L Histoire du costume algérien à travers le temps.


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P R O L O G U E

Depuis trois millénaires, les costumes des femmes algériennes révèlent en filigrane l’évolution d’une société soumise aux aléas de l’histoire du monde méditerranéen. Leur genèse remonte à une époque lointaine puisque les pelleteries de l’ère préhistorique s’enveloppent autour du corps et s’agrémentent déjà de parures chargées de fonctions ornementales et symboliques. Le costume primitif, commun à toutes les régions du pays, exhibe des amulettes protectrices formées de matières disparates, telles que les De bcoquillages, les fragments d’œufs d’autruche, les cauris, les galets, les dents d’animaux ou l’ivoire. Dans la culture ibéromaurusienne, comme dans la culture.

capsienne, les vêtements en peau semblent bénéficier de moins d’attention que ces objets magiques, chargés de pendeloques brutes, qui prennent la forme de véritables colliers, bracelets, anneaux de chevilles, ceintures et boucles d’oreilles. Vers le IVe millénaire, les bijoux s’accordent à des pièces ornementales accrochées à même les pelleteries teintées. Ces dernières, portées en guise de pagnes ou de tuniques rudimentaires, sont souvent incrustées de cauris, d’éclats d’œufs d’autruche et d’ornements hétérogènes. Des coiffures ordonnées, parfois rehaussées de plumes d’autruche, complètent le costume de l’époque néolithique. Avant la fin du IIe millénaire, l’introduction des métaux élargit la gamme des bijoux féminins, en particulier les bracelets et les anneaux d’oreilles et de chevilles. Des fibules en bronze ou en fer, portées par paires, attestent de l’apparition des premières formes de péplums qui emploient des tissages de laine archaïques. Cependant, le IXe siècle avant J.-C. inaugure une nouvelle phase historique, car l’arrivée des Phéniciens et l’établissement de villes portuaires sur le littoral annoncent la division inéluctable du paysage vestimentaire. L’essor des royaumes numides et l’affirmation d’une culture ouverte aux apports carthaginois, libyens, égyptiens, proche-orientaux et helléniques conduisent à la naissance d’un système vestimentaire de nature citadine qui s’éloigne peu à peu de la tradition rurale, encore rattachée aux modèles préhistoriques. Cette rupture se creuse davantage au fur et à mesure que les villes grandissent et s’impliquent activement dans la vie culturelle et économique de la Méditerranée. Quelques siècles plus tard, deux archétypes de costumes coexistent : d’une part, le costume rural, drapé, tissé sur des métiers domestiques et accompagné de bijoux en argent, d’autre part, le costume citadin qui comporte des bijoux en or et des vêtements cousus, taillés dans des textiles diversifiés.
La bipartition du paysage vestimentaire algérien perdure à travers les âges, mais elle n’empêche pas le maintien de liens consistants entre les costumes des centres urbains et des zones agricoles. Les frontières entre les deux archétypes restent perméables et mouvantes; leur origine commune se devine à travers les éléments issus du patrimoine vestimentaire berbère qui persistent dans les costumes de la capitale et des villes principales. De plus, les migrations, les exodes et les échanges commerciaux exposent continuellement les costumes ruraux à l’influence assimilatrice des modes citadines. La séparation des deux systèmes vestimentaires s’avère ainsi un peu réductrice. Elle permet toutefois d’établir des repères spatiaux et temporels qui aident à construire l’histoire du costume algérien.
Dans le présent ouvrage, deux zones géographiques en forme de triangles qui se rejoignent à Alger ont été imaginées pour rassembler les costumes citadins de la frange septentrionale du pays : le premier est délimité à l’Est par Constantine et Annaba, tandis que Tlemcen et Oran forment les pointes occidentales du second. Appelés « Triangles d’or », ils regroupent des vêtements traditionnels de type citadin brodés, au fil d’or et parés de somptueux bijoux en or. Alger se situe à la jonction de ces deux triangles car, à partir de l’époque ottomane, son costume joue un rôle primordial dans la diffusion de nouvelles tendances vestimentaires dans les villes de l’ouest et de l’est de l’Algérie. Enfin, un troisième triangle virtuel, beaucoup plus grand que les précédents, réunit les costumes des régions montagneuses, des Hauts Plateaux et du Sahara. Il lie les monts de Kabylie aux massifs de l’Aurès, puis du Hoggar, et englobe les montagnes des Ouled-Naïl et du Djebel Amour, ainsi que le Mzab. Ce vaste « Triangle d’argent » contient un riche éventail de costumes ruraux de type berbère, essentiellement formés de drapés à fibules et d’opulentes parures en argent.

EL-DJEZAÏR

Le costume d’Alger :

