur un ton empreint d’amertume il ajoutera : «Ce qui me fait mal au cœur aujourd’hui c’est que ce sont ceux qui sont partis pendant les moments difficiles que traversait le pays et qui sont revenus une fois que les choses se sont calmées qui récoltent les lauriers de la gloire.»
El Inchirah, l’allégresse d’un nouveau départ
C’est en 1997 que l’association El Inchirah (l’allégresse) d’Alger voit le jour suite à la rupture de Smaïn Hini avec l’Association El Soundoussia.
Il revient sur cette rupture en expliquant : «Malgré le fait que j’étais arrivé à donner un grand impact à El Soundoussia ; il y a eu des conflits au sein de l’association à cause de certaines personnes qui pensaient avoir tout maîtrisé alors qu’elles avaient encore beaucoup de choses à apprendre. Face à cela j’ai préféré partir dans la dignité. J’ai tout laissé derrière moi ; le local de l’association que j’avais acquis grâce à mes propres connaissances pour le bénéfice des membres de l’association mais aussi tout un riche répertoire de musique arabo-andalouse.» Suite à cette rupture Smaïn Hini s’enferme chez lui et passe des moments difficiles.
Son épouse Rachida témoigne : «C’était un des moments les plus durs que nous avons traversés.
Il avait été profondément blessé en tant que formateur et en tant que membre de l’association.
Il a même voulu arrêter la musique. La création de l’Association El Inchirah était vraiment un moment de bonheur après la grosse déception que nous avons vécue. Ce qui lui fait mal, même aujourd’hui, c’est cette ingratitude qu’il subit de partout.» En effet, quelque temps après son départ, d’anciens élèves viennent à tour de rôle le solliciter pour des conseils pour l’interprétation de tel ou tel morceau musical. Puis, au fil des jours, le salon familial est devenu trop exigu pour accueillir tout ce beau monde. C’est ainsi que l’idée de la création d’une nouvelle association commence à germer et voit le jour en 1997.
Aujourd’hui, celle-ci compte près de 35 éléments dans la classe supérieure. En 1998, il participe également à la création du premier orchestre féminin de musique arabo-andalouse.
Il souligne : «C’était un défi à l’époque et à ce propos on m’a surnommé le ‘‘kamikaze’’ car j’ai toujours été un fonceur et j’ai toujours relevé les défis les plus insensés. Mais, Dieu soit loué, le temps nous a donné raison et aujourd’hui l’Association El Inchirah a fait son chemin pour s’imposer sur la scène artistique par la qualité et le sérieux de son travail.»
Face à l’ingratitude, les filles Hini reprennent le flambeau
Le premier album hawzi de sa fille Hasna, intitulé De notre patrimoine édité chez Belda diffusion est dans les bacs depuis quelques semaines. Elle est accompagnée sur cet album par ses sœurs Kahina, Narimane et Yasmine. C’est suite aux encouragements de leur mère que les filles Hini se sont attelées à reprendre le flambeau.
Elles ont baigné dans la musique depuis leur jeune âge et ont toutes suivi une formation au sein de l’association et ont même été solistes. Hasna affirme que «ce qui nous a poussées à réaliser cet album, c’est l’ingratitude qu’à subie notre père. Depuis notre tendre enfance, nous l’avons vu aider les autres, les former et leur apporter ses précieux conseils. Mais rares sont ceux qui le lui rendent actuellement. Au début, il n’était pas très enthousiaste car il voulait que l’on se perfectionne encore. Il a fini par accepter, à condition que l’on fasse un travail de qualité».
Smaïn Hini explique que l’album a été réalisé dans une ambiance familiale. Mais il a été très rigoureux par rapport au choix des morceaux. Il ne voulait pas que ses filles fassent du «réchauffé» mais qu’elles relèvent le défi de présenter des titres de hawzi qui ne soient pas connus par le public. Hasna pense déjà au prochain album dans le style malouf. Son père précise qu’il lui a conseillé qu’il soit enregistré à Constantine avec des musiciens de la région afin que l’album puisse refléter réellement l’âme du malouf.
Aujourd’hui, Smaïn Hini assure le perfectionnement et la formation des membres de l’association dont les répétitions se déroulent dans un petit local du Bastion 23. C’est avec ironie qu’il souligne le paradoxe du fait que l’association soit conviée à animer des concerts pour les officiels et sur l’invitation d’autres associations de l’intérieur de pays. Mais El Inchirah d’Alger est rarement conviée à participer au programme officiel des manifestations culturelles. Pour les mélomanes, la prochaine soirée qu’animera l’association aura lieu le 27 mars prochain à Lakhdaria.