Les villes situées le long de la côte algérienne s’élèvent sur les sites des ports édifiés par les marins venus de Tyr et de Sidon, entre le IIe et le 1er millénaire avant J.-C.. Ykosim, la future Alger, fait partie des anciens comptoirs phéniciens qui profitent de l’essor de Carthage pour participer à la vie commerciale de la Méditerranée.
Sa population découvre alors un vêtement d’origine orientale, destiné à perdurer dans le costume féminin des siècles suivants : la tunique à manches. Formée de pièces rectangulaires, celle-ci emploie des lainages rudimentaires, plus rarement des toiles fines et colorées. Les Phéniciens et leurs successeurs Carthaginois détiennent le secret de la teinture à la pourpre, c’est pourquoi les femmes les plus riches des cités portuaires provinciales dont Ykosim sont en mesure de se procurer des textiles dans les tons rouge ou violacés pour confectionner leurs vêtements.
Soumise à l’influence de Cirta, la capitale numide de l’Algérie orientale, Ykosim s’ouvre aux cultures méditerranéennes dominantes. Ses habitantes assimilent les modes numides et puniques, elles-mêmes marquées par l’influence grandissante des costumes grecs. L’hellénisation progressive du costume antique d’Alger entraîne l’introduction de nouvelles composantes vestimentaires, superposées à la tunique.
Le péplum à fibules de type dorien s’insère dans la garde- robe féminine, peu après l’unification du royaume numide par Massinissa. Ce peplos s’obtient à partir d’une large pièce de laine et de deux fibules placées à hauteur des épaules. Il peut s’arranger de plusieurs manières : les citadines de haut rang choisissent parfois de se voiler avec un pan du drapé afin de préserver la blancheur de leur teint. L’alliance d’un élément drapé au vêtement cousu préexistant confère au costume un caractère mixte, particularité qu’il partage avec ses contemporains des autres cités nord- africaines. La parure semble également marquée par cette hybridité puisqu’elle assortit des accessoires d’origine punique, en particulier des colliers chargés de perles bariolées en pâte de verre, à des bijoux métalliques, plus sobres, inspirés des modèles grecs.
À ce stade de son évolution, le costume algérois s’apparente vaguement aux voisins numides et carthaginois, mais il faut attendre l’aube du 1er siècle pour qu’il commence à s’adapter, avec assiduité, aux nouveautés instaurées par les aristocraties des capitales régionales. Lorsque Rome s’empare du pays, la cour raffinée de Juba II émet ses critères de l’élégance, depuis Césarée, et suggère aux élites des villes secondaires les variations à apporter à leurs costumes. La position privilégiée de la cité, rebaptisée Icosium, encourage l’émergence d’une société hiérarchisée et d’une classe dominante culturellement proche de la noblesse romanisée de Césarée. En outre, l’approvisionnement des marchés locaux en textiles et en produits de luxe qui proviennent de la capitale ou d’autres villes de Méditerranée encourage la diversification du paysage vestimentaire. Pendant près de quatre siècles, les femmes les plus audacieuses s’appliquent à copier les toilettes sophistiquées des Romaines et des citadines autochtones romanisées. Elles apprennent ainsi à empiler une ou deux tuniques flottantes agrémentées d’un long ruban coloré cousu sur la jointure de chaque manche. Les femmes mariées sont autorisées à attacher ces tuniques avec une ceinture nouée à la taille ou au-dessous des seins. Même s’il est port en guise de voile, le péplum à fibules se resserre lui aussi autour de la taille. Au contraire, le voile flottant des citadines élégantes, privé d’attache, se dépose sur la coiffure, avant d’être souplement drapé autour des autres éléments du costume. Les coiffures élaborées et rehaussée de chignons postiches, à 1a mode dans la Rome impériale, inspirent peu les compositions plus sobres des habitantes d’Icosium. De même, les fards pesants appliqués sur le visage des patriciennes romaines ne semblent pas les séduire. Le style des bijoux en or révèle en revanche l’influence évidente de la culture conquérante. L’assimilation des techniques de fabrication romaines entraîne la diffusion d’une vaste gamme de pièces d’orfèvrerie dont les boucles d’oreilles et les colliers munis de pendeloques et enrichis de pierres semi-précieuses ou de perles de verre, ainsi que les bracelets garnis d’incisions, de ciselures, de motifs ajourés ou filigranés.
A l’époque où Icosium devient un évêché de l’Église d’Afrique, la panoplie des bijoux, des vêtements et des accessoires semble atteindre le raffinement des modèles en vigueur dans les villes les plus prospères de l’Empire romain. Au Ve siècle, la conquête de la cité par les troupes vandales bouleverse peu les habitudes vestimentaires de l’élite. Elle ralentit toutefois les échanges commerciaux et culturels avec les autres cités portuaires du Bassin occidental et provoque une stagnation des modes féminines. Un siècle plus tard, le rattachement d’Icosium à l’Empire byzantin se concrétise par l’implantation de garnisons militaires et non par celle de manufactures de tissage de la soie. L’aristocratie locale accède difficilement au faste des soieries et des costumes impériaux de Constantinople. La cour de Césarée, toujours capitale de la province byzantine de Maurétanie césarienne, demeure son unique référence en matière d’habillement. Ainsi, la recrudescence des broderies sur les tuniques et les manteaux drapés des femmes de Césarée se perçoit également sur le costume de leurs voisines d’Icosium. Les broderies du VIe siècle représentent des motifs figuratifs et symboliques, inspirés de la faune et de la flore, qui confirment l’instauration d’un style décoratif plus oriental. L’influence de Constantinople et des cultures asiatiques, en particulier perse et syrienne, revigore la passion des citadines pour les joyaux. Cet engouement se manifeste par la multiplication des pendeloques de perles et des cabochons de pierreries, peut-être aussi par l’apparition des premiers diadèmes incrustés de pierres précieuses. Cependant, l’élite algéroise ne semble pas avoir accédé aux fibules arrondies garnies d’énormes perles, aux ornements pectoraux et aux temporaux imposants qui figurent sur les mosaïques byzantines.
Tandis que l’avènement de l’Islam et l’établissement d’artisans proche-orientaux stimulent l’évolution des costumes du Maghreb oriental, dès le VIIe siècle, Icosium traverse une période assez obscure. Sa population, encore majoritairement chrétienne, ne cesse de se réduire. L’effervescence de Kairouan reste sans effet sur cette lointaine ville de province. Plus proche, Tahert, la capitale prospère des Kharéjites, est davantage impliquée dans les activités commerciales et culturelles de la cité côtière. Vers le IXe siècle, les marchands rostémides ravitaillent ses marchés en lainages et en soieries, mais c’est seulement un siècle plus tard, à l’époque des Zirides et de leurs alliés fatimides, que la soie s’intègre réellement aux costumes autochtones. La ville renaît sous le nouveau nom de Djezaïr Beni Mezghenna qui se réduira ensuite à El-Djezaïr. L’influence des modes fatimides aide le costume féminin à secouer l’immobilisme qui entrave son évolution depuis près de trois siècles. En réalité, la cour fatimide établie en Ifriqya, à Mahdiya, encourage les citadines musulmanes de l’Algérie centrale à renouveler leurs costumes par l’intermédiaire de l’élite ziride installée à Achir. D’autre part, la proximité de Ténès, ville portuaire qui domine le commerce maritime de cette partie du littoral, ainsi que les contacts plus intenses avec l’Andalousie omeyade, participent à cette réactualisation des habitudes vestimentaires des Algéroises.
Le costume d’Alger amorce une renaissance qui n’est pas tant liée à l’introduction de pièces vestimentaires innovatrices qu’à l’adoption progressive d’un style ornemental qui privilégie l’arabesque. Les soieries produites par les manufactures andalouses et par les artisans de Kairouan, d’Achir et d’El-Kalaa, cité fondée par les Zirides à la fin du Xe siècle, révèlent des motifs d’inspiration islamique. Lorsque les tuniques féminines sont taillées dans des soies unies, les volutes, les palmettes, les rameaux et les fleurons stylisés se muent en broderies qui s’épanouissent autour de l’encolure, parfois aussi sur les bords des manches. Les orfèvres adoptent également ce nouveau langage décoratif ; ils exploitent les techniques de fabrication anciennes, comme le filigrane, Dour créer volutes et rinceaux d’or et d’argent. Les bijoux conservent néanmoins des formes et des fonctions similaires à leurs ancêtres de l’Antiquité. Pendant l’époque hammadite, les parures des habitantes de Bégayeth ou Béjaïa, la nouvelle capitale régionale, s’enrichissent, en plus du filigrane, de dessins incisés, d’émaux cloisonnés et de grenailles. Ces joyaux sont recherchés par les femmes i Alger car, tout au long du XIe siècle, elles préfèrent les modes sophistiquées de Béjaïa à celles de la lointaine capitale almoravide, Marrakech.
Le Xlle et le XlIIe siècles signent une étape importante tans l’histoire du costume algérois. La croissance de la ville, son implication dans la vie commerciale de la Méditerranée, les liens avec les capitales andalouses, italiennes et provençales, mais aussi l’affirmation d’une élite cultivée, la venue de riches familles d’El-Kalaa, enfin l’avènement des Almohades et l’unification du Maghreb et de l’Andalousie vers le milieu du siècle, sont autant de facteurs favorables à l’éclosion d’un style vestimentaire raffiné. Les chemises transparentes, les tuniques soyeuses, les pagnes rayés et les péplums en mousseline de laine des Algéroises composent un costume harmonieux. Dès le XlIIe siècle, les citadines les plus riches sont à l’affût des nouveautés en provenance de Grenade et des capitales culturelles maghrébines, telles que Tlemcen, Fès ou Tunis. Pour mieux signifier leur supériorité sociale, elles adoptent un vêtement andalou d’origine orientale qui s’est acclimaté en Espagne musulmane avant la fin du 1er millénaire : le serouel. Il s’agit d’un pantalon en toile porté sous la chemise auquel ont rarement accès les femmes du peuple. Le costume de sortie se modifie lui aussi pendant la période située entre l’éclatement de l’empire almohade et le passage d’Alger sous la tutelle du royaume de Tlemcen. Désireuses de s’aligner sur les modes suivies par l’aristocratie musulmane andalouse, les Algéroises ont recours au voile afin de se distinguer socialement. Désormais, les dames de haut rang rabattent l’extrémité de leur péplum à fibules sur la tête pour circuler en ville.
Gouvernée par les Zianides de Tlemcen et fortement convoitée par les Hafsides de Tunis, Alger possède un paysage vestimentaire de plus en plus stratifié et complexe, à l’image de la société algéroise du XlVe siècle qui continue à se hiérarchiser et à se métisser. L’arrivée de nombreuses familles juives originaires des Baléares, à la fin du siècle, puis des premiers groupes d’Andalous musulmans contraints à l’exil, suivis après la chute de Grenade en 1492 de nouvelles vagues migratoires de Juifs et de Musulmans, accélère la croissance de la ville. Elle s’élève, avant la fin du XVe siècle, au rang des plus grands centres culturels et artistiques du Maghreb. Les métiers liés au costume connaissent alors un progrès considérable : chaque profession artisanale occupe une rue ou un quartier de 1a cité où les femmes se procurent les étoffes, les voiles et les vêtements finis qui servent, les habiller. La prédilection des Algéroises pour les bijoux les conduit, plus souvent encore, vers les ateliers et les boutiques des orfèvres juifs. Pourtant, l’évolution de modes féminines concerne moins la parure que les vêtements coupés et cousus qui comprennent désormais des soutanes boutonnées devant, utilisées en guise de manteaux.
La lancée du costume algérois se ralentit momentanément au début du XVIe siècle, freinée par le blocus imposé par les Espagnols qui ambitionnent de conquérir l’ensemble du littoral nord-africain. Les contacts avec l’extérieur sont compromis au cours des années tumultueuse où les frères Barberousse tentent de déloger les troupes espagnoles, installées dans une forteresse qui domine le port et ses îlots. Ainsi, les conditions présidant à l’évolution du costume ne redeviendront favorables qu’après l’entrée officielle de la cité sous tutelle du sultan d’Istanbul, en 1534. Pour la première fois de son histoire, Alger accède au titre de capitale : lorsqu’elle atteint son apogée, vers la fin du siècle, le costume de ses habitantes devient la référence suprême pour les autres Algériennes. À l’exception de la chemise à manches évasées, du pagne rayé appelé fouta et du voile de sortie fixé par une paire de fibules, les éléments qui composent le costume féminin du dernier quart du XVIe siècle se démarquent peu à peu de leurs prédécesseurs. Dans le costume quotidien, les pièces ouvertes devant se modifient et occupent une place centrale. Cette propension qui s’observe aussi sur le costume de fête dérive de l’influence des modes ottomanes de Méditerranée orientale. Au modèle initial de la qhlila, veste trapézoïdale de velours ou de brocart à la profonde encolure ovale rehaussée de boutons décoratifs, se joint celui du caftan ou koftane. Dépourvu de décolleté, il s’agrémente des mêmes volumineux boutons de passementerie que la ghlila.
D’abord réservés aux Algéroises les plus aisées, le caftan et la ghlila se généralisent à une plus ample proportion de citadines. Mais seule la ghlila se raccourcit : commode et accessible à quasiment toutes les bourses, elle devient indispensable. Plus onéreux, le caftan garde un caractère pompeux puisqu’il n’est porté au quotidien que par l’élite, exhibé par le reste de la population seulement lors des cérémonies. Ces deux vêtements sont taillés dans des étoffes de soie enrichies de broderies, de galons de passementerie et d’une paire de pièces décoratives triangulaires enrobées de fil d’or qui s’appliquent à hauteur de la poitrine. Ils finissent par reléguer la robe-tunique, djoubba, et l’ancien péplum à fibules en laine, melhafa, aux femmes les plus humbles et aux paysannes présentes dans la capitale. Le rejet d’une pièce drapée d’origine antique dont le principe persiste au seul niveau du voile, toujours maintenu aux épaules par une paire de fibules, s’explique aussi par l’afflux de miliciens levantins et d’immigrés européens habillés de vêtements cousus. Après le dernier exode de 1614, les Morisques constituent un sixième de la population, contre un dixième seulement d’Algérois de souche. Or, leur costume emploie une gamme variée de gilets, de vestes et de manteaux. L’intégration massive de Corses, d’Italiens et de Provençaux islamisés, puis d’une importante communauté de Juifs livournais, agit également en faveur des vêtements pourvus de coutures et de manches.
Au début du XVIIe siècle, Alger fait partie des métropoles les plus puissantes, les plus opulentes et les plus cosmopolites de Méditerranée. Malgré l’essor extraordinaire de la ville et la mutation de sa configuration sociale, l’architecture du costume féminin ne se métamorphose pas. Son évolution se concentre d’une part sur la qualité des tissus, des broderies et des accessoires, d’autre part sur la stratification des pièces apparentes puisque le raccourcissement de la ghlila, ainsi que la raréfaction de la djoubba et de la melhafa, propulsent le serouel vers une position plus externe. Afin de s’accorder aux velours et aux brocarts somptueux des vêtements ouverts, la fouta et la ceinture, hzam, que les femmes mariées nouent autour de leurs hanches s’illuminent de fils d’or tissés en alternance avec des fils de soie. Le serouel, long jusqu’aux genoux, exige aussi des soieries damassées ou brochées, tandis que les larges manches de la chemise découvrent la dentelle italienne et les galons de soie lyonnaise. Enfin, à l’instar des fines babouches chaussées à l’intérieur des maisons, la chéchiya hémisphérique supporte des broderies luxueuses. Elle est saupoudrée de perles et de pierreries qui lui donnent l’aspect d’un véritable joyau, comme du reste tous les éléments liés à la coiffure, tels que les rubans glissés entre les tresses de cheveux, le bandeau soyeux appliqué sur le front appelé ‘assaba, et la couronne tronconique ajourée, ou serma, qui devient l’accessoire le plus précieux de la panoplie algéroise.
La prolifération des broderies au fil d’or et d’argent, des pierres précieuses et des perles ne nuit aucunement aux broderies au fil de soie. Sur de simples supports en toile de lin, les citadines inventent des dessins qui combinent la géométrie de l’art almohade à l’arabesque andalouse, le motif de la grenade stylisée, inspiré des velours vénitiens de la Renaissance, à ceux de l’œillet et des fleurs spécifiques aux broderies turques. La surface des étoles, des écharpes, des châles et des coiffes de bain du type bnika disparaît sous ces motifs denses et généreux aux contours parfaits. L’originalité des ouvrages algérois découle aussi des couleurs des fils de soie pure que les femmes choisissent pour produire des contrastes chromatiques enchanteurs. Les broderies violettes et celles qui opposent le rouge vif au bleu foncé se distinguent de leurs contemporaines ottomanes et maghrébines par leur luminosité. Malgré la présence fréquente de motifs entièrement remplis de points réalisés avec du fil d’or, les pièces brodées au fil de soie semblent exclues du costume féminin quotidien. Réservées aux différentes étapes du long rituel du bain, elles évitent ainsi de détonner, à cause de leurs motifs abondants et de leurs coloris éblouissants, avec les étoffes et les passements des vestes et des caftans.
Après son âge d’or, Alger commence à péricliter pendant le XVIIIe siècle, lorsqu’aux troubles politiques qui déstabilisent la Régence s’ajoutent les blocus des flottes européennes, les séismes ravageurs et les épidémies. Paradoxalement, ce déclin provoque un regain de luxe vestimentaire. Au lieu de s’appauvrir, le costume féminin superpose les chemises aux manches géantes, les caftans brodés, les colliers de perles baroques et les bijoux enchâssés de diamants, de rubis et d’émeraudes. Même les étoles et les bnikat de lin ou d’étamine sont jonchées de paillettes dorées et de fils torsadés d’or et d’argent qui se glissent discrètement entre les rinceaux brodés rouges et bleus. L’introduction de deux variantes supplémentaires de pièces de dessus en velours rehaussé de broderies au fil d’or confirme cette quête de nouveauté : il s’agit de la ghlila djabadouli, veste similaire à la ghlila mais dotée de manches longues, et de la frimla, minuscule gilet au décolleté profond qui soutient la poitrine. La ghlila djabadouli permet à la ghlila traditionnelle de se débarrasser de la paire de manches amovibles attachées pendant la saison fraîche. La frimla, quant à elle, s’avère plus utile par temps chaud : les extrémités des manches évasées de la chemise sont coincées sous ses bretelles afin de libérer les bras.
Les Algéroises s’adonnent au culte frénétique des bijoux, peut-être pour s’évader des difficultés qui assaillent leur ville. Elles préfèrent au modèle ancien de la ‘assaba en soie celui, plus fastueux, du diadème formé de sept plaques ajourées, serties de pierreries et soulignées de pendeloques, qui conserve le même nom que son prédécesseur. Frustrées de devoir dissimuler tant de splendeur sous leur costume de sortie qui se limite à un haïk immaculé, associé à des pantalons de toile blanche, à une voilette et à une paire de chebrella, chaussures plates d’origine andalouse, elles rallongent la serma afin de signaler leur richesse. En réalité, ce phénomène insolite se manifeste déjà lors de l’apogée d’Alger, mais la hauteur de la serma devient exagérée au cours du XVIIIe siècle. Les modèles les plus élancés dépassent le mètre d’envergure. Des pierreries de différentes couleurs et des épingles serties de diamants sont fixées entre les arabesques en or de cette tiare impressionnante. La serma ne s’adapte pas aux seuls costumes de la majorité musulmane : surmontée d’un voile de mousseline ou de gaze, elle s’assortit aux costumes des citadines juives. En effet, les Juives livournaises qui tardent à se défaire de leurs corsages ajustés et de leurs jupes étranglées à la taille y sont aussi fidèles que leurs coreligionnaires d’origine andalouse qui portent encore la djoubba unie ou bicolore héritée de l’époque médiévale.
A la veille de la conquête d’Alger par les troupes françaises, en 1830, le paysage vestimentaire demeure celui d’une grande capitale, moins peuplée et moins puissante que deux siècles auparavant, mais toujours aussi célèbre pour ses costumes prestigieux. Quelques années suffisent cependant à fragiliser la strucure complexe du costume féminin à cause du départ forcé et précipité de l’élite algéroise et du tiers le plus lise de la population, suite aux exactions infligées par les soldats et à la destruction de quartiers entiers de la ville. En l’espace de quelques décennies, l’éclatement de la société urbaine traditionnelle provoque la transformation irréversible du costume : la dissolution du caftan, le raccourcissement et la réduction du volume de la chemise, l’appauvrissement de la parure et a raréfaction des pièces brodées au fil de soie témoignent l’une simplification des modes vestimentaires et du déclin rapide de l’artisanat local. Ce phénomène s’observe surtout à partir de 1870, lorsque le système colonial s’ancre plus profondément à travers l’ensemble du territoire.
Tandis que la population européenne qui s’installe à Alger ne cesse d’augmenter, les textiles de fabrication industrielle et les bijoux d’importation affluent vers les marchés de la ville, provoquant l’asphyxie des ateliers traditionnels de tissage, de broderie et d’orfèvrerie. C’est alors que les derniers exemplaires de serma disparaissent, en même temps que les costumes traditionnels des nombreuses Algéroises de confession juive qui tentent de s’acclimater à la mode française, au lendemain de la promulgation du décret Crémieux en 1870.
Vers le tournant du siècle, la garde-robe de l’Algéroise semble plus altérée que celles des autres citadines algériennes. Un nouvel équilibre régit l’organisation du costume, depuis que les vêtements ouverts disparaissent les uns après les autres. La petite frimla et la ghlila se retirent pour laisser place à une chemise large et courte, la qmedja, qui se suffit à elle-même puisqu’elle emploie désormais des toiles épaisses, réservant l’usage du tulle brodé aux seules manches. Une tunique plus onéreuse, appelée gnidra, de coupe identique à la précédente, mais taillée dans de la soie brochée, apparaît sur les costumes les plus élégants. Parmi les anciennes pièces de velours ou de brocart ornées de broderies et de passements dorés, l’unique rescapée est la ghlila djabadouli. Elle sacrifie son volume confortable, son décolleté ovale et une partie de ses ornements contre une encolure plus modeste, une gracieuse basque et une coupe ajustée qui lui vaut le nom de caraco ou karakou. La veste du début du XXe siècle s’inspire ainsi des modèles français, dans une ville où la moitié de la population est européenne. Elle conserve en revanche ses broderies dorées qui la cantonnent peu à peu au rôle de composante principale du costume de fête algérois. Quant au serouel, il se rallonge pour se rapprocher tardivement de ses cousins levantins, sauf que les Algéroises préfèrent le resserrer au-dessus de la cheville de manière à ne pas se priver de leurs anneaux de chevilles, les khlakhel. Il se gonfle au point d’éliminer les deux pièces de soie rayée, la fouta et le hzam, qui se nouaient autour des hanches. Seules quelques mariées s’entêtent à conserver la fouta de leurs aïeules par-dessus le serouel nuptial, mais cette tradition s’éteint avant le milieu du XXe siècle.
Enfin, les accessoires recouverts de velours brodé deviennent rares : les babouches pointues sont évincées par des chaussures à l’européenne fermées et munies de talon, pendant que la toque aplatie de style levantin, caractéristique de la coiffure du milieu du XIXe siècle, disparaît. Le fichu soyeux bordé de longues franges qui distingue les citadines mariées se porte désormais seul. Appelé meherma, il s’accompagne, lors des cérémonies, d’un premier diadème formé de plaques ajourées, ‘assaba, enrichi de quelques épingles trembleuses, ouardat ou ra’achat, puis d’un second diadème plus fin. Appelé khit errouh ou fil de l’âme, ce dernier est destiné à devenir l’unique bijou de tête algérois du XXe siècle. Avec ses délicates rosaces et ses pendeloques serties d’éclats de diamants, il se marie à une paire de boucles d’oreilles incrustées de minuscules pierreries et à quelques rangs de perles baroques qui débordent sur l’encolure du caraco. Au cours du XXe siècle, le succès du khit errouh s’étend aux autres villes d’Algérie, puis à certains villages de montagne, dans l’Aurès par exemple, qui optent pour les parures nuptiales en or et pour la ferronnière de la capitale.
Après 1870, la tenue portée à l’extérieur est elle aussi soumise à des variations insolites qui font du costume d’Alger un cas isolé à l’échelle de l’Algérie et du Maghreb. Les femmes revêtent des pantalons de toile blanche encore plus volumineux que le serouel d’intérieur. Sans la serma, leur silhouette paraît tassée, d’autant que le haïk se raccourcit pour dégager les rondeurs de ce nouveau serouel de sortie. Plus court, mais aussi plus étroit et plus terne que son prédécesseur, le haïk renonce aux fibules qui le stabilisaient sur les épaules. Toutefois, les Algéroises sont bientôt contraintes à se débarrasser du serouel bouffant, par économie. Elles se contentent alors de rallonger leurs voiles jusqu’aux chevilles. Cet appauvrissement du costume de sortie est à la mesure de l’étiolement du costume d’intérieur quotidien qui remplace les chemises et les tuniques traditionnelles par des corsages de style européen. L’effondrement du pouvoir d’achat de la population algéroise n’épargne guère le costume de fête. Vers le milieu du XXe siècle, la tenue nuptiale des femmes qui n’ont pas les moyens de se procurer un caraco se limite à un simple corsage, la camisora, sur un serouel satiné deux fois moins volumineux.
Au lendemain de l’indépendance de l’Algérie en 1962, le costume de la capitale réunit un caraco ajusté, entièrement boutonné devant, et un serouel dziri, typiquement algérois comme son nom l’indique, qui se caractérise par ses longues fentes latérales. La tonalité claire ou dorée de ce serouel moderne contraste avec les teintes profondes du velours de la veste. Seules les broderies au fil d’or réalisées suivant deux techniques anciennes, la fetla ou le medjboud, rappellent vaguement les caftans et les fastueuses vestes d’antan. Ainsi, quelques décennies ont suffi au costume d’Alger pour opérer un remaniement complet qui aboutit à la création d’une tenue traditionnelle originale et élégante, sans doute la plus innovatrice de l’Algérie actuelle.

Costumes citadins de l’Algérois
L’évolution des costumes des centres urbains situés au sud de la capitale, dans la région comprise entre l’Atlas tellien, la Kabylie et les monts de l’Ouarsenis reste méconnue tant elle est voilée par l’histoire imposante du costume d‘Alger. Si les villes de Grande Kabylie, telles que Tizi Ouzou, Bouira ou Larbaa Naît Iraten, affichent un patrimoine vestimentaire de type rural, leurs populations respectives étant d’origine montagnarde, il en va autrement pour les agglomérations situées sur les plateaux et les plaines.
Les habitantes de Blida, ville fondée au XVIe siècle et peuplée de familles d’exilés andalous, profitent par exemple de la proximité d’Alger pour greffer à leurs costumes d’origine médiévale toutes les nouveautés de l’époque ottomane. Les chemises et les tuniques de soie, les pantalons, les coiffes brodées et les parures empruntées à l’Espagne musulmane se transforment, dès la fin du XVIe siècle, bousculées par les apports ottomans et morisques. La qualité des broderies sur toile et sur cuir blidéennes révèle l’existence de traditions vestimentaires raffinées. Ainsi, les femmes de la bourgeoisie locale assimilent le concept levantin des vestes et des gilets enrichis de galons et de boutons de passementerie, en particulier la ghlila et la frimla. Conquise par les troupes françaises en 1839, la Ville des roses qui semble encore plus proche de la capitale pendant la colonisation, possède un costume féminin sensible aux variations des modes algéroises. Ici aussi, la tenue de fête se réduit à la formule moderne du caraco et du serouel allongé. En revanche, les habitantes de Blida conservent un voile blanc, analogue à son voisin d’Alger, mais porté de manière différente. Fidèles au costume de sortie de leurs ancêtres andalouses, elles continuent à ramener leur ample haïk sur le visage de manière à ne découvrir qu’un seul œil.
Les costumes traditionnels de deux autres agglomérations importantes, proche de Blida, se rattachent à leur tour au modèle algérois. L’histoire de Médéa et de Miliana présente d’ailleurs de fortes similitudes avec elle d’Alger : érigées sur le site d’anciennes cités romaines, respectivement Lambdia et Succhabar, elles renaissent vers le Xe siècle, au même moment qu’El-Djezaïr, soit à l’époque des souverains zirides, vassaux des Fatimides. Elles sont ensuite incluses au règne hammadite, avant de devenir almoravides, puis almohades. Gouvernées par les rois de Tlemcen et conquises, à intervalles réguliers, par leurs rivaux mérinides et hafsides, elles se laissent entraîner par Alger, la nouvelle capitale régionale, tout au long de la période ottomane. Ces trois centres urbains, liés par une histoire commune, donnent naissance à des costumes de même nature, mais la croissance rapide d’Alger rompt cette unité. Dès le milieu du XVIe siècle, le costume féminin de Miliana, comme celui de Médéa qui devient pourtant le chef-lieu du Beylik du Titteri, ne parviennent plus à suivre le rythme imposé par l’élite algéroise. Les vestes et les caftans brodés au fil d’or pénètrent toutefois dans les deux villes provinciales. Après 1830, tandis que le costume algérois périclite en l’espace de quelques années à cause du départ du tiers le plus aisé de la population, Miliana, siège temporaire de l’Émir Abdelkader, occupée par les troupes françaises seulement en 1841, conserve des costumes plus stables. Le costume de Médéa, qui constitue elle aussi un relais fondamental pour Abdelkader, à partir de 1837, bénéficie également de quelques années de répit. Avant la fin du XIXe siècle, les habitantes des deux villes renouent cependant avec la capitale et ses innovations. Elles finissent par renoncer aux formes anciennes de tuniques et de vêtements ouverts devant pour s’adonner à leur tour au culte du caraco.
Enfin, le littoral qui s’étend à l’est et à l’ouest d’Alger retient l’histoire de costumes féminins métissés qui accumulent, plus facilement que leurs voisins de l’intérieur, étoffes bigarrées et parures généreuses. Le riche passé antique des cités cosmopolites du Sahel algérois et leur repeuplement, à plusieurs siècles de distance, par les immigrants morisques chassés d’Espagne semble être à l’origine de ce léger clivage. Deux facteurs historiques qui ne se combinent que dans quelques cas heureux puisque la majeure partie des comptoirs phéniciens devenus prospères pendant l’époque romaine, comme Tipasa et Tigzirt, ont succombé sous les raids des Vandales, des Byzantins et des premiers conquérants arabes. L’histoire du costume des cités antiques de la côte algéroise reste donc plus consistante que celle des époques postérieures. Pourtant, à l’instar d’Alger, des exceptions subsistent. Dellys, par exemple, retrouve un paysage vestimentaire de type citadin, après l’arrivée d’une importante communauté morisque qui compte de nombreux artisans. Ces derniers installent des ateliers textiles et profitent de la qualité des eaux de la région pour obtenir des teintures de qualité exceptionnelle. Ils produisent alors des lainages, des soieries et des rubans de soie qui s’exportent vers les autres villes de l’Algérie centrale et orientale. Bien entendu, les habitantes de la petite cité portuaire sont les premières à exploiter ces tissus aux coloris brillants pour confectionner tuniques, manteaux, vestes et gilets dont les modèles, importés d’Espagne, ne tardent pas à se modifier sous l’influence du costume d’Alger.
Dans les villes maritimes de l’Ouest, l’apport morisque semble encore plus déterminant. Cherchell retrouve le vague souvenir des costumes somptueux de l’ancienne élite numide hellénisée, puis romanisée, lorsque des milliers d’immigrants espagnols musulmans s’y établissent. Seize siècles auparavant, le costume d’origine punico-numide de l’ancienne loi, cité carthaginoise qui devient Julia Caesarea ou Césarée, la prestigieuse capitale du roi numide Juba II, en 25 avant J.-C. avait su faire sien, une première fois, un art vestimentaire originaire d’une autre rive de la Méditerranée : la Grèce l’avait pourvu de ses péplums drapés, de ses voiles et de ses coiffures savantes par l’intermédiaire des artistes, des lettrés et des marchands qui fréquentaient la ville. Quand Césarée devient une colonie romaine, peu avant le milieu du 1er siècle, son élite se vante de porter des vêtements et des bijoux aussi luxueux que ceux de l’élite de Rome. Un privilège remis en cause par les soulèvements des populations berbères de l’intérieur, puis par la conquête vandale. Au VIe siècle, dans la capitale de la province byzantine de Maurétanie césarienne, les costumes ne parviennent plus à retrouver le faste d’antan. Ils devront attendre près d’un millénaire avant de reprendre leur élan et de se hisser au niveau des costumes des capitales culturelles de la région. L’éventail complet de la garde- robe morisque s’implante dans la ville, en même temps que les mûriers pour cultiver le ver à soie et les manufactures de tissage des soieries. Majoritaires au sein de la population, les Cherchelloises d’origine andalouse superposent les chemises fines, les pantalons confortables, les robes de soie garnies de broderies, les manteaux et autres types de vestes portées ouvertes, ainsi que les bijoux en or filigranés, émaillés et sertis de pierreries. Elles sortent enveloppées d’un voile drapé, complété par un serouel en toile auquel sont attachés des houseaux blancs tellement longs qu’ils dissimulent les jambes sous des plis généreux. Cette mode, importée d’Espagne, apparente le costume féminin cherchellois aux costumes des cités maghrébines les plus marquées par l’influence andalouse, telles que Fès ou Rabat. Ainsi, les chaussures plates en marocain noir, appelées chebrella, elles aussi indispensables au costume de sortie andalou, perdurent plus longtemps à Cherchell qu’à Alger.