Tetma Bentabet, la rebelle de la chanson.



Tétma et A. Dali sur scène.

On pouvait lire dans concernant Cheikha Tetma, le titre d’un article de presse daté du 20/04/1996 : Celle par qui le « scandale » arriva… Cette grande dame, qui, à l’époque, fût reniée et exilée par les siens, demeure aujourd’hui l’une des fiertés artistiques de la ville de Tlemcen, un autre symbole de courage algérien conjugué au féminin…

Quand Tetma naquit en 1891, ses parents étaient séparés, elle grandi alors au sein de la famille de sa mère : Aouicha Bensari, une famille particulièrement mélomane. Premier enseignement à la mosquée Djamaâ Sid El Djabbar où elle apprend des valeurs religieuses et littéraire, ce qui fera d’elle, une femme instruite, sachant lire, ce qui n’était pas le cas de la majorité des femmes de son époque.
Elle doit son enseignement musical principalement aux frères Mohamed et Ghouti Dib, qu’elle côtoya grâce à Cheikh Moulay Driss Medeghri, chez qui se réunissaient certains maîtres de l’époque.

En 1915, elle eut la chance de sa vie, celle de chanter en public, à la place de la mairie où se tenait une foire. C’est grâce à Brahim Deraï qui l’avait sollicité pour se joindre à son orchestre en tant que soliste. Ce fût le déclic, c’est là qu’elle commença à se faire connaître, et à enregistrer ses 1ers disques 78 tours chez la maison Pathé…et c’est là qu’ont commencé les ennuis pour elle…car, certaines familles notables se sont révoltées contre le géni féminin, l’accusant du pire dans une pétition, la poussant ainsi à quitter Tlemcen, pour Fez, où elle s’y installa durant 05 ans. En 1925, elle revient à sa ville natale, encore plus forte que jamais, et entama une autre série d’enregistrements chez Polyphone.
Faut-il rappeler qu’elle fût la 1ère artiste à avoir introduit le piano dans un orchestre à Tlemcen, grâce à Cheikh Djilali Zerrouki « le virtuose du piano », en qui Tetma avait en lui le soutien du père spirituel. Après la disparition de ce dernier en 1945, notre artiste s’installa à Alger, sollicitée par Boudali Safir pour faire partie de l’orchestre féminin, aux côtés de Fadhéla Dziria, Meriem Fekkaï, Reinette Daoud…

Elle rentra à Tlemcen en 1955, vieillie par l’âge, et fatiguée par les rudes épreuves rencontrées tout au long de sa carrière. Elle décéda le 22 avril 1962, quelques mois uniquement avant l’indépendance.
Elle restera la seule femme tlemcenienne de son l’époque à avoir dépassé les limites de l’aspect péjoratif du conservatisme tlemcenien. Son courage, son talent, son géni et son esprit éveillé, ajoutés à ses qualités humaines, ont fait d’elle ce qu’elle était et ce qu’elle sera pour les générations futures. Tetma a ainsi enregistré dans la sanâa, le hawzi, quelques chansonnettes, et une seule qacida dans le madih « Chayeun Eûcht Laboud Tendem » (de Cheikh Sidi Lakhdar Ben Khelouf), qui, ironie du sort, fût son dernier enregistrement chez la maison de disques Odéon.

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