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Extrait de Leyla Belkaid.

Robes oranaise citadines.


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Le costume d’Oran

À quelque distance de Carthagène, ville édifiée sur le littoral ibérique au IIIe siècle avant J.-C., Oran se dresse elle aussi sur l’emplacement probable d’un comptoir phénicien ou carthaginois. Toutefois, il ne semble pas qu’elle ait joué un rôle notable dans l’histoire pré-romaine de l’Algérie occidentale, pas plus d’ailleurs que pendant l’époque romaine, vandale ou rostémide. Privé d’un passé antique consistant, l’itinéraire du costume oranais débute vers le Xe siècle, après que des marins andalous aient choisi d’y installer une escale afin d étendre le réseau de leurs activités commerciales. Aussitôt créée, Wahran est convoitée par les dynasties musulmanes qui dominent l’Afrique du Nord et l’Andalousie. Elle est d’abord incluse au domaine des Fatimides de Kairouan, puis, environ un siècle plus tard, à celui des Omeyades de Cordoue, avant de passer sous tutelle almoravide vers la fin du XIe siècle. Autant dire que la petite cité côtière, continuellement déstabilisée, se pourvoie difficilement d’une véritable élite citadine, capable de faire sien le style vestimentaire des capitales maghrébines et andalouses.
L’histoire du costume de Wahran commence réellement sous le règne des Almohades. Favorable à la croissance des villes portuaires grâce à l’essor rapide du commerce maritime, cette période assiste à l’irruption des étoffes soyeuses et des fins lainages produits par les manufactures des royaumes musulmans d’Andalousie sur les marchés de la ville. Ainsi, dès le XIIe siècle, la proximité d’Alméria, le premier centre textile de Méditerranée occidentale, conduit les femmes appartenant aux familles qui gèrent l’économie locale à afficher des vêtements coupés dans des tissus luxueux. Elles superposent des chemises à manches évasées et des tuniques en soie analogues à celles des citadines andalouses. Le costume oranais médiéval s’apparente ainsi à celui des centres urbains espagnols les plus proches, bien que l’appartenance à une même entité politique et économique ne signifie pas l’uniformisation du paysage vestimentaire des provinces occidentales du royaume almohade. Les coiffes brodées, les foulards soyeux, les voilettes transparentes, les couronnes ajourées, les bijoux filigranés et émaillés de la noble andalouse ne figurent pas encore dans la garde-robe oranaise. Pourtant, vers le XIIIe siècle, Wahran devient le port principal du royaume de Tlemcen. Elle s’impose dans la vie commerciale du bassin occidental de la Méditerranée et signe des traités commerciaux avec Venise et Gênes. Après le démantèlement de l’Empire almohade, malgré la pression exercée par les Hafsides de Tunis et surtout par les Mérinides de Fès qui parviennent à plusieurs reprises à assiéger et à conquérir ce port désormais stratégique, le style de vie de l’élite, comme son costume, poursuit sa lente ascension vers les modèles tlemcénien et andalou.
Bien que gouvernée par les rois zianides, Wahran se développe, mais elle ne devient pas, à l’instar de Nédroma, la rivale de Tlemcen sur le plan culturel. Sa bourgeoisie porte des costumes sobres qui s’alignent sur ceux de la cour zianide, sans chercher à en surpasser le faste. C’est entre le XIVe et le XVe siècle qu’une véritable « culture du costume » finit par s’enraciner dans la ville. L’épanouissement de l‘artisanat de luxe local, après l’arrivée de nombreuses familles juives majorquines, encourage le renouveau des modes vestimentaires. Malheureusement, cette lancée s’interrompt brusquement lorsque les troupes espagnoles s’emparent de Wahran en 1509. Vidée de son élite et arrachée au royaume de Tlemcen, elle se mue en forteresse militaire. Une situation nouvelle qui bouleverse l’histoire du costume oranais puisqu’elle dure deux siècles. Le costume féminin s’appauvrit et se fige dans le temps. La Reconquista dévie inexorablement sa destinée. À l inverse des siècles précédents, la proximité des côtes ibériques s’avère, pour la première fois, défavorable à l’évolution des modes locales. Ces dernières semblent imperméables à l’influence du costume, sans doute trop austère, des Espagnoles catholiques qui s’installent à Oran : les corsages étriqués qui écrasent la poitrine et les jupes coniques soutenues par des cerceaux rigides sont ignorés tant par les Musulmanes que par les Juives.
Au XVIIe siècle, le costume d’Oran semble marginal par rapport à ceux des autres métropoles d’Algérie, au moment où les emprunts aux costumes morisques et levantins stimulent la renaissance du patrimoine vestimentaire citadin. Les Espagnols sont contraints à quitter la ville au début du siècle suivant, mais les années qui s’écoulent avant leur retour en 1732 ne suffisent pas à instaurer des liens durables entre le costume des Oranaises et celui des Tlemcéniennes ou des Algéroises. Le rattachement de la ville portuaire au Beylik de l’Ouest et à la Régence d’Alger a finalement lieu, après plus d’un demi-siècle, lorsque le siège du Bey Mohamed El Kebir provoque le départ définitif de la flotte espagnole en 1792. Les quatre décennies qui séparent cette date historique de la capitulation du dernier Bey d’Oran devant les soldats français en janvier 1831 seront déterminantes dans l’histoire du costume local. Aussi bien le tremblement de terre dévastateur de 1790 que, quatre ans plus tard, l’épidémie de peste laissent derrière eux une population démunie. Pourtant, grâce à sa position privilégiée, la ville libérée s’octroie un rôle économique et politique de premier ordre. Elle instaure rapidement des relations rapprochées avec la capitale de la Régence. Le transfert de familles notables, originaires aussi bien de Tlemcen et d’Alger que de villes secondaires comme Mascara et Mostaganem, véhicule des habitudes vestimentaires encore méconnues à Oran.
À l’aube du XIXe siècle, le caftan de velours brodé au fil d’or figure dans le costume de fête oranais, en particulier dans la tenue nuptiale. Les autres vêtements ouverts qui couvrent la chemise et la robe-tunique portées au quotidien s’alignent sur leurs voisins de Tlemcen, eux-mêmes imprégnés de l’influence des modèles d’Alger. Ainsi, le boléro fermé entre les deux seins, appelé fermla, possède toutes les caractéristiques de son homonyme tlemcénien : décolleté profond de type levantin, agrémenté de boutons de passementerie piriformes, longueur supérieure à celle de la frimla algéroise et surtout rinceaux brodés sur le dos et triangles rigides, brodés également au fil d’or, identiques par leur forme et par leur position à ceux qui paraissent sur la devanture du caftan. La fermla s‘endosse par-dessus la chemise ou la robe sans manche qui rappelle la ‘abaya de Tlemcen. Taillée dans une soierie brochée ou damassée pour les femmes les plus riches et dans une toile rayée ou unie pour les plus modestes, cette robe recouvre le corps de la chemise blanche. Enfin, les accessoires en velours, babouches et coiffes coniques ornées de volutes brodées au fil d’or, proviennent le plus souvent des ateliers artisanaux tlemcéniens.
Les principales composantes du costume des Oranaises les plus aisées présentent des corrélations évidentes avec les pièces spécifiques au costume de Tlemcen, pourtant le XIXe siècle n’assiste pas au jumelage des traditions vestimentaires des deux métropoles. Comparé à celui des Tlemcéniennes, l’engouement des habitantes de la ville portuaire pour les accumulations de joyaux semble plutôt modéré. Bien que dotée de diadèmes, de rangs de perles baroques et de tous les types de bijoux en or, incrustés de pierreries colorées ou d’éclats de diamants, qui appartiennent au répertoire citadin algérien, leur parure demeure un peu moins opulente que celle des aristocrates de l’ancienne capitale zianide. Dès 1831, la mise des Oranaises est condamnée à s’éloigner davantage du luxe tlemcénien car, au lendemain de la pénétration des troupes françaises, le départ du Bey et de l’élite réduit la population musulmane à quelques dizaines de familles. Onze fois plus nombreuses que leurs concitoyennes musulmanes restées sur place, les Juives oranaises deviennent les garantes d’un artisanat et d’un patrimoine vestimentaire menacés de disparition.
Plus que toutes les autres villes de l’Algérie coloniale, Oran se peuple rapidement de familles européennes, en majorité espagnoles, puis de familles d’origine rurale chassées de leurs terres et contraintes à l’exode. Cette nouvelle conformation de la société oranaise n’est guère propice à la permanence d’un riche costume traditionnel, mais elle encourage une pénétration plus marquée des modes algéroises. Néanmoins, à la fin du XIXe siècle, les mariées musulmanes qui peuvent se l’offrir exhibent un caftan de velours et une somptueuse robe de soie mêlée de fils d’or. La coupe cintrée du caftan et les broderies figurant des oiseaux et des tiges feuillues parmi des motifs végétaux stylisés, plus anciens, témoignent sans doute de l’influence de la mode européenne. Un caftan original qui résiste seulement l’espace de quelques décennies, mais qui symbolise la volonté de préserver une culture vestimentaire autochtone. Cependant, avant le milieu du XXe siècle, cette tradition finit elle aussi par s’effacer. Oran est la seule ville qui compte une communauté d’origine européenne supérieure à la population algérienne musulmane; elle devient sans doute trop cosmopolite pour permettre l’émergence d’un dérivé moderne du caftan.
L’alternative choisie par les Oranaises est celle de la blouza. D’ailleurs, l’origine française du nom de cette robe hybride et des manches ballon qui la rendent tellement caractéristique pourrait laisser penser quelle a d’abord vu le jour à Oran, plutôt que dans une cité aussi conservatrice que Tlemcen. Il est difficile de vérifier cette hypothèse car, après l’indépendance de l’Algérie, les contacts entre la ville portuaire, qui demeure la seconde métropole du pays, et les villes de l’intérieur redeviennent intenses. Comme à la fin du XVIIIe siècle, lors du départ des Espagnols, des familles tlemcéniennes s’installent à Oran, attirées par les opportunités professionnelles offertes par la ville maritime. Ce rapprochement conduit les blouzat des deux villes à évoluer simultanément. Aujourd’hui, les brodeuses oranaises s’ingénient à réinventer des motifs de broderies et des assemblages de perles de passementerie pour façonner des plastrons qui s’accordent harmonieusement aux dentelles ou aux soieries polychromes de la blouza. Les plastrons ainsi décorés confèrent un aspect imposant à la poitrine et nécessitent l’emploi d’épaulettes cachées pour mieux soutenir le poids du vêtement. Des pièces rigides rehaussées de broderies qui reproduisent, en plus petit, le motif décoratif principal du plastron sont fixées sur la partie externe de chaque manche. Le volume, toujours redondant, des manches dépend désormais de la grandeur de cet ornement supplémentaire. Une nouveauté qui illustre le goût retrouvé des Oranaises pour les costumes de fête éblouissants.
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Costumes du Sahara


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Costumes du Sahara

La complexité des costumes féminins du sud algérien contraste avec la précarité des conditions de vie qui sévissent dans les régions désertiques. En bordure du versant sud- ouest du massif de l’Aurès, entre Biskra et El-Bayadh, en passant par Bou-Saâda et Laghouat, les tribus sédentaires et nomades qui peuplent les Hauts Plateaux et l’Atlas saharien obéissent à des traditions vestimentaires aux origines antiques. Parmi les costumes les plus caractéristiques, ceux des monts des Ouled Naïl et du Djebel Amour sont destinés à devenir représentatifs des villes de Biskra et de Bou-Saâda, dès le XIXe siècle. Apparentés aux costumes aurésiens, ils s’organisent autour du péplum à fibules et accordent un rôle primordial à la parure, en particulier aux bijoux de tête.
La melehfa ou lhef des femmes Ouled Naïl se drape autour du corps de la même manière que l’elhaf de l’Aurès, soit par l’intermédiaire d’une paire de fibules en argent, ajourées et cernées de dentelures. La fibule, appelée bzima, ketfiya ou khelala, selon les localités, a la forme d’un triangle plat ou légèrement renflé sur les côtés. Sa base soutient l’ardillon, alors que son sommet s’oriente vers le sol. Elle peut être supplantée par un modèle plus archaïque qui consiste en un anneau métallique épais, aux extrémités saillantes, pourvu d’un ardillon acéré. Une chaîne chargée de porte- talismans, appelés hrouz ou ktoub, joint les deux fibules. Sur les épaules, la mante de fin lainage ou de cotonnade se superpose au péplum et exploite les ardillons de ses fibules pour rester en place. Parfois, une broche circulaire la maintient sur le haut de la poitrine : cette habitude s’applique davantage à la chemassa ou semmacha mdeoura, illuminée d’une pièce de monnaie ou d’un discret miroir arrondi des villageoises du Djebel Amour qu’au mdeouar des Ouled Naïl. Plus coquettes, ces dernières préfèrent accrocher leur fibule arrondie sur le bord supérieur du péplum en guise de bijou ornemental. Elles choisissent sinon de destiner deux broches, serties de verres colorés et entièrement bordées de grenailles ou de petits disques perforés, à la fonction de temporaux, ou encore d’en agrafer trois exemplaires sur la devanture de leur turban, au-dessus du front.
Le mdeouar peut aussi effleurer le menton, lorsqu’il est épinglé sur les bords du voile de tête blanc surmonté par le turban. Il le referme ainsi autour du visage. Toutefois, à cause de l’étroitesse de ce voile qui parvient difficilement à contourner la coiffure volumineuse des femmes Ouled Naïl, deux petites fibules liées par une double chaîne se substituent souvent à la broche ronde. Cette solution permet de laisser le voile entrouvert afin d’exhiber les énormes tresses, rembourrées de brins de laine, spécifiques aux coiffures de la région. De même, les pendants de tempes du type chenag, la jugulaire ou qtina avec ses chaînes mentonnières à anneaux aplatis et les colliers de différentes longueurs, notamment l’imposant plastron de rangs de sequins appelé chentouf, apparaissent au grand jour. Enfin, les khros, larges anneaux d’oreilles portés en nombre, profitent également de cette disposition du voile pour déployer leurs demi-sphères filigranées ou ajourées, d’autant que les oreilles sont complètement masquées par les cheveux tressés. Des mcharef à dents de scie de style aurésien les remplacent parfois. En revanche, la visibilité des joyaux affichés sur la façade du haut turban qui domine la coiffure des Ouled Naïl ne dépend pas de l’agencement du voile. Outre les trois mdeouar, les femmes se parent fréquemment d’un diadème, ‘assaba ou jbin, formé d’une ou de deux rangées de plaques à charnières. Les habitantes du Djebel Amour l’appellent mchebek et plantent au sommet de sa plaque centrale une, voire plusieurs plumes d’autruche. Il existe une autre sorte de diadème, plus souple, qui aligne des pièces d’orfèvrerie allongées et renflées, prolongées par des breloques; une petite plaque carrée, garnie de dessins filigranes et d’un verre serti, s’insère au milieu du joyau.
Les femmes de l’Atlas saharien choisissent leurs bijoux avec autant de minutie que les textiles attribués à chaque pièce du costume. Afin d’obtenir un ensemble vestimentaire harmonieux, la couleur du pan d’étoffe posé sur les épaules en guise de mante doit trancher avec la teinte claire du voile, mais elle doit en même temps se différencier du tissu du péplum et de celui des manches rapportées de la chemise. À cette somme de toiles de coton et de laine hétéroclites s’additionnent aussi les deux ou trois tissus distincts qui forment le majestueux turban. Dès la fin du XIXe siècle, l’abandon des lainages artisanaux et la propagation des indiennes et d’autres étoffes manufacturées d’importation stimulent cette propension à l’assortiment d’imprimés et de coloris panachés. Si une femme Ouled Naïl ne laisse pas flotter le pan de son péplum librement, elle le resserre autour de la taille avec une haute ceinture en tissu, généralement rayé, qui ajoute à l’aspect bigarré du costume. Lors des fêtes, elle lui préfère cependant une large ceinture métallique, décorée de volutes gravées et de chaînes terminées par des pendeloques. La forme massive de cet accessoire s’accorde avec les dimensions des dhouh et des souar, bracelets rehaussés de tiges saillantes qui parent chaque avant-bras. Sans oublier les hauts bracelets de chevilles ornés de plaques pivotantes en forme de fleurs stylisées.
La magnifique ceinture des habitantes de l’Atlas saharien est pourtant amenée à disparaître car, comme dans les autres régions rurales d’Algérie, le péplum finit par se retirer devant une gandoura accompagnée d’une ceinture plus fine. Au début du XXe siècle, cette robe admet deux types de hzam de style citadin pour adhérer à la taille. Le premier, en cuir revêtu de velours brodé au fil d’or, comme le second avec ses plaques ajourées rectangulaires à charnières, se ferment par une boucle métallique richement travaillée. Le turban des Ouled Naïl va connaître lui aussi un déclin : la primauté revient désormais au diadème et à la jugulaire qui substituent des rangs de louis d’or aux chaînes en argent.
Malgré la raréfaction des turbans, les costumes de l’Atlas saharien continuent à privilégier la coiffure et les bijoux de tête par rapport aux vêtements. Cette caractéristique se retrouve dans les costumes féminins du Mzab. Située au sud de Djebel Amour, sur le chemin qui lie Laghouat au cœur du Sahara, Ghardaïa, cité fondée au XIe siècle par les Kharédjites, révèle un patrimoine vestimentaire diversifié, en dépit du rigorisme de la doctrine religieuse ibadite. La richesse du costume mozabite réside surtout dans sa nature métissée, à la fois citadine et rurale. La position stratégique de la ville qui vit des échanges commerciaux entre les métropoles du Nord et les oasis du Sud, explique sans doute cette hybridité. Au début du XXe siècle, celle-ci se manifeste, par exemple, au niveau des bijoux qui dominent la coiffure nuptiale appelée kambousa ou takenboust. Ils s’apparentent aux modèles des monts de l’Aurès ou de l’Atlas saharien, mais leur taille mesurée et l’éclat de l’or finement ouvragé leur confèrent une touche citadine indéniable. Ainsi, l’étroit chignon, élevé en hauteur, qui réunit une partie des cheveux de la mariée retient plusieurs fibules en or triangulaires et circulaires, ainsi que trois épingles, khellelat, sans oublier les cauris porte-bonheur. Des foulards et un bandeau ou ‘akri de soie rouge qui soutiennent une jugulaire et une paire de temporaux parachèvent cette coiffure. Chaque pendant de tempe ou tekfina arbore plusieurs chaînes à maillons aplatis, suspendues à une plaque triangulaire en or ajouré aux deux bords latéraux dentelés et courbés.
Le reste du costume nuptial paraît moins original : la chemise à manches de tulle et le péplum blancs sont complétés lors du troisième jour des noces par un ample fichu coloré ou ‘abrouq qui s’accroche aux fibules, puis, trois jours plus tard, par un voile de laine blanc, le ksa. C’est seulement à l’occasion du septième et dernier jour de la célébration du mariage que ce costume devient plus riche. Il exhibe un ksa rouge, une coiffure nouvelle avec trois tresses prolongées par des glands argentés et quantité de joyaux. Les fibules ajourées du type tisegnest, épinglées sur le péplum à hauteur d’épaules, les broches ou bzaïm arrondies aux cabochons de verre coloré, les boucles de ceinture de style constantinois, les innombrables colliers appelés cherka qui comportent notamment quelques ‘asreyin chargés de sequins et de pièces en or représentant des mains stylisées et des croissants de lune, ainsi que les souar ou tisegdrin, bracelets aux motifs redondants, diffusent une lumière éclatante qui valorise la couleur du ksa. À côté des fibules et des colliers, le buste est orné d’une parure pectorale qui réunit des breloques en forme de main, des fragments de corail et plusieurs boîtes à amulettes prophylactiques carrées, cylindriques ou triangulaires. Enfin, trois ou quatre paires de grandes boucles d’oreilles achèvent de donner à la parure un aspect opulent. A l’aube du XXe siècle, deux sortes d’anneaux d’oreilles cohabitent à Ghardaïa : le plus ancien, appelé tiouinès, se termine par un verre coloré ou par un renflement qui représente une tête de serpent, pendant que le plus récent, la mecherfa ou timechreft, ressemble au bijou aurésien du même nom, avec sa frange de chaînettes dite idlalen.
Moins réglementé que les différentes tenues nuptiales, le costume quotidien mélange plus librement les bijoux en or et en argent. Il bénéficie en outre du goût des femmes mozabites pour les accords de couleurs intenses. Elles réservent les teintes sombres, en particulier le noir, le violet et le bleu foncé, au péplum, dit melahfa. Le coloris du lainage du péplum, remplacé dès les premières décennies du XXe siècle par des cotonnades et autres textiles de fabrication industrielle, se marie à ceux, généralement plus délicats, du foulard de tête et de la longue mante en soie finement rayée, appelée ‘abrouq ou meherma, qui enveloppe les épaules et le dos. Le soin apporté au choix des couleurs s’observe jusque sur le galon lisse ou tressé, appelé tasfift, qui rehausse de sa tonalité vive les bords de la melahfa. Les chaussures traditionnelles en cuir rouge complètent cette composition chromatique. Au contraire, la chemise et la gandoura enfilées sous le péplum, pendant la saison froide, utilisent des étoffes aux tons clairs et neutres, tels que le blanc ou le rose. Seules la couleur des voiles est strictement dictée par la coutume mozabite. Le khemri en laine, tissé sur les métiers domestiques, doit être noir. Il est cerné d’une bande de soie rouge, enrichie de broderies géométriques polychromes. En hiver, ce voile ancien remplace le fichu de tête. Quant au ksa en étoffe rouge, il peut être parcouru de rayures noires ou blanches. Le haouli dont les femmes mariées s’enveloppent, dès qu’elles sortent de chez elles, reste en revanche uniformément blanc. Similaire au haïk des villes septentrionales, l’élément le plus externe de la tenue de sortie confirme ainsi le rattachement du costume mozabite à la famille des costumes citadins algériens. D’ailleurs, à l’instar des Tlemcéniennes et des Blidéennes, les habitantes de Ghardaïa et des cités voisines, telles que El-Ateuf, Melika ou Bou-Noura, ramènent le haouli sur leur visage de façon à ne dévoiler qu’un seul œil.
Les villes du Mzab, passées sous protectorat français au milieu du XIXe siècle, se rattachent à l’Algérie coloniale en 1882, sans assister à l’arrivée de familles européennes. La population mozabite, déjà réputée pour son conservatisme, sauvegarde donc aisément ses traditions vestimentaires. Les autres provinces sahariennes sont annexées plus tardivement encore par l’administration coloniale, vers la première décennie du XXe siècle. Les costumes vernaculaires des villes et des oasis, comme Ouargla, El-Goléa, Beni-Abbès ou Timimoun, parviennent eux aussi à se préserver de toute forme d’acculturation. Parmi les costumes les mieux épargnés par les nouveautés venues du Nord, celui des Touaregs du Hoggar et du Tassili demeure sans conteste le plus original. Contrairement aux costumes des abords septentrionaux du Sahara, ils ne semblent pas avoir assimilé le principe du péplum de type dorien. Ceci expliquerait pourquoi la fibule, tellement chère aux Algériennes des autres provinces, reste absente de la parure, pourtant complète et variée, de la Targuia. Ces longues tuniques en toile, évasées vers le bas, sont en effet cousues sur les côtés. L’ensemble du costume garde toutefois l’allure d’un majestueux drapé grâce au voile enveloppant, porté ouvert ou rabattu sur une épaule. Un pendentif en argent, appelé asarou n’seoul à cause de sa forme de clé, aide à le stabiliser. Ce bijou qui distingue les femmes de la noblesse est rehaussé de hachures et de dessins géométriques incisés.
La jeune fille targuia accède simultanément au port du voile, akerhei, et des bijoux chargés d’attributs symboliques et magiques. Le costume nécessite, dès lors, une dépense importante car, en plus des joyaux, le voile utilise plusieurs mètres de tissu. Arrangé de manière à découvrir le visage et la partie frontale de la coiffure, il n’est pas conçu pour assurer les mêmes fonctions que son homologue masculin. Dans cette société traditionnellement matriarcale, c’est l’homme targui qui doit se voiler le visage avec une pièce d’étoffe noire, bleue ou blanche ne découvrant que les yeux. Les couleurs du voile féminin s’inscrivent dans une belle gamme de tons foncés violacés, allant de l’aubergine au noir brillant. De manière générale, à l’exception des manches de la tunique et des longs mouchoirs ou manchons en toile blanche qui pendent aux poignets des femmes aristocratiques, la Targuia tend à privilégier les vêtements confectionnés dans des tissus unis et sombres. Elle s’assure surtout que l’étoffe du voile soit suffisamment lustrée et luminescente pour exalter l’éclat de ses bijoux en argent.
L’élément le plus resplendissant de la parure demeure le pectoral exhibé pendant les cérémonies. Il apparaît pour la première fois sur le costume nuptial. Son nom qui signifie message en berbère « tamachek » l’indique, le teraout est composé d’amulettes prophylactiques où sont glissés des billets qui contiennent des extraits de versets coraniques. Suspendue au cou à l’aide d’un simple cordonnet en cuir ou par l’intermédiaire d’un pièce intercalaire en forme de carré ou de losange, l’amulette triangulaire principale retient trois ou cinq triangles plus petits, bordés de pendeloques ou tichetchatin.
Une paire de temporaux en argent repoussé qui alignent plusieurs triangles de dimension moyenne, analogues à ceux du teraout, s’épinglent à la coiffure finement tressée. Ils dissimulent en partie les énormes anneaux d’oreilles, appelés tizabaten, terminés par une tête renflée à facettes triangulaires. Le pendentif pectoral de la mariée n’exclue pas la présence d’un autre teraout, plus simple, qui comporte une pièce unique, le plus souvent en forme de losange, accrochée à une lanière de cuir ou à un collier de perles foncées. Les femmes portent aussi une troisième forme de pendentif censé éloigner les esprits malins, la khomeyssa, qui rassemble cinq losanges en quinconce. Enfin, les pendentifs les plus légers, appelés tineghel, présentent le nombre le plus élevé de variantes. Les bracelets, réalisés dans des matières différentes, sont également omniprésents dans la parure de la Targuia. Les anneaux en corne cohabitent avec les modèles en argent aux dénominations diverses, tels que 1’issoghan bombé aux dessins géométriques délimités par des fils torsadés et remplis de grenailles. Quant aux bracelets massifs, munis de deux têtes à facettes incisées, ils peuvent aussi se porter aux chevilles.
Les femmes touaregs partagent avec leurs concitoyennes des zones sahariennes plus septentrionales un engouement insatiable pour les bijoux, mais elles sont bien les seules à accorder autant d’importance aux bagues. Lors des occasions particulières, elles les enfilent sur les doigts des deux mains, malgré leurs dimensions encombrantes. Les bagues les plus prisées, appelées tessek ou tissek, supportent un chaton en forme de boîte carrée, cylindrique ou tronconique dont la sur face est décorée de hachures incisées, de grenailles, parfois aussi de demi-sphères ornées de filigrane. Celles dont le couvercle est amovible, en particulier la bague circulaire qui emprunte parfois le nom de la lune, tellit, recèlent un fragment d’étoffe imprégné de substances parfumées ou des graines qui s’entrechoquent en émettant des sons censés détourner les esprits maléfiques. Parée de bagues mystérieuses, la Targuia peut al ors rajuster gracieusement les pans de son précieux voile qui flotte au rythme des vents du désert.

Costumes de l’Aurès.


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Costumes de l’Aurès

Encore plus difficile d’accès que les montagnes de Kabylie, le massif aurésien présente un relief qui fait obstacle aux contacts avec l’extérieur. Cette particularité implique la permanence de formes vestimentaires et de parures vernaculaires peu contaminées par les cuit ures étrangères. Célèbres depuis l’Antiquité pour leur résistance aux envahisseurs de tout bord, les tribus aurésiennes conservent un costume qui appartient à la grande famille des costumes berbères. Ainsi, l’élément fondamental du vestiaire féminin reste le péplum de type dorien, appelé elhaf. Il s’apparente, par le nom, à la melhafa des Constantinoises et de toutes les citadines algériennes, pourtant il ressemble davantage à l’akhellal kabyle et aux drapés maghrébins de type rural.
Le péplum à fibules perdure dans les villages de l’Aurès plus longtemps que dans les autres régions montagneuses de l’Algérie septentrionale. Néanmoins, les femmes aurésiennes renoncent moins difficilement que leurs voisines kabyles à certaines traditions ancestrales liées à l’habillement et à la parure. Dès l’aube du XXe siècle, elles font sertir leurs bijoux de verres colorés et oublient les cabochons de corail rouge. Elles optent aussi pour les cotonnades et abandonnent précocement les laines tissées héritées de l’ère antique. L’elhaf se confectionne alors à partir de lés de toile de coton noire qui lui donnent davantage de souplesse. Les galons de passementerie vivement colorés, le plus souvent jaunes, rouges, verts ou roses, qui soulignent ses bords créent un contraste visuel saisissant. Plus léger que son prédécesseur rustique, 1’elhaf en coton nécessite la présence de vêtements sous-jacents, surtout pendant la saison froide. Une chemise et une tunique, toutes deux coupées dans de simples cotonnades, sont prévues à cet effet. La première, portée à même la peau, s’appelle meqdha. De forme rudimentaire et de teinte sombre, elle possède des manches, tandis que la tunique qui la surmonte, appelée téjbibt, en est dénuée. Quand la température l’exige, les villageoises qui peuvent se le permettre endossent deux ou trois tijbibin. Parfois, c’est plus par ostentation que pour combattre le froid que les femmes superposent les robes de ce type. En effet, apparentée à la djoubba constantinoise dont elle a acquis le nom, en version berbère, la téjbibt semble jouir d’un statut privilégié du fait de son origine citadine: pour preuve, l’accumulation de plusieurs tijbibin entre la meqdha blanche et l’elhaf soyeux de couleur délicate qui habillent la mariée aurésienne.
La proximité de Constantine entraîne l’assimilation du principe du vêtement coupé e cousu par les villageoises d l’Aurès, vers la fin de l’époque ottomane. Les bijoux, bien que façonnés en argent, trahissent également l’influence de la capitale régionale notamment à travers l’usage fréquent de la technique du filigrane. Les deux fibules de l’elhaf sont enjolivées de décors filigranés, mêlés à d’autres types d’ornements, tels que les demi-sphères creuses, les grenailles, les incisions, les contours dentelés, les incrustations de verres rouges ou verts et surtout les ajours qui tracent des motifs géométriques et floraux. La plaque soudée à la racine de l’ardillon de la tabzimt aurésienne supporte ces décorations et différencie les fibules entre elles. Ainsi, l’originalité et la variété des formes des tibzimin qui passent de l’ovale au triangle et au cercle, rehaussent l’uniformité du péplum puisque seul 1’elhaf réservé aux occasions peut afficher des tissus colorés aux tonalités claires, voire même des soieries pour les femmes qui en ont les moyens.
Depuis les temps les plus anciens, la monotonie du péplum quotidien est également rompue par la présence d’une chaîne reliant les deux fibules entre elles qui soutient aussi bien des boîtes à amulettes rectangulaires en argent ciselé ou repoussé, appelées lehrouz, que des boîtes à miroirs circulaires, appelées thilema’in. Les premières renferment des talismans contre le mauvais œil, tandis que les secondes correspondent en général à de simples étuis en cuir qui découvrent la partie centrale du miroir afin de repousser les esprits malins. Parfois, les boîtes à miroir constituent de véritables pièces d’orfèvrerie ; elles sont alors ajourées de manière à ne pas entraver l’action protectrice du miroir. Des pendentifs symbolisant la main qui éloigne le mauvais œil, lointain héritage de croyances antiques punico-numides, peuvent s’adjoindre à ces nombreuses boîtes. La devanture de l’elhaf se dissimule ainsi sous une multitude d’objets magiques. Mais la femme chaouia détient un autre bijou de grande valeur qui suffit à lui seul à parer le buste : le guerran ou aqerran. Chargé de trois disques liés entre eux par des fragments de chaînes, il connecte deux fibules arrondies qui retiennent les pans du péplum. Cet ornement de poitrine comporte donc cinq éléments circulaires ajourés, rehaussés de verroterie et chargés de nombreuses chaînettes à pendeloques, les tiselslet, omniprésentes sur la majorité des bijoux de l’Aurès.
À côté de la tabzimt traditionnelle, une forme plus récente de fibule circulaire s’est infiltrée dans la panoplie des bijoux pectoraux, sans doute vers le début du XXe siècle. Appelée amessak, elle partage toutes les caractéristiques ornementales des fibules aurésiennes, sauf que son ardillon est placé à l’intérieur d’une perforation centrale. Cette broche s’avère idéale pour fixer les manteaux à la base du cou. Les villageoises revêtent en effet des mantes de coupe rudimentaire qui enveloppent les épaules avant de couvrir le corps, telles que le long et épais téjdidh hivernal en laine écrue, l’elthèm estival de cotonnade foncée, ou encore l’élégant ouga en fin lainage et le kettèf en soie. Les Aurésiennes s’en remettent aux bijoux pour embellir leur costume, autant que les habitantes des autres régions rurales d’Afrique du Nord. Elles préfèrent aux encolures brodées les colliers de type cherka, munis d’une pléiade de chaînettes qui créent un véritable plastron, ainsi que l’imposant collier archaïque réservé aux femmes mariées, appelé skhab, avec ses perles brunes odoriférantes, ses coraux et son pendentif massif en forme de main stylisée. Grâce à la ceinture obtenue, comme sa cousine kabyle, par l’assemblage de tresses de laine aux couleurs vives, elles déterminent la longueur du péplum de manière à découvrir la partie inférieure des énormes bracelets de chevilles en argent ciselé dont elles ne se séparent jamais. Au XIXe siècle, l’aspect colossal de ces ikhelkhalen cylindriques d’au moins huit centimètres de haut détonne avec la forme rudimentaire des chaussures, qu’elles soient du modèle le plus répandu qui emploie des semelles d’alfa tressé et qui s’attache autour du pied et de la cheville à l’aide de cordelettes, ou bien du modèle de fête plus coûteux en cuir rouge ou jaune garni de pompons verts, appelé belgha.
L’assujettissement des vêtements aux bijoux s’observe enfin au niveau des bras: les manches évasées de la meqdha dépassent à peine le niveau du coude de façon à laisser paraître les nombreux bracelets, appelés imeqyasen et imesyasen, dont la Chaouia ne saurait se passer. Vers le début du XXe siècle, l’ameqyas le plus commun présente des ornements en relief flanqués de grenailles ou de cabochons de verres. Les Aurésiennes enfilent au moins trois paires d’imeqyasen par bras, mais cette quantité double à l’occasion des cérémonies, à moins qu’elles ne les mélangent à des bracelets ajourés plus anciens ou encore à de larges bracelets pourvus de tiges, appelés souar. La coiffure soutient quant à elle le poids des bijoux de tête prolongés par des grappes de longues chaînes aux pendeloques diversifiées. Les étoffes des foulards et du turban qui coiffent les villageoises se devinent difficilement sous le diadème formé de plaques ajourées illuminées de verroteries, notamment dans les villages de la vallée de l’Oued Abdi où se concentrent les orfèvres les plus habiles et les plus réputés de la région. Pourtant, l’agencement du turban en toile de coton dont les extrémités, soulignées de rubans colorés, débordent sur la tempe ou se déposent sur l’épaule après avoir contourné le visage, requiert une grande dextérité. Proches du diadème, les temporaux ou ne’assa, suspendus au turban et annexés aux chaînes de la jugulaire, ‘angab, qui passe sous le menton, impressionnent parfois par leurs dimensions. Ils jouxtent les tchouchnèt ou timchrafin, splendides anneaux d’oreilles d’origine byzantine rehaussés de motifs ajourés internes et de dentelures externes, qui émergent du turban.
L’extrême variété des anneaux d’oreilles aurésiens du XIXe siècle se réduit, au cours des décennies suivantes, à quelques modèles de boucles aux dimensions plus modestes. Avant le milieu du XXe siècle, la tchouchana disparaît et la timechreft devient démodée. Aussi, la coutume qui veut que les femmes alignent trois ou quatre anneaux différents sur chaque oreille et accrochent les plus lourds d’entre eux au turban à l’aide de cordonnets s’efface progressivement. L’influence croissante des modes citadines encourage la diffusion de bijoux moins massifs. Le skbab, privé de ses coraux, se limite désormais à quelques rangs de perles odoriférantes portées par les montagnardes les plus âgées, pendant que les ikhelkhalen, encore omniprésents pendant le premier quart du siècle, s’éclipsent face à des anneaux de chevilles plus étroits, les irdifen, inspirés des rdaïf constantinois. L’allégement de la parure touche toutes les parties du costume ; il coïncide avec l’élimination du péplum traditionnel. La longévité de l’elhaf dépasse celle de l’akhellal de Kabylie car le drapé aurésien s’adapte aux cotonnades manufacturées, unies ou bigarrées, au même titre que les foulards de tête, la chemise et la robe de dessous. Il finit toute fois par céder lui aussi le pas devant la téjbibt, dès le milieu du siècle. Cette robe cousue partage avec la taqendourth kabyle son empiècement garni de galons colorés et ses étoffes parsemées de fleurs imprimées, mais elle s’en différencie par l’absence de manches, d’où l’usage indispensable d’une chemise à manches. Elle provoque naturellement la raréfaction des fibules et des parures pectorales. Les boîtes à amulettes descendent alors vers la taille et s’accrochent à la ceinture en laine. Elles sont à leur tour condamnées à se dissiper, à peine la ceinture métallique de style constantinois, formée de plaques ajourées rassemblées par des charnières, s’est-elle acclimatée au costume de cérémonie aurésien.
Au lendemain de l’indépendance, beaucoup de femmes optent pour les parures en or. Celles-ci reproduisent le plus souvent le style décoratif des bijoux de la région, pourtant l’acculturation du costume féminin semble plus prononcée qu’en Kabylie. Les bijoux de tête se résument à une simple série de sequins ou au diadème à charnières, lejbin, lui aussi importé de Constantine. Plus encore, les jeunes femmes se passionnent pour la ferronnière en or algéroise ou khit errouh. D’autre part, depuis que les mantes épinglées à la base du cou se sont transformées en élégantes étoles de soie blanche qui enveloppent les épaules et les bras, la fibule est acculée à remplir un rôle purement décoratif. Enfin, la robe de fête actuelle imite la djoubba constantinoise : elle s’agrémente autour de l’encolure de broderies dorées qui répètent des motifs circulaires exécutés à la machine. Cependant, à l’occasion des manifestations folkloriques, c’est bien l’ancien péplum drapé noir, gansé de rubans colorés, que les danseuses aurésiennes déploient avec fierté.

Histoire de la ville d’Oran.


Histoire de la ville d’Oran

oran

Il semblerait que le nom « Wahran » (Oran en Arabe) vient du mot arabe « wahr » (lion ») et de son duel (deux) Wahran (deux lions).La légende dit qu’a l’époque (vers l’an 900), il y avait encore des lions dans la région. Les deux derniers lions chassés se trouvaient sur la montagne près d’Oran et qui d’ailleurs s’appelle « la montagne des lions ». Il existe, devant la mairie d’Oran, deux grandes statuts symbolisant les deux lions en question.

Domination Arabe

Après sa création en 902 par les marins andalous, Oran devient un perpétuel objet de conflit entre Omeyyades d’Espagne et Fatimides de Kairouan. Elle est plusieurs fois détruite pour renaître chaque fois de ses cendres, fatimide ou omeyyade, sur fond d’alliances complexes changeant sans cesse avec les tribus berbères locales: Azadjas, Maghraouas, Ifrides ou Sanhadjas….

La période la plus trouble dure jusqu’en 1016 lorsque la ville devient Omeyyade. En 1081, c’est l’avènement de l’empire almoravide dont le règne finit en 1145 à Oran même où se produit la dernière confrontation avec les Almohades et où meurt le dernier prince almoravide, Tachfine, sur la route de Mers El Kébir en essayant de gagner le port où il devait embarquer pour l’Andalousie.

Avec le début du 13ème siècle c’est la constitution des royaumes de l’est et de Tlemcen sur le corps de l’empire Almohades tandis qu’au Maroc, les Mérinides commencent à prendre du terrain sur l’autorité de l’empire. Le royaume zyanide de Tlemcen, dont font partie Oran et sa province, est alors pris en étau entre les Hafcides de l’est et les Mérinides de l’ouest.

Durant toute cette période violente, Oran constitue chaque fois le motif essentiel des conflits, en tant que principal port du royaume de Tlemcen et l’un des carrefours primordiaux des relations commerciales du bassin méditerranéen On sait que les Mérinides vont, à un certain moment, jusqu’à proposer la paix avec Tlemcen à condition de continuer de garder Oran. Durant toute cette période aussi, la ville d’Oran sera tour à tour et plusieurs fois de suite, zeyanide, Mérinide, hafcide. Le premier siège Mérinide d’Oran a lieu en 1296, et la dernière tentative des rois de l’ouest de rependre Oran a lieu en 1368 sous le roi zeyanide Abou Hammou Moussa II.

Suit alors une longue période Tragique marquée par les luttes intestines au sein du royaume de Tlemcen pour la succession au tronc jusqu’en 1425 lorsque le sultan hafcide Abou Farés, qui reprend tout le Maghreb central, désigne Abou El Abbés, dernier fils de Abou Hammou ll, à la succession. Mais la brouille zeyanide ne s’arrête pas pour autant le gouvernement de la ville d’Oran fait aussi l’objet de convoitise au sein de la famille zeyanide.

De ce fait la ville constitue chaque fois un foyer de résistance à la cour de Tlemcen, comme une sorte de principauté indépendante se gouvernant seule et librement. C’est sans doute à la faveur de ces dissensions et ces déchirement continus. qui affaiblissent le royaume. que se fait la prise d’Oran par les Espagnols en 1509.
Domination espagnol

Cela commence par un massacre et se termine par un tremblement de terre.

Entre les deux événements prés de trois siècles se sont écoulés. 1509, après l’occupation de Mers-el-Kebir quatre années auparavant, les troupes espagnoles, levés par le cardinal Francisco Jiménes de Cisneros, s’attaquent à Oran, s’assurent d’elle entièrement après avoir passé une bonne partie de sa population au fil de l’épée et transforment aussitôt les plus belles mosquées de la ville en églises.

Il y’a du ressentiment à la base de cette entreprise, mais aussi une ambition stratégique: faire de l’Oranie un réservoir alimentaire pour l’Espagne et contrôler durablement la partie occidentale des cotes algériennes.

Deux objectifs, deux échecs. Ce rêve orgueilleux ne pourra jamais prendre quelque consistance. Et la longue occupation espagnole, n’assurera jamais une domination réelle au delà des forteresses continuellement attaqués. Quand a la prétention de faire de cette région un grenier à blé pour la péninsule, elle apparut bien vite pour ce qu’elles était, une illusion, car derrière les forteresse les troupes espagnoles ont plus comté sur quelque chargement salvateur, venant de Malaga ou de Carthagène que sur ce qu’elles pouvaient arracher aux terres et au tribus de la région qu’elles surveillaient, peu ou prou, de leurs remparts.

C’est ainsi que le compte d’Alcandete fait dire a l’un de ses messagers parti en 1535 pour la cour  » j’ai eu plus de peine à défendre ces deux places contre la faim que contre l’ennemi ».

En prés de trois siècle, la place d’Oran eut à subir dix grand sièges qui durèrent de quelque semaines a quelques mois, mais en vérité, chaque année ou presque connaissait ses deux ou trois petites attaques de harcèlement. L’image du  » pieux et vaillant guerrier espagnol  » était réduite au syndrome de l’assiégé s’inquiétant de l’épuisement des vivres et des munitions et toujours guettant l’arrivée de secours incertains par mer.

La première libération d’Oran s’est faite en 1705 par le Bey Bouchelagham qui en fit le siége du beylick. Mais cette libération est de courte durée puisque les Espagnols reprennent la ville en 1732 avec une flotte plus importante que la première. Néanmoins, cette seconde implantation espagnole s’avèrent plus difficile que la précédente. Elle prend fin en 1792, un 8 octobre. Ce jour-là, la ville espagnole est assiégée par Mohamed ben Othman, dit Mohamed El Kebir.

Au cour de la première nuit du siége, un tremblement de terre détruit Oran, et Mohamed El Kebir, qui aurait pu prendre la ville sans coup férir, préfère laisser les Espagnols enterrer leur morts et soigner leurs blessés. Des négociations vont s’ouvrir qui durent toute une année pendant laquelle les Espagnols cherchent à se maintenir par des renforts.

Mais le 12 septembre, le Bey propose un traité au roi Charles IV , que celui-ci se trouve alors obligé de signer. Début 1792 enfin, les Espagnols quittent définitivement Oran. L’incapacité des Espagnols à pénétrer à l’intérieur des terres et a s’y maintenir a toujours été une constante de leur présence en Oranie. Ainsi, leur occupation de la cote oranaise, déjà onéreuse, s’est finalement révélée vaine. La preuve en est que, mis a part des murailles encore debout ou effondrées, il n’en reste pas grand chose dan la mémoire de la ville, sauf quelques survivances dans le langage des Oranais et, parmi elles, cette expression tellement significative des misères endurées par les espagnols cantonnés dans Oran.

A ce jour, en effet, pour marquer la distance et l’éloignement, on dit de quelqu’un qu’il habite Cartajena. Carthagène, le port Espagnol d’ou les vivres, les munitions et les secours ne vinrent jamais à temps quand ils vinrent…

Les successeurs de Mohamed El Kebir au Beylick de l’ouest, dont Oran est le siége, sont Othman, Hocine El Manzali, Mohamed Mékalléche, tous trois fils de Mohamed El Kebir, puis hocine El Manzali encore une fois, ensuite Mohamed Errikid, frère de Mohamed El Kebir, qui sera connu sous la nom de Boukabous, ensuite Ali Kara Bargli, gendre de Mohamed El Kebir,enfin Hassan, ancien cuisinier de Othman. Hassan gouverne le beylick jusqu’en 1830 quand, après la prise d’Alger par l’armée française, une escadre commandée par le capitaine de Bourmand, rentre à Mers-El Kebir.

Après quelque jours de négociations. Hassan remet sa lettre de soumission. Mais la prise réelle de la ville se fait en janvier 1831 par le général Danrémont qui trouve sur place que 2750 habitants, dont 2500 juifs. Le 7 janvier de cette année, le Bey Hassan est autorisé à partir à la Mecque avec sa famille et ses bien.
Domination Française

Corniche oranaise

En 1831, la ville comme le reste du pays devint colonie française. La ville a été préfecture du département d’Oran qui occcupait tout l’ouest. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le 3 Juillet 1940 la flotte française du gouvernement de Vichy basée à Mers el Kébir, fut bombardée par la flotte anglaise venant de Gibraltar, cette attaque occasionna 1000 morts dans les rangs francais. Le 8 novembre 1942, c’est au tour des anglo-américains de débarquer, prélude au débarquement en Italie.Après sa création en 902 par les marins andalous, Oran devient un perpétuel objet de conflit entre Omeyyades d’Espagne et Fatimides de Kairouan. Elle est plusieurs fois détruite pour renaître chaque fois de ses cendres, fatimide ou omeyyade, sur fond d’alliances complexes changeant sans cesse avec les tribus berbères locales: Azadjas, Maghraouas, Ifrides ou Sanhadjas….

La période la plus trouble dure jusqu’en 1016 lorsque la ville devient Omeyyade. En 1081, c’est l’avènement de l’empire almoravide dont le règne finit en 1145 à Oran même où se produit la dernière confrontation avec les Almohades et où meurt le dernier prince almoravide, Tachfine, sur la route de Mers El Kébir en essayant de gagner le port où il devait embarquer pour l’Andalousie.

Avec le début du 13ème siècle c’est la constitution des royaumes de l’est et de Tlemcen sur le corps de l’empire Almohades tandis qu’au Maroc, les Mérinides commencent à prendre du terrain sur l’autorité de l’empire. Le royaume zyanide de Tlemcen, dont font partie Oran et sa province, est alors pris en étau entre les Hafcides de l’est et les Mérinides de l’ouest.

Durant toute cette période violente, Oran constitue chaque fois le motif essentiel des conflits, en tant que principal port du royaume de Tlemcen et l’un des carrefours primordiaux des relations commerciales du bassin méditerranéen On sait que les Mérinides vont, à un certain moment, jusqu’à proposer la paix avec Tlemcen à condition de continuer de garder Oran. Durant toute cette période aussi, la ville d’Oran sera tour à tour et plusieurs fois de suite, zeyanide, Mérinide, hafcide. Le premier siège Mérinide d’Oran a lieu en 1296, et la dernière tentative des rois de l’ouest de rependre Oran a lieu en 1368 sous le roi zeyanide Abou Hammou Moussa II.

Suit alors une longue période Tragique marquée par les luttes intestines au sein du royaume de Tlemcen pour la succession au tronc jusqu’en 1425 lorsque le sultan hafcide Abou Farés, qui reprend tout le Maghreb central, désigne Abou El Abbés, dernier fils de Abou Hammou ll, à la succession. Mais la brouille zeyanide ne s’arrête pas pour autant le gouvernement de la ville d’Oran fait aussi l’objet de convoitise au sein de la famille zeyanide.

De ce fait la ville constitue chaque fois un foyer de résistance à la cour de Tlemcen, comme une sorte de principauté indépendante se gouvernant seule et librement. C’est sans doute à la faveur de ces dissensions et ces déchirement continus. qui affaiblissent le royaume. que se fait la prise d’Oran par les Espagnols en 1509.

La Mouna Oranaise


La Mouna Oranaise .

mouna-oranaise-de-paques

La Mouna Oranaise arrive tout droit de la Rambla du Vallespir
29 oct
mouna oranaise

La mouna oranaise et la mona algérienne. Identiques ?

La Mouna oranaise est de Perpignan.

Pour moi, bien sûr. Sinon, la Mouna Oranaise est de Santa-Cruz.

Mais avant d’être de Santa-Cruz, j’allais la chercher dans cette boulangerie en 1975, sur la Rambla du Vallespir, dans le quartier du Moulin à vent, pas très loin de chez mes grands-parents.

Pour les enfants de pieds-noirs, La Mouna Oranaise, c’est sûrement leurs parents ou leurs grands-parents, avant d’être Santa-Cruz, à Oran.

A la rigueur, peut-être Santa-Cruz à Nîmes. Mais pas plus.
fort lamoune mouna oranaise

La dénomination Mouna Oranaise provient peut-être du Fort Lamoune

Selon certaines personnes, la Mouna Oranaise porte ce nom parce qu’on mangeait cette brioche sacrée près du Fort Lamoune (Lamoune est La Moune, La mona, la guenon en espagnol) à l’extrémité ouest du port d’Oran, en partant vers Mers el-Kebir.

Mais j’ajouterai le texte de Manuel Rodriguez en annexe parce qu’il remet les choses en place sur le bric-à-brac étymologique qui entoure la Mouna oranaise.

Même s’il faudrait aussi prendre en compte les étymologies hypothétiques de Henri Chemouilli, André Lanly et Pierre Mannoni.

Jean-Pierre Ferrer raconte la Mouna oranaise, le 8 octobre 2002, à la manière oranaise, sur son site.

J’imagine que ça doit correspondre à une certaine forme de réalité puisque c’est arrivé en référence dans l’article de Wikipedia.

Je mets le début et vous irez voir la fin.

« Alors, ça, c’était une institution !

D’abord, les Fêtes de Pâques arrivaient après les Rameaux. Tous les Chrétiens, y le savent. D’autres les fêtaient à l’envers. J’ai jamais su pourquoi.

Aux Rameaux, comme on était un peu païen et bien gourmand, on n’allait pas à la messe avec une branche d’olivier rien que pour se la faire bénir, mais avec un arbre, oui, carrément un arbre.

C’était presque un sapin de Noël ! Il était doré et rempli de bonbons, de poulettes en chocolats, d’oranges confites et même de quelques jouets. Et on entrait avec ça à l’église ! Et, le curé, il nous le bénissait quand même.

De toutes façons, si y voulait pas le faire, Sainte-Marcienne, elle restait vide. Ni lui, ni nous, on n’avait honte.

Mais des fois, pendant qu’il nous racontait l’entrée de Jésus à Jérusalem sur un bourricot, nous, on défaisait doucement les papiers qui enveloppaient les chocolats et on les mangeait.

Aussi, comme on ne voulait pas que ça se voit, on se dépêchait tellement d’avaler, que Marif, ma sœur, elle est arrivée à la maison la bouche toute colorée de brun et sa belle robe blanche, je te dis pas dans quel état elle était, parce que le chocolat fondait dans ses doigts, elle les suçait et ensuite, elle les essuyait sur la robe…

Enfin, ce n’était jamais point qu’un épiphénomène, car le Dimanche suivant, nous célébrions Pâques. » (la suite sur le site de Jean-Pierre Ferrer)

A Oran, la cuisine était la vraie religion ; et la religion de Santa-Cruz, un prétexte de plus pour faire la cuisine.

Lorsque j’allais manger le couscous chez mes grands-parents à Perpignan -un couscous que ma grand-mère avaient mis des heures à préparer- la table était bondée de plats et je devais me resservir trois fois si je ne voulais pas avoir les yeux mauvais de mon grand-père pour le restant de l’après-midi.

On sortait de table à 16h.

…et on y retournait à 20h, avec la panse pleine de semoule.

La Mouna Oranaise était gentille à côté. Je l’aimais bien. Légère, au goût d’orange, on pouvait en manger la quantité qu’on voulait.

J’ai du manger la Mouna Oranaise au bord de la mer, au goûter, sur les plages de Canet-en-Roussillon, dans les années 70, avec ma mère et ma soeur.

Quelque chose comme mon Santa-Cruz à moi.

Un lieu sacré : la mère, le sable, la soeur, la mer.

Et la Mouna Oranaise au goûter.

Paul Souleyre.

Rosalcazar ou Château Neuf, voyage à travers l’Histoire d’Oran


Rosalcazar ou Château Neuf, voyage à travers l’Histoire d’Oran.

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Le « Château Neuf » d’Oran, vu depuis le quartier espagnol, en 1835 (L’Illustration du 3 avril 1847, page 49, vue partielle)

Le « Château Neuf » d’Oran, vu depuis le quartier espagnol, en 1835 (L’Illustration du 3 avril 1847, page 49, vue partielle – Encyclopédie afn)

C’est finalement le Pavillon de la favorite qui m’a dirigé vers Château Neuf.

Je n’avais jamais fait attention à cette délicate construction perchée à l’angle du contre-fort sud-ouest d’un ensemble aussi appelé Rosalcazar.

Il n’est pas si simple de retrouver l’origine d’une dénomination derrière laquelle se battent deux étymologies, l’une reconnue de tous (ras el cacer), et l’autre plus fantaisiste (rosas-cajas), mais tout aussi utilisée dans les écrits d’historiens amateurs.

Il faut savoir qu’à l’origine, ce fort se limite à une « construction de forme étoilée à trois grosses tours séparées par trois courtines » édifiée en 1347 par « le sultan mérinide de Fès, Abou Lhassen, grand conquérant et grand constructeur, à qui on doit entre autres la mosquée de Sidi Bou Médine, et qui aurait aussi jeté les fondations du fort de Mers-el-Kébir ». (René Lespes cité par Edgard Attias sur son site oran-memoire)

Ces trois tours semblent se rattacher à un ensemble plus imposant -mais difficile d’en savoir davantage aujourd’hui puisqu’il ne reste rien- et « étaient connues sous le nom de Bordj-el-Mehal, le fort des Cigognes, et Bordj-el-Ahmar, le fort Rouge, dont les Espagnols firent Rosas-Cajas, « les maisons rouges », devenues Rosalcazar. (Ce mot viendrait en réalité de l’arabe « ras el cacer » (tête de la forteresse). »

Donc en 1347, ces trois tours (peut-être davantage) constituent le coeur de Château Neuf, et sont parfois appelées les « Donjons rouges ». Le reste de la forteresse n’existe pas encore.
Les trois tours d’origine à Rosalcazar

Le reste, ce sont les espagnols qui le construiront plus tard, lorsque le cardinal Ximenes prendra Oran le 19 mai 1509, Oran qui n’est « plus qu’un nid de pirates barbaresques ».

Ce sont des paroles citées par l’historien Robert Tinthoin en 1949. Il rajoute :

« Les espagnols ne font guère que de l’occupation « restreinte », limitée à la place d’Oran. Leurs expéditions de 1541, 1552, 1558, 1701, sur Mostaganem et Tlemcen, n’aboutissent qu’à de sanglants échecs. Comme Fey l’écrit, avec beaucoup de justesse, en 1858 : « … l’Espagne n’eut jamais la moindre pensée colonisatrice à l’égard de cette conquête ; elle ne vit là qu’un moyen d’assurer plus de sécurité à son littoral en détruisant une fourmilière de pirates… »

« Occupation restreinte » ne signifie pas pour autant villégiature, et les espagnols vont très vite renforcer les trois tours d’origine pour construire ce fameux Château Neuf, à l’époque en dehors de la ville, entouré de hautes murailles.

« Au milieu du XVI° siècle, les espagnols sont sur la défensive, et Oran connaîtra une forme de blocus à distance, et quelques sévères assauts (tel le siège de Mers el Kebir par Hassan Pacha, fils du fameux Kayr-ed-dine, en 1563). » (geneawiki)

Il reste trois traces classées de cette présence espagnole le long des murailles de Château-Neuf : la porte d’entrée, un écusson du roi d’Espagne, et une échauguette d’angle.
Traces espagnoles classées de Rosalcazar

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